London Grammar magnétique, sublimé par la voix envoûtante d’Hannah Reid


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Après La Cigale en novembre et  les transmusicales de Rennes en décembre, le jeune trio anglais poursuit sa tournée et se produit au Casino de Paris. Il a sorti en septembre le sublime If You Wait. Un premier album pop-rock à la beauté mystérieuse, porté par la voix envoûtante de la chanteuse Hannah Reid, qui devrait permettre au groupe de prendre rapidement son envol.

Mais comment peut-on être à l’origine d’aussi sensibles mélodies ? If You Wait, le premier album de London Grammar, est sûrement l’un des beaux albums de la rentrée 2013. Il est signé d’un tout nouveau groupe, un trio britannique dont le nom et la musique s’accompagnent d’une beauté mystérieuse. London Grammar, c’est l’histoire de trois anciens étudiants qui ont fait connaissance à l’université de Nottingham, en Angleterre. Il y a d’abord eu la rencontre de Hannah Reid (chant) et de Dan Rothman (guitare), tous deux originaires de Londres, puis de Dot Major (claviers) qui les a rejoints un an plus tard. Depuis, les trois musiciens âgés de vingt-deux ans ne se sont plus quittés et constituent aujourd’hui l’une des formations les plus intéressantes de la scène pop-rock actuelle. Si Hannah pensait devenir psychologue, Dan et Dot ne savaient pas vraiment ce qu’ils voulaient faire dans la vie. C’est la musique qui les a finalement réunis et les a décidés à former un groupe dont le charme doit beaucoup à la voix envoûtante d’Hannah. Une voix magnétique qui pourrait presque rappeler celle de Lana Del Rey : « J’aime beaucoup sa voix que je trouve exceptionnelle, confie Hannah. Il y a peut-être des similitudes dans les graves, mais pas dans les aigus. » À travers le timbre d’Hannah, c’est tout un imaginaire mélancolique et rêveur qui apparaît : « Je ne suis pas très consciente de ma voix, sourit-elle. Je dois lutter pour avoir confiance en moi. C’est Dan qui m’a aidée à me rendre compte que j’avais peut-être une tessiture différente. » Une voix limpide et élégante, qui a aussitôt séduit Dan : « J’avais déjà fait partie de différents groupes avant, mais jamais je n’avais entendu une telle voix, dit-il. Hannah chantait pour elle mais n’avait jamais eu d’expérience musicale. Ça m’a encore plus donné l’envie qu’elle fasse partie du groupe. Sa voix a un impact émotionnel très fort. »

Sombre et lumineux, l’univers de London Grammar est révélateur d’une mélancolie et d’une maturité étonnantes de la part d’artistes aussi jeunes. Voir le titre Wasting My Young Years dont le thème évoque la peur de l’avenir : « Ça parle plus de la crise des vingt-cinq ans, précise Dan, la peur de l’inconnu, de la vie qui avance et du fait de se retrouver face à rien. » London Grammar bénéficie actuellement d’un buzz formidable après la mise en ligne sur Internet du morceau Hey You et la sortie d’un EP, Metal & Dust, couronné aujourd’hui par un premier album au registre hypnotique. Une pop profonde et épurée, qui suscite déjà l’intérêt de la critique et des médias, mais aussi des festivals, tels que le mythique Glastonbury, en Angleterre, où le groupe s’est produit cet été, en version acoustique ou encore les Transmusicales de Rennes où il a joué en décembre après le festival des Inrocks en novembre.

Bref, tout va très vite pour eux. L’idéal ? « Ce serait la longévité, explique Hannah, nous ne souhaitons pas être le groupe d’un seul disque. » Des débuts prometteurs pour London Grammar, qui devrait en toute logique prendre rapidement son envol. À découvrir sur scène ce mardi 25 février au Casino de Paris. Ils sont en tournée en France jusque fin juillet et se produiront notamment au Festival Beauregard à Herouville Saint-Clair(14) le 4 juillet, au Main Square à Arras (62) le 6 juillet et au Festival Musilac à Aix-les-bains (73) le 11 juillet. 

Album London Grammar « If You Wait »  
Because Music.

Charles Aznavour : «Missak et Mélinée Manouchian étaient des amis intimes»


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Dans le nouveau hors-série de l’Humanité consacré aux 70 ans de l’Affiche rouge et au groupe Manouchian, le
chanteur raconte les liens étroits qui unissaient Missak et Mélinée Manouchian à la famille Aznavourian. Entretien.

-Durant la guerre, vos parents ont hébergé Missak et Mélinée Manouchian dans leur appartement parisien, rue de Navarin. Comment s’étaient-ils rencontrés ?

Charles Aznavour : On avait autour de nous des gens comme Missak et Mélinée – que l’on a gardé très longtemps jusqu’à ce qu’elle parte en Arménie – qui étaient des amis intimes. Il y avait un club qui s’appelait la JAF, la Jeunesse Arménienne de France, dont Mélinée (épouse de Manouchian) était la secrétaire. Ils étaient tous les deux orphelins. Cela les avait réunis. Ils étaient devenus un vrai couple totalement engagé dans le Parti communiste et cela nous a engagés aussi. Cela a engagé la famille. Est-ce que c’était uniquement politique? L’Arménie était dans le giron de la Russie communiste et ils ont eu une possibilité de vivre à peu près bien comme dans les autres pays satellites de la Russie. C’était très important pour nous. Ce que l’on faisait était simple, ma mère surtout. Mon père, je ne sais pas. Il a été obligé de fuir Paris parce qu’il était recherché, mais je ne sais pas pourquoi. Ma mère partait avec la voiture d’enfant et des armes dedans. Les armes servaient, ont les remettait dans la voiture, chacun quittait les lieux à toute allure et maman rentrait à la maison. On a été des aides. La  Résistance avait besoin d’aides qui avaient moins d’importance que d’autres, mais qui ont permis d’aider au moment où il fallait aider.

-Vous étiez adolescent. Quel souvenir gardez-vous de la présence de Manouchian?

Charles Aznavour : Quand il était à la maison, il n’avait rien à faire. Il s’était amusé à m’apprendre à jouer aux échecs! (rires). Je suis resté joueur d’échecs longtemps dans ma vie. J’ai arrêté très tard. On était mômes ma sœur et moi,  souvent bloqués à  la maison. Il y avait les rafles, la police qui venait. On a vécu dans un immeuble au 22 rue de Navarin. Le concierge était gendarme ou policier, je ne me souviens plus. Il est certain qu’il savait ce qui se passait parce qu’il voyait des gens arriver en uniforme et repartir en civil. Au rez-de-chaussée, il y avait un couple d’homosexuels juifs. Et ma sœur jouait des morceaux juifs, ça l’amusait, pour eux en bas. Chez nous, on connait la musique de toute la région, iranienne, arménienne, turque, juive. Je me souviens d’un autre couple qui a été fusillé, qui m’a appris les mathématiques. Ils habitaient Belleville. J’allais chez eux pour apprendre les mathématiques parce que je voulais rentrer à l’école centrale de TSF et que sans les maths, je ne pouvais pas. Je n’avais que le Certificat d’études, ce n’était pas suffisant. Je crois qu’ils s’appelaient Aslanian, tous les deux engagés politiquement, tous les deux fusillés.

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-Lors d’une interview à France-Inter en août 2011, vous évoquiez le fait que votre famille était communiste…

Charles Aznavour : Oui, on était communistes. J’avais une petite bague avec la faucille et le marteau ! (rires).  Mes parents baignaient dans une culture de gauche. Je ne fais pas de politique, mais si j’ai une tendance, je dirais «humaine», elle est de gauche. On n’apprend pas ces choses-là, on ne les détruit pas d’un jour à l’autre. Quand vous allez à la Fête de l’Humanité, vous voyez des gens qui ont les yeux grands ouverts et bleus. Ils ont encore une sorte de confiance dans ce communisme qui est dépassé, qui n’existe pour ainsi dire plus, mais eux sont restés les vrais communistes.

-Parlez-nous de votre combat en faveur de l’Arménie…

Charles Aznavour: Je souhaite que le gouvernement turc, depuis cent ans que nous attendons, finisse par admettre qui s’est passé quelque chose. Les Arméniens pendant des années ont fait profil bas. Depuis, il sort au moins un livre par mois dans le monde, en italien, en espagnol, en anglais, en allemand, en français. Combien de temps la jeunesse turque va supporter d’avoir une telle tâche sur son histoire? Dans un journal  «Les nouvelles d’Arménie», j’ai donné mon point de vue où j’ouvre une porte. Maintenant, on me demande d’aller chanter en Turquie. Je suis entre deux feux, mais j’irai quand même. Je veux que tout ça cesse. Nous avons des points communs énormes, les Arméniens de Turquie et les Arméniens de Russie. Je ne veux pas une ouverture politique, mais une ouverture humaine. Je crois être le personnage qui peut, non pas arranger les choses, mais rapprocher un peu les gens.

Entretien réalisé par Victor Hache

Fauve rugit pour tous « ceux qu’on ne remarque pas »


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Le collectif qui s’est révélé sur Internet s’impose avec Vieux Frères–partie 1, premier album au flow fiévreux, révélateur d’un certain mal-être générationnel. 

Ils excellent dans l’art du spoken word, un chant parlé percutant au cœur duquel se révèle leur poésie aux contours mélancoliques. Fauve, c’est l’histoire d’un collectif parisien composé de cinq membres – Quentin Postel, Pierre Cabanettes, Simon Martellozo, Stéphane Muraire et Nicolas Dardillac – dont le registre coup de poing à la croisée du hip-hop et de la pop fait écho au mal-vivre d’aujourd’hui. «Fauve baise les rapports humains baisés», peut-on lire dans la bio du combo qui revendique sa quête du bonheur, seule arme possible contre les coups d’un monde déboussolé.

Imaginaire

Fauve s’est lancé dans l’aventure de la musique il y a deux ans avec la volonté d’extérioriser sa rage, sans autre frontière que celle de l’imaginaire. Une approche libre qui a fait mouche auprès de la communauté de fans rapidement enflammés par la mise en ligne de sa musique sur Internet et les réseaux sociaux, un gros travail d’images et un bouche-à-oreille efficace. Résultat, Fauve s’est taillé une réputation de groupe phénomène sans promo ou presque, surfant sur un répertoire teinté d’optimisme-désespoir, au débit vocal rapide et dense. Le groupe, dont le nom fait référence au film de Cyril Collard les Nuits fauves, a optimisé sa montée en puissance en sortant un premier EP, Blizzard, en mai 2013. Un enregistrement de six titres qui lui a permis de se roder sur les scènes des grands festivals, comme le Printemps de Bourges, où il a remporté l’an dernier le prix des découvertes, rebaptisées les Inouïs.

Univers d’illusions perdues et de colère contenue

Ce qui frappe chez Fauve, c’est l’urgence du propos, au phrasé fiévreux, certes éprouvant au bout d’une heure trente de concert, mais néanmoins émouvant. Tout juste sorti, le premier album du collectif, Vieux Frères – partie 1, renvoie ainsi à un certain malaise générationnel. À l’image des mots contenus dans De ceux : « Nous sommes de ceux qu’on ne remarque pas / Des fantômes, des transparents, des moyens / Nous sommes de ceux qui ne rentrent pas en ligne de compte / Nous sommes de ceux qu’on choisit par défaut. »

Un désenchantement dans lequel leur jeune public s’est aussitôt reconnu, se projetant dans cet univers d’illusions perdues et de colère contenue. On se fend déjà en explications sociologiques sur l’ascension de Fauve étant devenu en quelques mois l’emblème d’une jeunesse ne se retrouvant plus dans les repères idéologiques et sociaux. Leur succès dépasse les auteurs du groupe qui n’ont d’autre ambition que de faire une musique à travers laquelle ils se sentent exister.

Energie communicative

Il est vrai cependant que l’univers de Fauve aux contours plutôt sombres rencontre les préoccupations et les angoisses de l’époque d’une génération désenchantée qui ne se reconnaît pas dans la société de consommation. En phase avec une jeunesse qui ne se sent plus représentée? Ce qui est sûr, c’est que, sur scène, comme au Bataclan où ils viennent de faire un tabac, ils sont à l’origine d’une énergie communicative, relayée par un parterre de jeunes de quinze-trente  ans qui connaissent les paroles de leurs chansons par cœur (cliquez sur les titres pour les écouter: VoyousRequin-TigreJeunesse Talking Blues,Infirmière…).

Fauve aime se définir comme un « collectif ouvert» appelé «Corp», dont l’expression artistique passe par la musique, les vidéos, le Web, les visuels et les textes. Réunis autour de l’idée «que la dureté des rapports humains contemporains» n’est pas une fatalité, ses membres ne se vivent pas comme des héros, revendiquant même une certaine invisibilité. Y compris sur scène, où ils apparaissent souvent dans la pénombre, sur fond d’images vidéo. Fauve ne prétend pas changer le monde. Il entend juste faire entendre son flow au travers de ses mots (maux) balancés en rafale. Une révolte intérieure qui met le feu aux poudres.

  • Infos:  Album Vieux Frères – partie 1, 
CD Fauve Corp Warner. Tournée jusqu’au 1er août, dont concerts au Bataclan, Paris 11e, 
du 4 au 8 mars et du 8 au 12 avril.
  • A lire aussi: «Docteur, il me faut 
un truc, n’importe quoi… !» Perrine Marquesuzaa, dix-sept ans, jeune correspondante de l’Humanité, à propos de Fauve


Stromae triomphe aux Victoires de la musique avec Vanessa Paradis, sur fond de lutte des intermittents du spectacle


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Lors de la 29ème édition des Victoires de la musique vendredi au Zénith, le chanteur belge a été sacré artiste masculin de l’année et la chanteuse meilleure artiste féminine. Virginie Guilhaume la présentatrice a fait écho à la lutte des intermittents en lisant un message au nom de toute la profession qui demande au «gouvernement de ne pas casser la création artistique et culturelle» et appelle à une manifestation le 27 février pour «dénoncer le coup de force du Medef» contre leur régime spécifique d’assurance-chômage.

Plus de trois heures de cérémonie! La soirée des Victoires de la musique (à revoir ici) a été, comme d’habitude, d’une longueur interminable. La 29ème édition des Victoires qui se sont déroulées vendredi soir au Zénith, retransmise en direct sur France 2, n’a offert aucun suspense. Sans surprise, Stromae  nommé dans six catégories, a été le champion de la soirée avec trois trophées, le chanteur belge ayant remporté la Victoire de l’artiste masculin, celle du meilleur album de chanson (Racine Carrée vendu à plus d’1,5 million d’exemplaires) celle du vidéo-clip pour «Formidable».

A lire: Stromae, le coup de maître d »un chanteur « Formidable »

Un peu éclipsée par le triomphe de Stromae, Vanessa Paradis a été couronnée de la Victoire de l’artiste féminine de l’année, pour la troisième fois de sa carrière. Les organisateurs des Victoires avaient voulu mêler artistes populaires et découvertes. Côté prestation live, on a vu se produire Christophe Maé, Zaz, repartis bredouilles ainsi qu’Etienne Daho à l’origine d’une interprétation très émouvante de La Peau dure extraite de son dernier album Les chansons de l’Innocence retrouvée.


Un hommage a également été rendu  à un autre chanteur belge, Salvatore Adamo à qui a été remis une Victoire d’Honneur pour ses cinquante ans de carrière. L’occasion de réentendre l’un de ses grands classiques Laisse mes mains sur tes hanches en duo avec Julien Doré, lequel a été l’un des rares à réveiller les Victoires grâce à  son interprétation du dansant Paris-Seychelles tiré de son dernier album «Love».

Pour les jeunes talents, il a fallu attendre la  deuxième partie de soirée. Le groupe La Femme a remporté la Victoire de l’album révélation,Woodkid celle de l’album révélation scène, Kavinsky, l’album de musiques électroniques et 1995, l’album de musiques urbaines.

Tandis que le trompettiste d’origine  libanaise Ibrahim Maalouf a logiquement été couronné du meilleur album de musiques du monde (Illusions)


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Côté performance, on retiendra la prestation très classieuse de la chanteuse Christine and the Queens, qui a scotché le public en interprétant un titre de son EP Nuit 17 à 52. Joli prélude à la sortie du premier album de l’artiste nantaise prévu au printemps chez Because music.

L’appel des intermittents

Enfin parmi les moments forts, les Victoires ont mis en lumière la lutte des intermittents du spectacle. La présentatrice de l’émission, Virginie Guilhaume a ainsi rappelé qu’ils étaient 400 à rendre la soirée possible. A travers la lecture d’un message, elle s’est fait la porte-parole de la profession, dénonçant «l’attaque sans précédent» menée contre les intermittents par le Medef, qui la veille a proposé de supprimer leur régime spécifique d’indemnisation d’assurance chômage. L’animatrice a parlé au nom de «tous» les intermittents «puisqu’on l’est tous ici» a-t-elle lancé : «Aujourd’hui, bon nombre d’entre nous peinent à vivre de leur art et de leur métier. Et c’est parce que nous avons des droits sociaux que chaque jour, sur tous les territoires, nous pouvons rencontrer tous les publics, dans toutes les salles de spectacle, des plus petites aux plus grandes. Que serait demain une société sans artistes, sans techniciens, sans musique, sans théâtre, sans cinéma (…) Le gouvernement ne peut pas laisser casser la création artistique et culturelle. Aidez-nous à donner un avenir à l’art et à la création».
VirginieGuilhaume

Et l’animatrice d’ajouter : «Sachez que le 27 février prochain, nous manifesterons tous ensemble contre ce coup de force».  Rendez-vous est pris!

  • A lire aussi:

Lundi 17 février à Paris: assemblée générale unitaire des intermittents

Ils ont marché pour la culture à Paris, Nantes, Marseille, Lille…