Portrait. Bertrand Belin, ou le désir de « défrénésie » de la chanson


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Après Hypernuit, le chanteur revient avec Parcs. Un album aux ambiances épurées où il promène sa voix chaude au gré d’une élégante rêverie folk-rock. A découvrir lors de son prochain concert (gratuit) à la Fête de la Musique le 21 juin dans les jardins du Palais Royal à  Paris.

Il y a quelque chose qui relève de l’irréel dans le paysage musical de Bertrand Belin. Un registre mélodieux aux contours abstraits qui le conduit depuis longtemps sur le chemin d’un voyage où rien n’est figé. Énigmatiques, les chansons de Belin ne se donnent pas facilement.
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Pudique et dans la retenue, il est à l’origine d’une poésie qui se dévoile dans des atmosphères dépouillées. Des ballades le plus souvent, où sa voix chaude, à la Bashung-Murat, se promène au gré d’une élégante rêverie folk-rock. On le suit, sans connaître la destination. Par moments, il est question de route, de quelque chose qui « bouge là-bas ». On croit deviner un mouvement, une ruine, le reflet d’un couteau dans le givre, une présence féminine, des ombres auxquelles on se raccroche qui semblent disparaître aussitôt qu’on approche. Où est-on ? Il n’est pas sûr qu’on le sache un jour. Bertrand Belin, sur fond de guitares dylaniennes, invite à Aller sans but. Il aime laisser sa part de rêve à l’auditeur. « Sur le plan des textes, confie-t-il. Il y a une sorte de parachèvement de l’écriture qui est demandé à celui qui écoute. »


On a souvent parlé d’impressionniste à propos de son style, mais l’approche de ce courant de peinture lui paraît « trop formelle » : « Je tendrais plus vers l’abstraction, précise-t-il. Cela ne veut pas dire que je ne me coltine pas le sens de ce que je mets dans mes chansons. Je pèse au gramme près tout ce que j’y dis. »

« Avec le temps, le rapport à l’intime se modifie »

Bertrand Belin a débuté avec un premier album éponyme en 2005, suivi d’un second opus, la Perdue. Mais c’est avec le disque Hypernuit qu’il s’est révélé et que le public a réellement découvert sa voix grave, sa façon apaisante de chanter dans des ambiances intimistes teintées de mélancolie. Aujourd’hui, il revient avec Parcs, quatrième album moins sombre que sa précédente production : « Hypernuit était plus autobiographique. Parcs est plus solaire, preuve qu’avec le temps, le rapport à l’intime se modifie. » Belin a l’art du silence et de l’épure. Il affectionne les tempos ralentis qui font contraste dans une société où tout va vite : « Mes chansons traduisent un désir de “défrénésie” », sourit-il.


On en appréciera d’autant plus la sensibilité et la profondeur qu’on aura pris la peine de s’arrêter un instant. S’il revendique un certain ralentissement du cours des choses, c’est par pure philosophie : « Peut-être cela traduit-il un manque d’adaptation au monde tel qu’il va. Quand on a un désir de lenteur, cela signifie sans doute que l’on n’est pas capable de prendre le train en marche. »

Son nouveau répertoire est cependant plus musclé, voire dansant, tel Un déluge, chanson à l’apparence la plus enjouée de l’album. Il y a aussi Pour un oui, pour un non, qui traite du thème de la discorde : « C’est un peu l’ADN de la guerre entre ce qui peut se passer entre une personne et une autre. » Bertrand Belin a grandi à Quiberon, en Bretagne, dans une famille de pêcheurs. Adolescent, il a songé à entrer dans la marine marchande et même à passer le concours de l’école des officiers de la marine militaire : « Je voulais voir du pays. Et j’ai rencontré une fille. En une semaine, ma vocation a été mise sur la touche ! » Il a besoin de la mer pour écrire. Après Lorient, où fut composé Hypernuit, son nouvel album l’a été en partie à Dieppe, avant d’être enregistré dans un studio de Sheffield, en Angleterre. « Mon caractère est très proche de la mer dans le sens où elle est assez agitée, en mouvement permanent. C’est un endroit de joie où l’on peut se baigner, mais aussi un lieu de péril aux profondeurs insondables, avec des reliefs… »
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Mais son inspiration naît aussi de la littérature, où l’on croise Jack London parfois, dans laquelle il aime se perdre : « Pour moi, la littérature, c’est comme un océan de langue, un monde infini. » À l’image de ses chansons.

 

Album Parcs, Wagram-Cinq 7.

Victor Hache

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