Midem. Jean-Noël Tronc(Sacem) : « L’avenir du numérique en Europe, c’est nous ! »


Pour sa première conférence de presse au Midem, Jean-Noël Tronc, le directeur général de la Sacem a évoqué, devant une salle pleine, les actions que la société  d’auteurs compte mener dans les prochains mois.

JEANNOELTRONC « L’avenir du numérique en Europe, c’est nous ! » a lancé le patron de la Sacem (http://www.sacem.fr/cms/home?pop=1) lequel travaille à une «coallition» des  industries culturelles  Europe. Le but ? Porter les revendications du secteur devant la commission de l’Union Européenne sur la question notamment du « partage de la valeur » : « Nos industries culturelles représentent des millions d’emplois non délocalisables. Elles sont en plein dans le numérique à commencer par la musique et elles sont l’avenir de ce continent. C’est notre responsabilité de construire avec les acteurs publics une stratégie dans ce sens a souligné Jean-Noël Tronc. « Il faut qu’on rassemble au niveau européen. Rassembler, ça veut dire toutes les industries culturelles, quel que soit le modèle. Que ce soit de  la musique dite subventionnée, de la musique savante ou les créateurs, les gens du  spectacle vivant ou l’industrie. Il faut qu’on crée un agenda créatif avec trois-quatre propositions qui puissent rassembler toutes les industries culturelles en Europe. »

imagesLe directeur général de la Sacem a rappelé que la mission Lescure était «  une opportunité » pour  la filière musicale. «Il faut qu’on arrive à se concentrer sur quelques combats communs » a-t-il dit notamment en vue d’une plus grande exposition de la musique dans les medias radios-télé. « On a insisté avec la ministre de la culture sur trois ou quatre sujets. Par exemple, celui de la place de la musique à la télévision qui est un problème évident. On ne demande pas de l’argent au public, on demande juste un peu de justice pour une industrie culturelle qui comme toutes les autres est une industrie de l’offre ».

Et de souligner:  » La place de la musique à la télévision ne cesse de s’effondrer. Ce n’est pas normal ».

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Les artistes soutiennent les salariés des magasins Virgin


Le monde de la culture se mobilise. Mercredi, au Virgin Megastore des Champs-Élysées, chanteurs, écrivains, auteurs-compositeurs ont manifesté leur soutien aux salariés de l’enseigne (http://www.virginmegastore.fr/accueil_1.html)

La date n’est pas encore fixée, mais en février aura lieu un grand concert de soutien en faveur des Virgin.

MOBILISATION DES SALARIÉS DE VIRGIN Au Virgin Megastore, il se passe toujours quelque chose. Mercredi 23 janvier, en fin d’après-midi, c’était au tour des artistes de manifester publiquement leur soutien aux salariés de Virgin (http://www.change.org/SauvonsVirgin) dont les vingt-six magasins en France sont menacés de fermeture. Chanteurs, auteurs-compositeurs, écrivains, hommes de médias… parmi lesquels Murray Head, Boris Bergman, Jacques Expert, Nicoletta, Éric Naulleau, Éric Giacometti, Disiz, Jacques Ravenne, Stéphane Marsan ou François Verdoux, avaient tenu à se mobiliser aux côtés des salariés qui, depuis plusieurs semaines, se battent pour la survie des magasins Virgin. Tous sont montés sur scène, expliquant pourquoi l’enseigne devait continuer d’exister (lire ci-dessous). En veste rouge siglée Virgin, dans le grand escalier du célèbre magasin des Champs-Élysées, les vendeurs étaient réunis aux côtés des clients qui déambulaient entre les rayons de disques et de DVD bradés, en cette période de soldes.

Côté ambiance, le DJ Stéphane Darras a mis le feu à coups de mix électro, transformant presque le rez-de-chaussée du Megastore en dancefloor. Une atmosphère festive qui n’a entamé en rien la détermination des salariés de Virgin à vouloir faire reculer l’actionnaire Butler, dont la mauvaise stratégie économique a entraîné le dépôt de bilan, mettant en péril les postes des 1 200 salariés de la chaîne. Sur scène, Olivier Saintot, vendeur au rayon musique, a galvanisé l’assistance : « Ce que nous voulons, c’est que le magasin perdure avec un repreneur qui protégera les acquis et les métiers culturels ! » lance-t-il sous les applaudissements : « On n’est pas des gens passéistes qui restents arc-boutés à nos métiers. On sait très bien que les choses évoluent et qu’on peut passer à d’autres façons de travailler. Simplement, il faut être novateurs, visionnaires. Il faut retrouver l’ADN de Virgin. L’excentricité, le côté décalé, l’événementiel… c’est ça, le vrai challenge ! »

imagesAutant dire que la mobilisation ne faiblit pas. On a même créé une page Facebook de pétition de soutien(https://www.facebook.com/soutiensalariesvirgin?filter=2) déjà signée par de nombreux artistes tels Didier Wampas, Doc Gyneco, Lara Fabian, La Grande Sophie ou Jean-Michel Jarre. Enfin, un grand concert de solidarité sera organisé en février, auquel devraient participer le rappeur Mokobé, Nicoletta, Bernard Lavilliers et beaucoup d’autres artistes.

BorisBergman« Une opération chirurgicale 
et barbare » Boris Bergman 
(auteur-compositeur) :

« Virgin, au début, a été un véritable événement. On pouvait y trouver des disques qu’on ne trouvait auparavant que chez des disquaires spécialisés. On y trouvait des livres bilingues, beaucoup de choses. C’est plus qu’un magasin, ici ! Si ce lieu disparaît, c’est vraiment une grosse opération chirurgicale et barbare qui va se faire sur la peau de ces Champs-Élysées, dont je trouve qu’elle est un peu cancéreuse, récemment. Il est important que des lieux comme Virgin continuent d’exister. »

Nicoletta« Il faut se battre pour l’objet disque » Nicoletta (chanteuse) :

« Je suis là pour prouver que les gens de ma génération ne sont pas tous sur le Net et qu’on aime beaucoup l’objet qu’est un disque. Des millions de gens sont ravis d’acheter encore des disques. Passer uniquement par le Web, OK, c’est important. Mais il ne faut pas négliger tout ce public, dont je fais partie, qui aime passer l’après-midi ici. Il faut qu’il y ait les deux fonctions, et moi, je crois que c’est important, gardons le disque. Il faut se battre, c’est un bel objet. »

Naulleau« Défendre un lieu de culture » Éric Naulleau (journaliste-écrivain) :

« Je suis venu soutenir en premier lieu des femmes et des hommes dont on dispose avec beaucoup de désinvolture et même un peu de mépris. Au-delà, je suis venu défendre un lieu de culture que je fréquente pas mal. Pour les gens de ma génération, on a malheureusement vu cette avenue des Champs-Élysées se dégrader. C’était un lieu où il y avait pas mal de culture. Cette culture se rétrécit d’année en année et, un jour, il n’y restera plus que la frite industrielle et la fripe de luxe. Je trouve que cette évolution est préjudiciable. »

Murrray Head« Une injustice incroyable » Murray Head (chanteur) :

« Je sens qu’il y a une injustice incroyable. On a la même chose en Angleterre, en ce moment, avec HMV qui est dans un état de “collapse”. Moi, je sais qu’il faut de la rivalité entre ce qu’on a sur le Net et ce qu’on a comme vente de disques. On doit maintenir les deux côtés. Il y a quelque chose d’injuste là-dedans et il faut à tout prix maintenir le disque pour ceux qui ont besoin d’avoir quelque chose de solide dans les mains, une histoire, un historique. J’espère que nos voix apporteront quelque chose. »

imagesV.H.

Midem. Aurelie Filippetti souhaite « mettre à contribution » les acteurs d’Internet


Aurelie Fillippetti, en visite au Midem (http://www.midemfestival.com/) a  indiqué qu’elle souhaite faire payer les acteurs du Net. Objectif ? Faire participer les acteurs d’Internet au financement de la création et de la filière musicale.

Aurélie

La ministre de la culture  n’a toutefois pas répondu aux attentes des professionnels de la musique notamment sur la taxe Google et la question du « transfert de valeur », qui s’opère, selon eux, au détriment des industries culturelles « Ce que l’on cherche, c’est associer au financement de la création ceux qui en tirent profit par sa diffusion a dit Aurélie Filippetti. Il faut voir ce qui est le plus pertinent à la fois comme base fiscale et comme mécanisme pour obtenir une contribution de ces acteurs aujourd’hui mondialisés d’Internet. En ce qui concerne la musique, il n’est pas sûr qu’il faille décalquer ce que nous sommes en train d’élaborer, que nous mettons en place progressivement concernant la presse. Ce sont deux questions différentes sur le principe. Ce qui est mis en place pour la presse ne pourrait pas s’appliquer tel quel pour la musique ».

Lou Doillon se produit ce soir au Magic Mirrors

Aurélie Filippetti  est restée prudente sur les moyens et les mécanismes à adopter , renvoyant à la mission Lescure dont le rapport sera remis en mars et aux travaux de la mission musique, les décisions à venir concernant le financement de la filière musicale: «Je souhaite trouver un financement du secteur musical, mettre à contribution les acteurs d’internet et ceux qui utilisent la valeur ajoutée par le secteur, pour qu’ils financent la création et la filière musicale. Ça, j’y crois très fortement. Maintenant la manière de le faire, l’outil, c’est ça que va définir la mission musique. C’est pour cela que je préfère remettre les choses à leur place. Plutôt que de dire on fait un CNM et après on voit comment on fait, dire quel va être l’outil le plus adapté pour ce faire ».

Site du ministère de la culture (http://www.culturecommunication.gouv.fr/)

Des propos qui n’ont pas franchement convaincu Emmanuel de Buretel,  fondateur et directeur du label indépendant Because Music (http://www.because.tv/) : « Aujourd’hui, on va de plus en plus vers un duopole Univesal-Sony/Bmg fort ma-t-il confié. On va vers une concentration. Internet, au lieu d’être une libéralisation, c’est une concentration des droits qu’elle ne voit pas. On ne s’aperçoit pas comment il va être difficile pour nous indépendants de pouvoirs gérer notre digital seul, de ne pas être obligé de passer par les majors».

Archive au Midem

Et d’ajouter : « Je pense que la ministre n’a pas été assez claire sur la façon dont on va traiter Youtube. Ce qui est intéressant, c’est que dix ans après, tout le monde est d’accord pour dire sur la notion d’hébergeur, que l’on s’est  fait tous avoir. Aujourd’hui, ils font de l’argent sur la publicité, un argent dont ne bénéficient pas les créateurs,  les producteurs, les éditeurs, les auteurs-compositeurs. Il est temps, devant le chantage que nous font ces hébergeurs, de résister et d’avoir une position au niveau législatif claire. Ce n’est pas une mission qui doit apporter le résultat. Ça doit être signé comme la loi Lang a été signée par Lang. Cela doit être signé par la ministre. Elle doit  s’impliquer. On veut sentir vers où elle va ».

Le groupe Balthazar est attendu sur la Croisette à Cannes

De son côté, Marc Slyper, représentant le Snam-CGT spectacle (syndicat national des artistes musiciens :http://www.fnsac-cgt.com/home.php)  a  réagi à l’intervention d’Aurélie Filippetti au Midem en demandant que la ministre de la culture s’engage fortement en faveur de la filière musicale:

« Aujourd’hui, il y a des missions, des rapports, mais ce n’est pas cela qu’on attend. On attend l’acte politique fort de reconnaissance de la filière musicale. La filière musicale en a un peu marre de voir les yeux doux de Chimène de tous les gouvernements pour le cinéma et la non reconnaissance de la filière musicale dans sa diversité avec la musique enregistrée et la musique vivante. Aujourd’hui, on sait qu’il y a des difficultés sur le partage de la valeur, mais à tout le moins, nous attendons un acte fort de reconnaissance de notre filière qui existe à part entière, qui joue un rôle évident en matière économique dans notre pays et dans son rayonnement. Et ça,  on n’a pas besoin de nouvelle concertation pour que cet acte fort politique vienne rapidement ». 

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Midem.La musique vers un acte II de l’exception culturelle


Mission Lescure, nouveaux usages du Web, les professionnels de la musique se réunissent au Midem, à Cannes, pour sauver un secteur en crise.

Cannes (Alpes-Maritimes) Au Midem (Marché international du disque et de l’édition musicale), les graves difficultés économiques que connaîssent actuellement les enseignes Virgin en France et HMV en Angleterre, seront dans toutes les têtes.

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La société a muté et, aujourd’hui, ce n’est plus seulement les ventes physiques de disques qui sont touchées (moins 50 % depuis 2002), mais également les magasins et, plus largement, les industries culturelles de la musique, du cinéma ou du livre. Réunis au Palais des festivals de Cannes, les acteurs de la filière musicale vont devoir plancher sur la manière de s’adapter aux nouveaux usages du Web, marqués par la culture de la gratuité, tout en protégeant les contenus et les œuvres. C’est dans ce cadre que la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, a confié à l’ancien PDG de Canal Plus, Pierre Lescure, une mission de « concertation sur les contenus numériques et la politique culturelle à l’heure du numérique ». La mission devra permettre de préparer « l’acte II de l’exception culturelle » en favorisant création et diversité, retombées économiques, lutte contre la contrefaçon commerciale ainsi que l’accès par le plus grand nombre aux pratiques culturelles numériques.

C2CLe groupe C2C sera sur scène ce soir (27 janvier) au Magic Mirrors à Cannes

Si l’idée d’une mission de concertation a été plutôt bien accueillie, tous n’ont pas accepté d’y participer. La Quadrature du Net, UFC-Que choisir ou encore le Syndicat des artistes, musiciens, chanteurs, danseurs et enseignants (Samup) ont fait part de leurs réserves sur la mission Lescure : « Pour la troisième fois en cinq ans, la mission de définir les orientations des politiques portant sur la culture et Internet est confiée à une personne fortement impliquée dans les intérêts privés de la production, distribution et promotion des médias… » Réagissant à cette tribune (1), le syndicat Adami, représentant les artistes-interprètes, a estimé, pour sa part, vouloir « laisser une chance à ce gouvernement de se saisir enfin de la question du partage de la valeur et de la rémunération des artistes sur Internet ». Et pourtant, ajoute l’Adami « que de désillusions après les missions Olivennes, Création et Internet, Hoog… Un nouvel échec serait dramatique ». Les professionnels ont une marge d’action d’autant plus réduite que, pour la première fois, sous un gouvernement de gauche, le budget du ministère de la Culture a diminué de 110 millions, soit une baisse de 4,3 % ! « Est-ce là le lancement de l’“acte II de l’exception culturelle ?” a réagi aussitôt le PCF. N’y a-t-il pas là une incohérence incompréhensible de la part d’un gouvernement qui affirme haut et fort que l’éducation et la jeunesse sont les priorités majeures du quinquennat, et qui considère que la culture ne fait pas partie de cette priorité ! »

céc BIS

Autant dire que l’on joue serré. L’heure est au lobbying et aux négociations en coulisse des professionnels de la culture, dont la plupart ont souhaité être entendus. Un bilan d’étape de la mission Lescure, début décembre, a indiqué qu’une soixantaine d’auditions d’organismes et de personnalités avaient déjà eu lieu, près de quarante autres devant se dérouler avant l’élaboration de propositions pour le rapport qBIRDY HUNTui sera remis fin mars.

Birdy Hunt fait partie des nombreux artistes à découvrir au Midem

En ce qui concerne la musique, le rapport pointe une offre « dans l’ensemble riche et de qualité » en soulignant que la progression des ventes numériques ne compense pas l’érosion des ventes physiques. Les industries culturelles françaises sont confrontées à une prédominance américaine du marché qui a vu se développer des géants tels Google, Apple, Amazon, aux dépens des acteurs de la culture. « Il est crucial, indique le rapport, que l’industrie de la culture adopte une attitude offensive dans sa conversion au numérique. » S’agissant de la lutte contre le piratage, la mission estime que « la réponse graduée », instaurée par l’Hadopi, fait « l’objet de nombreuses critiques ». Des pistes sont ainsi avancées pour lutter contre les sites illégaux, comme l’idée de « mieux responsabiliser les hébergeurs », « réduire la visibilité de l’offre illégale en agissant sur les référencements par les moteurs de recherche » ou « assécher les sources de revenus des sites contrevenants ». Au cœur de tout cela, la question de la défense du droit d’auteur reste primordiale. Auditionnée, la Sacem rappelle que si l’on veut faciliter l’accès pour tous à la musique, il faut « mettre en œuvre une régulation moderne ». Parmi les solutions, un axe pourrait ainsi passer par une « TVA à taux réduit sur la culture en ligne » (2).

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Pour Jean-Noël Tronc, directeur général de la Société d’auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, « il faut en finir avec l’exception numérique » dont bénéficient les technologies de l’information. Selon lui, la question majeure que devra trancher la mission Lescure est celle du « partage de valeur entre les industries culturelles d’un côté et les industries électroniques, informatiques et Internet de l’autre, c’est-à-dire les fabricants de terminaux et les grands services marchands d’Internet » (3).

(1) Libération 25 et 27 septembre 2012. (2) Site Touspourlamusique. (3) Les Échos 21 janvier 2013.