Le festival Art Rock, le monde des robots et la Guerre des étoiles


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Par Victor Hache. À Saint-Brieuc, le festival Art rock a envoyé du lourd et de l’original ce week-end. Avec une programmation pluridisciplinaire où se sont croisés heavy metal, 
Alice Cooper, pop-rock des Anglais Foals ou chorégraphie robotique de Blanca Li, comme nous l’explique Jean-Michel Boisnet, son directeur.
 
Art Rock est un festival pluridisciplinaire qui mêle musique, théâtre, danse, arts visuels… Faut-il voir un point commun aux différentes disciplines que vous proposez ?
 
Jean-Michel Boinet Disons que c’est une appréciation subjective de ce qu’est l’art rock. La recherche d’une énergie particulière auprès des artistes d’aujourd’hui même si elle relève de plusieurs disciplines, de la musique, du théâtre, de la danse ou des arts plastiques. C’est la destinée du festival de mettre en lumière cet art propre au moment où nous sommes.
 
Comment le public vit-il cette effervescence artistique ?

Jean-Michel Boinet Le public d’Art Rock est curieux de tout voir et de découvrir des choses qu’on ne retrouve pas ailleurs. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de festivals qui aient pu proposer des artistes comme Björk, Miles Davis, Public Ennemy, Andy Warhol, Philippe Decouflé ou Royal Deluxe. Aujourd’hui, il paraît évident qu’Andy Warhol fait partie de la culture pop. Mais en 1987, quand on a fait son exposition au musée, ce n’était pas si évident. Il venait de mourir, n’avait pas la notoriété qu’il a eue par la suite, autrement, je n’aurais jamais pu avoir accès aux œuvres. Tout cela donne une ligne de conduite au festival qui fait que l’aventure perdure.


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Vous célébrez la thématique des robots. D’où 
vient l’idée de façonner une programmation à mi-chemin entre révolution industrielle et science-fiction ?

Jean-Michel Boinet Art Rock a été reconnu pour ses cartes blanches à Agnès B, au label Tôt ou tard, à Olivier Assayas, etc. Là, nous voulions explorer un thème particulier au travers d’United Robots. Cela correspond bien à ce qu’est ce festival transgenre, qui s’adresse à tous les publics. Quoi de mieux que les robots pour essayer justement de proposer cet esprit d’ouverture ? Qui n’est pas fasciné par le robot RD-D2 ou l’androïde C-3PO de la Guerre des étoiles ? Dans le monde de la science-fiction et de la robotique, le rêve vient de l’invention des artistes par des gestes plastiques. D’un autre côté, on a l’évolution réelle du monde qui fait que des chercheurs partent dans des applications qui ne sont pas sans ressembler à ce qu’ont pu inventer des artistes. C’est un mélange d’univers que je trouve intéressant.


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Parlez-nous du spectacle de danse Robot !, 
de Blanca Li…

Jean-Michel Boinet Blanca Li est une chorégraphe qui était venue il y a longtemps à Art Rock. Elle n’avait pas encore créé sa compagnie et était la magistrale actrice principale de la Fura Dels Baus, un des grands spectacles qu’on a accueillis ici. J’ai vu Robots ! qu’elle a monté à Montpellier Danse, un spectacle très inventif, avec une orchestration faite par les robots du Japonais Maywa Denki. C’est une interprétation musicale très particulière, et pourtant, elle a réussi à en faire un spectacle grand public.


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Côté musique, vous proposez des concerts 
originaux, comme celui du robotique et futuriste groupe de métal allemand
Compressorhead.

Jean-Michel Boinet Ça, c’est vraiment l’illustration d’United Robots à travers la musique. C’est un groupe de métal venu de Berlin qui se produira pour la première fois en France. Les trois musiciens ont la particularité d’être des robots et de peser à eux tous 6 tonnes ! Le guitariste a 78 doigts, le batteur a 4 bras et le bassiste a une tête bien abrutie ! (rires). Ils vont jouer les étendards du hard rock occidental, du Motörhead, Pantera, AC/DC, les Ramones. Il y a une relation incroyable qui s’installe entre ces robots seuls sur scène qui vont interpréter ces musiques. C’est vraiment original.


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Il y a aussi la présence d’une figure du hard 
rock aux shows délirants, Alice Cooper !

Jean-Michel Boinet  C’est une opportunité formidable d’inviter Alice Cooper qui est en tournée en Europe. Il est lui aussi à la démesure du festival. C’est une rock star qui a l’esprit décalé comme peu l’avoir Art Rock, à l’image de la pièce de théâtre de la troupe les Chiens de Navarre, le spectacle le plus déjanté que j’ai vu cette année. Alice Cooper vient avec un spectacle vraiment magique et magnifique. C’est un des plus grands artistes au niveau scénique à l’heure actuelle, quelqu’un qui sait faire !

Un programme très robotique. La 31e édition d’Art Rock 
va vivre au rythme 
des mélanges artistiques :
Expo. United Robots 
de droïdes, robots et machines de Star Wars, Terminator ou Metropolis avec films et jouets mythiques qui ont marqué l’histoire du cinéma. Musique. Avec Alice Cooper, Foals, Temples, Plaza Francia, M, Gaëtan Roussel, Gesaffelstein, Compressorhead, Findlay, Cascadeur, Benjamin Clementine, Melanie 
de Biaso… 
Danse. Robot ! création 
de Blanca Li. 
Théâtre. Une raclette 
par la troupe les Chiens 
de Navarre, Rockn’Toques : mix de musique 
et de street food…

 






Rencontre avec Flavia Coelho, l’astre solaire du Brésil

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Par Victor Hache. Trois ans après «Bossa Muffin», la jeune chanteuse brésilienne revient avec le dansant et festif album « Mundo Meu ». Nous en avons parlé avec elle à l’occasion de sa tournée en France qui passera par l’Olympia en octobre.

Flavia Coelho c’est d’abord du bonheur sur scène et une grosse dose de joie et de musique solaire qu’elle adore partager avec son public. La jeune chanteuse brésilienne originaire de Rio, revient avec Mundo Meu. Un album très réussi où se croisent les ambiances de forro, samba, boléro, ou les rythmes inspirés de musiques d’Europe de l’Est. Une joyeuse fusion à l’âme carioca parcourue par un flow teinté d’afrobeat et de hip-hop qui nous parle de l’histoire du Brésil.

 Vous avez commencé votre carrière très jeune. Qu’est-ce qui vous  a poussé à vous lancer dans la musique ?

Flavia Coelho : Je suis montée sur scène à l’âge de 14 ans. C’était  à Rio. J’ai commencé à chanter, comme ça, à la maison, car au Brésil tout le monde chante et fait un peu de musique. J’ai répondu à l’annonce d’un journal pour un casting. C’est un groupe qui s’appelait Les Célibataires. Ils ont vu combien j’avais envie de participer, m’ont pris sous leurs ailes et ça a démarré très vite. Après, j’ai fait partie de pas mal de groupes. J’ai appris la musique, comme ça, sur le tas. Ça a duré jusqu’en 2006  au moment où je me suis installée en France.

Pourquoi avoir voulu quitter le Brésil ?

Flavia Coelho : J’avais commencé à chanter super tôt, j’ai voyagé dans différents styles de musiques différentes. J’avais 26 ans et l’envie de m’épanouir en tant que femme. Il fallait que je parte de mon pays pour découvrir d’autres choses. J’avais besoin de me mettre un peu en danger. A mon arrivée  en France, je ne parlais pas la langue, un cousin lointain m’a hébergé le premier mois et l’aventure a commencé. J’étais venue en France une première fois en 2002, en tournée avec un groupe, j’ai eu un coup de cœur pour Paris. Pas seulement pour son côté historique, étant très  fan de l’histoire de France, mais aussi à cause de la quantité de musiciens, les clubs, les mélanges musicaux. Cela m’a permis de rencontrer des Sénégalais, des Maliens, des Congolais, des Camerounais, des Serbes, des Croates…Tout cela mélangé dans la musique brésilienne, du jazz, du blues. Ces univers m’ont enchantée et j’ai pensé que si un jour je faisais un album, il viendrait de cette ville et de tous ces musiciens. Pour moi, ces ambiances musicales, ça été la redécouverte de la musique de mon pays. Au Brésil, on écoute tellement de la musique de chez nous, qu’on n’essaie pas de chercher ailleurs d’autres styles.  

Votre nouvel album Mundo Meu est imprégné de toutes sortes de couleurs musicales. Comment définiriez-vous son univers?

Flavia Coelho : Je le vis comme un album brésilien, en fait. Nous, cela fait longtemps qu’on se mélange, qu’on fait des folies en mêlant le hip-hop, le reggae, la salsa, le calypso. Souvent, tout ce que les gens connaissent de la musique brésilienne, ce sont les grands maîtres, Chico Buarque, Caetano Veloso, etc… Moi, j’ai voulu faire ma musique en mélangeant différentes sonorités en chantant dans ma langue, qui est mon drapeau le plus important. Dans mon premier album en 2011  (« Bossa Muffin»), j’étais dans la découverte des sonorités africaines, des sons latinos. Cela  correspondait au chemin vers lequel je  voulais aller pour mon deuxième album. J’essaie de toucher à tous les styles, rap, reggae, ambiances balkaniques, brésiliennes…

Ses sonorités sont parfois très urbaines….

Flavia Coelho : Je suis née à Rio de Janeiro et j’ai grandi dans un quartier simple, parfois un peu difficile, j’ai de la famille dans les favelas. Aujourd’hui mon père vit en banlieue dans un lieu cool, mais on a vécu dans des endroits durs. Je voulais que la couleur de l’album soit un peu plus «street». Il est plus tourné vers l’histoire du Brésil, la rue, le  ghetto, les gens, les paysans.

Il va y avoir bientôt la Coupe du monde de football. Comment vous apparaît le Brésil d’aujourd’hui ?
Flavia Coelho : En ce moment, la situation est compliquée  parce ce qu’ils ont fait ce qu’on appelle  «le nettoyage». On a  obligé les gens  de certains quartiers à déménager pour pouvoir construire des installations sportives et j’espère qu’ils vont bien les reloger. Le Brésil a beaucoup changé. C’est devenu un pays  riche grâce aux brésiliens qui travaillent comme des fous depuis trente ans. Pour moi, ce n’est pas  surprenant que le pays soit devenu ce qu’il est. Je ne suis plus à Rio depuis 2006, mais je suis au courant de ce qui se passe. Les gens sont assez partagés par rapport à la coupe du monde de foot, un peu comme moi. Je suis heureuse de la construction des stades, des diverses infrastructures parce ce que ce sont des installations dont va pouvoir se servir la communauté par la suite. On avait eu un avant-goût de cela avec les Jeux panaméricains, donc ça va développer le sport. Si j’essaie de voir du positif dans cet événement sportif mondial, je pense d’abord à la communauté, aux travaux publics pour les gens. C’est bien, mais le Brésil a besoin aussi d’autres choses, d’écoles, d’un bon système judiciaire, de la  santé…  

Vous êtes de plus en plus reconnue en tant que chanteuse et musicienne au style unique et original. Heureuse de votre parcours?

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Flavia Coelho : Très ! J’ai démarré de zéro quand je suis arrivée ici. Au Brésil, j’avais déjà ma vie, mon appart, mon chien, ma petite voiture, mon boulot, tout allait bien ! (rires). Et du jour au lendemain, je suis partie avec 200 euros en poche, un sac à dos, une petite veste avec le but de faire un album. Je ne jouais pas de guitare, je n’avais jamais écrit de morceaux, ni paroles, ni chanson. Le temps a passé très vite, aujourd’hui, je me produis un peu partout. Je suis merveilleusement bien accueillie dans les festivals par les gens  qui sont contents de voir mon évolution. Je suis  reconnaissante de tout cela, cela me rend heureuse !

Album Mundo Meu chez Discograph. Tournée en France jusqu’au 7 novembre. Concert, le 17  octobre à l’Olympia. 

Festival « Alors chante! », la chanson en mutation se révèle à Montauban


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Le festival Alors chante !, qui célèbre sa 29e édition, est en plein renouveau et cherche à dynamiser sa programmation en mettant l’accent sur les découvertes et talents issus de la scène des musiques actuelles.
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Véritable institution à Montauban (Tarn-et-Garonne) Alors chante ! est en train de se chercher un nouvel avenir. Un renouveau synonyme de mutation. Le festival de chanson créé en 1986 fête sa 29e édition avec la conviction qu’il lui faut évoluer pour être en phase avec les goûts du public, désormais très friand de musiques plurielles. Emblématique de la chanson de qualité, le festival a construit sa notoriété en accueillant depuis sa création des artistes comme Juliette Gréco, Renaud ou Francis Cabrel. Mais il a été aussi l’un des tout premiers événements à mettre en lumière et à défendre les jeunes talents, à l’image de Jeanne Cherhal, Camille, Bénabar, Renan Luce ou Zaz, qui ont fait leurs début ici. Depuis quelques années, Alors chante ! souhaitait franchir un cap en mettant l’accent sur les artistes émergents issus non seulement de l’univers de la chanson, mais aussi des courants hip-hop, électro ou pop, correspondant à la culture des nouvelles générations : « La chanson francophone connaît une passe difficile en dehors de deux ou trois têtes d’affiche qui écrasent tout le reste », observe Jo Masure, directeur de l’association Chants libres, organisatrice d’Alors chante ! Le festival, reconnu pour son travail de dénicheur de talents, a toujours eu la volonté de soutenir les artistes à travers un riche programme de découvertes.

Jusqu’ici douze artistes émergents étaient sélectionnés dans la grille de programmation. Cette année, vingt-huit découvertes sont proposées. Une montée en puissance qui relève du désir d’accentuer l’idée d’un festival consacré aux artistes en devenir, en élargissant le spectre musical. Une approche nouvelle, qui passe cette année par une collaboration plus soutenue avec deux producteurs-tourneurs, organisateurs de spectacles réputés pour leur travail qualitatif auprès des artistes, Bleu Citron et Astérios : « On s’est rapproché d’eux pour essayer de trouver des solutions dans les propositions faites au public, poursuit Jo Masure, d’imaginer des choses pour faire évoluer les festivals, et ne pas attendre que les difficultés soient insurmontables. »

Une trentaine de formations à voir au Magic Mirror

Alors chante !, qui accueille chaque année près de 20 000 festivaliers, est confronté à un problème de jauge de salles qui doivent s’adapter au mieux aux capacités de remplissage des artistes invités, entre Eurythmie (2 800 places), le théâtre Olympe-de-Gouges (450 places), auxquels s’ajoutent le Magic Mirror (800 places) et le Chapitô (500 places). Mais le festival a aussi besoin de refléter la vitalité artistique de la nouvelle scène de musiques actuelles. Un sentiment que partage Olivier Poubelle, fondateur d’Astérios Production, à l’origine de l’un des plus beaux catalogues d’artistes de la chanson (Fauve, François & The Atlas Mountains, Cali, Thomas Fersen, les Têtes Raides, Babx…), gérant des salles parisiennes, les Trois Baudets, le Bataclan, la Flèche d’or, la Maroquinerie, ou encore les Bouffes du Nord : « On a dit à Jo Masure et à toute l’équipe qu’on avait le sentiment de moins de pertinence dans les choix artistiques et on a réfléchi à ce pourquoi on était confronté à ce problème. Aujourd’hui, on ne peut plus s’imaginer que la chanson française doit être réduite à une certaine chanson à texte, dans laquelle Montauban a été l’auteur principal ces dernières années. » Les talents d’aujourd’hui se réclament d’une culture plus vaste inhérente au fait qu’ils ont grandi dans une diversité musicale où tout se mixe, du rap à l’électro.
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Des influences qui donnent une nouvelle couleur à la chanson : « Si on regarde la programmation des découvertes de ces dernières années, souligne Olivier Poubelle, on s’aperçoit qu’elle était vieillissante et qu’elle ne pouvait pas plaire aux 20-30 ans. C’était cohérent car le public n’était pas celui-là. Mais, pour nous, c’était ce qui pouvait fragiliser le festival à long terme. » Montauban a donc remis les découvertes au cœur de son projet, avec près d’une trentaine de formations à voir au Magic Mirrors, à raison de deux sessions par jour à 14 h 30 et 21 h 30. On sera donc attentif à Feu ! Chatterton, Grand Blanc, Bigflo & Oli, D-Bangerz, Auden, Estelle Meyer, Peter Peter, Pendentif ou Lior Shoov. « On avait envie de proposer des choses qui sortent de l’ordinaire, une chanson plus pop, plus électro, confie Agathe Olivier, d’Astérios, chargée de la programmation des découvertes, aujourd’hui, il y a une proposition au niveau de la chanson émergente très large. Ce serait dommage de ne pas la faire découvrir. On ne pouvait pas rester sur une chanson traditionnelle. »

Festival Alors chante! jusqu’au 1er juin Montauban. http://www.alorschante.com


 

Demandez le programme 
Alors chante !, c’est aussi la présence de Bensé, Zaz, Nathalia Natiembé, Giedré, les Ogres de Barback, François & The Atlas Mountains, Jeanne Cherhal, Renan Luce, Iaross ou encore les Innocents et Thomas Fersen qui se sont produits sur les scènes d’Eurythmie et du théâtre Olympe-de-Gouges depuis mardi.

Riche programme pour ce week-end, 
avec Dominique Dalcan, Florent Marchet, Gaëtan Roussel, Jacques Higelin, 
Cause Commune, S-Crew, Fauve, Babx, 
et, côté découvertes, Feu ! Chatterton, Bessa, Olivier Juprelle, Radio Elvis, les spectacles enfants de Mômes en Zic, 
avec Weepers Circus, Pascal Parisot…