Magnétique Benjamin Clementine


benjamin-clementine1Benjamin  Clementine – Le chanteur anglais d’origine ghanéenne sort un intense premier album, « At Least For Now ». https://doublenote.wordpress.com/

C’est à chaque fois la même impression d’intensité et d’urgence. Après deux EP (mini-albums) Cornerstone et ­Glorious You, des concerts-performances marqués par un flow parcouru d’une violence intérieure et des ambiances percussives nées de son jeu au piano, Benjamin Clementine https://www.facebook.com/benjaminclementine livre son premier album At Least For Now. Un disque traversé de tendresse, de révolte et d’espérance où le chanteur anglais d’origine ghanéenne donne tout ce qu’il a, porté par l’expressivité d’une interprétation qui ne cesse de fasciner en live. Une manière dense et unique d’être en scène qui fait de lui un véritable acteur de sa musique : «Je suis un expressionniste, souligne-t-il. Je chante ce que je dis, je dis ce que je sens et ressens ce que je joue avec honnêteté, rien d’autre que de l’honnêteté. » Son répertoire se compose de ballades interprétées d’une voix caressante, d’atmosphères lyriques aux envolées vocales aiguës mêlées de cordes, de mélodies aux contours bruts ou sensibles. On pense à Nina Simone ou Brel, mais on est frappé par le sentiment de puissance et de douleur contenue qui habite l’univers de cet artiste de vingt-cinq ans à qui la vie n’a pas toujours souri.

Natif de Londres, il s’est installé en France à l’âge de vingt ans pour tenter sa chance. Il a joué dans le métro parisien, interprétant un répertoire de reprises, jusqu’au jour où il a commencé à écrire ses propres textes et mélodies. Un registre piano-voix souvent autobiographique où il met son cœur à nu entre mélancolie et chansons lumineuses dont il fait part en véritable conteur. ­Benjamin Clementine possède un charisme naturel qui magnétise le public partout où il se produit.

Son album At Least For Now est de cette veine, vibrant et fascinant. Soit onze chansons poétiques qui témoignent des tourments et des espoirs d’un artiste au talent hors norme. Un cri auquel on ne peut rester indifférent.

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Album At Least For Now, Barclay. 
Concert le 19 mars au Trianon, Paris 18e.

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Le Disquaire Day monte en puissance


L'affiche de l'édition 2015 du Disquaire DayDisquaire Day –  La 5e fête du disque indépendant promet d’être spectaculaire 
et mise sur l’aide de l’Europe pour 
se développer et relancer le secteur.

L’année 2015 sera celle d’une montée en puissance pour le Disquaire Day. http://disquaireday.fr/

 La journée dédiée aux disques indépendants qui se déroulera le 18 avril entend fêter de manière spectaculaire le renouveau du vinyle. Après avoir été ringardisé par l’essor du CD et l’arrivée du numérique, le disque vinyle est redevenu un bien culturel branché apprécié des amoureux de musique, de plus en plus présent dans les bacs des grandes enseignes de distribution ;

David godevais

« Le retour du disque vinyle a permis à nouveau de toucher les fans de musique qui étaient partis vers le téléchargement illégal », remarque David Godevais, directeur du Calif (1) http://www.calif.fr/  à l’origine du Disquaire Day, créé en 2011 sur le modèle du Record Store Day aux États-Unis et en Grande-Bretagne. « Il y a quelques années, les jeunes trouvaient qu’un titre à un euro sur iTunes, c’était trop cher. Aujourd’hui, ils sont prêts à acheter un vinyle 25 euros car ils ont l’impression d’avoir un objet qualitatif. » La 5e édition du Disquaire Day va donner plus de visibilité à la manifestation grâce aux nombreux concerts organisés dans 25 villes, dont Lyon, Marseille et Toulouse.

Des parcours à pied et en Velib

 À Paris, seront installés une scène et un village des labels indépendants sur le parvis de l’Hôtel de Ville. Des parcours à pied et en Vélib inviteront à aller à la découverte des disquaires. La Maison de la radio devrait être habillée aux couleurs du Disquaire Day avec un concert classique à l’Auditorium, une exposition dans le hall sur le vinyle imaginée par la discothèque de Radio France, alors qu’aux studios 104 et 105 auront lieu des concerts pop-rock. Les responsables du Calif souhaitent aussi favoriser la mutualisation d’une vingtaine de salles de musiques actuelles de Paris et de la banlieue, avec l’idée de créer un pass gratuit donnant accès à une grande Disquaire Day Night.

Diversité culturelle

 Autre initiative forte, la volonté de structurer l’organisation du Record Store Day (qui regroupe plus de 500 magasins en Europe) par le montage d’un plan de soutien financier auprès de la Communauté européenne afin d’aider au développement des disquaires des pays de l’Union .

Renard« Revitaliser le réseau des disquaires indépendants au niveau européen est un enjeu fondamental », observe Jacques Renard, ancien directeur du Centre national de la chanson, des variétés et du jazz, en charge du dossier auprès du Calif : « C’est un projet qui devrait intéresser l’Union européenne du point de vue de la diversité culturelle mais aussi parce que cela aidera à relancer un secteur dont on ne voyait pas jusqu’ici l’avenir. »

(1) Calif:  Club Action des Labels Indépendants Français

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Mademoiselle K : « Mon fantasme est d’aller torse nu sur scène »


Mademoiselle K (c)Iris Della Roca et Lou Levy (sdp)Mademoiselle K – Quatre ans après Jouer dehors, la chanteuse revient avec Hungry Dirty Baby. Un album punk-rock balancé à l’instinct, autoproduit et entièrement interprété en anglais. Une première et une réussite pour Mademoiselle K, qui à la Cigale fin janvier promet un concert brûlant. https://doublenote.wordpress.com/

Katerine Gierak, alias Mademoiselle K, est une fille au talent hors norme. Non seulement elle est l’une de nos rares rockeuses, mais elle est aussi une artiste qui sait se remettre en question. Pour mieux se renouveler. Elle qui avait pour habitude de chanter en français depuis son premier album, Ça me vexe, en 2006, change d’univers et revient avec Hungry Dirty Baby, un album entièrement en anglais. Une petite révolution et un choix esthétique qui s’accompagne d’un désir de se réinventer en donnant une nouvelle couleur musicale à son répertoire. « C’est comme un nouvel instrument pour mes chansons, confie-t-elle. J’ai eu une volonté très forte de changement après trois albums en français. Je me voyais un peu encroûtée dans ma case Mademoiselle K, la fille qui fait du rock en français. Je me sentais rouillée et j’avais l’impression d’avoir pris dix ans. » MademoiselleK2 MademoiselleK3 Le genre, l’identité, la relation à l’autre ou la violence des sentiments Elle est alors partie à New York, où elle s’est inscrite dans une école d’anglais pour perfectionner son apprentissage de la langue. Un séjour qui l’a reboostée : « Je n’étais jamais allée dans cette ville. J’étais en terrain anglo-saxon, ce dont je rêvais depuis des années. Ensuite, je suis partie à Londres pour travailler ma prononciation. » Une initiative qui n’a pas été du goût de son ancienne maison de disques, EMI, qui n’a pas voulu la suivre dans sa nouvelle approche artistique. « Cela faisait des mois que je leur disais que mon album serait en anglais. EMI étant devenu Warner, il y a eu un nouveau boss. Ils m’ont fait comprendre que ce serait une erreur de sortir des chansons en anglais et que j’allais perdre mon public. »

La création de son propre label, Kravache, aura donné un coup de fouet à ses rêves de musique et permis, grâce à une aide de l’Adami, de sortir un album autoproduit : « Chaque disque est un épanouissement en soi, souligne Mademoiselle K, mais il est certain que celui-ci est plus fort encore parce qu’il est marqué par plus d’embûches et d’obstacles qu’il a fallu surmonter. Finalement, en l’autoproduisant, j’ai pris le plus gros risque de ma vie. C’est dur financièrement, un combat de tous les jours. » Hungry Dirty Baby s’inscrit dans une brit-attitude rebelle qui lui va bien. Un disque rock et punk balancé à l’instinct de manière convulsive, à l’image des clips de l’album Glory ou RU Swimming : « Je me sens bien dans le rock anglais », dit la chanteuse qui a toujours revendiqué des influences brit-pop, de Portishead à David Bowie, The Clash, The Cure ou Radiohead. Pour la pochette, elle a tenu à poser torse nu, bras croisés sur la poitrine avec une croix : « Une photo faite en plein jour au cimetière du Père-Lachaise, entre deux groupes de touristes, sourit-elle. C’était durant la période du débat sur le mariage pour tous. J’ai été choquée par les manifestations de haine, les intégrismes qui pullulaient. Je trouvais d’autant plus fort de poser avec une croix au moment où certains défilaient et se servaient de la croix pour attiser leur haine. » Dans ses nouvelles chansons, la rockeuse androgyne aborde le thème du genre, de l’identité, de 
la relation à l’autre ou de la violence des sentiments comme dans le titre générique de l’opus : « C’est un morceau punk, mais aussi une chanson romantique qui évoque le sentiment de manque de quelqu’un, le désir. Il y a une esthétique grunge avec une espèce de fantasme de la saleté associé à un truc très sexuel. J’avais envie de quelque chose de sale. J’avais en tête des peintres comme Bacon ou Lucian Freud. » Une vision rock originale et personnelle qui est une façon de bousculer nos habitudes d’écoute et de créer des émotions fortes : « C’est le fameux débat sur l’art. Est-il fait pour être beau ou pour interpeler ? Au moment de la libération sexuelle, on a beaucoup fait ça, se balader à poil, le corps peint. J’aime ce rapport de la peau et de la peinture. »

Un rapport à la musique et à l’art, synonyme de body-painting, que Mademoiselle K entend pousser jusque sur scène : « Sur les premiers concerts, j’ai fait plein d’essais, je me suis peint le visage, puis le corps. Mon fantasme absolu est d’aller torse nu sur scène, non pour choquer les gens, mais parce que j’aime ça. Mon guitariste, quand il a chaud, il enlève son tee-shirt. Pourquoi je ne le ferais pas ? Est-on prêt à ce qu’une femme soit à égalité avec un homme ? Je trouve ça cool de se balader torse nu. C’est une liberté. »

Album Hungry Dirty Baby chez Kravache, Believe/Pias. Tournée du 23 janvier au 28 mars, dont concert à la Cigale le 26 janvier, 120, bd Rochechouart, Paris 18e.

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La révolution Soviet Suprem, entre faux-cils et marteau


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Soviet Suprem – Porté par le succès de son premier album, l’ Internationale, le groupe militaro-punk met le feu partout où il se produit. Un cocktail musical aux accents politiques burlesques emmené par les musiciens R. Wan et Toma Feterman, alias Sylvester Staline et John Lénine. 

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Qu’on se le dise, la révolution russe n’a pas eu lieu en 1917, comme on le croit trop souvent, mais en 2014 ! C’était il y a tout juste un an, en janvier, avec la réapparition surprise, plus de vingt ans après la chute du Mur, du Soviet Suprem. Un groupe et un projet fou nés du désir de prendre le contre-pied de la culture yankee pour mieux vivre un « balkanican dream » aux accents militaro-punk. Face à la crise et à la dette des pays du G20, ces délirants soviets prônent le rassemblement des peuples amateurs de musiques festives et la révolution du dancefloor. Un programme teinté d’humour au troisième degré qui joue sur les codes de la guerre froide avec pour personnages principaux Sylvester Staline et John Lénine.

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Univers totalement décalé dans 
le paysage des musiques actuelles

Soviet Suprem, c’est l’histoire de la rencontre de deux kamarades musiciens allumés. D’un côté R. Wan, du groupe Java, de l’autre Toma Feterman, de La Caravane passe, qui depuis quinze ans écument les festivals avec une énergie communicative qui galvanise les foules : « Ce qu’on a voulu faire avec ce projet, c’est une relecture de la musique du monde, expliquent-ils. Quand on parle de world music, c’est toujours tourné vers les États-Unis. On ne voit la musique internationale qu’à travers le prisme américain et anglo-saxon. On trouve intéressant d’imaginer, si l’URSS avait gagné la guerre froide, quelle sorte de musique mondialisée on aurait aujourd’hui. » R. Wan et Toma disent tout cela dans un sourire, conscients que leur univers totalement décalé dans le paysage des musiques actuelles peut parfois déconcerter : « Au départ, j’ai pensé qu’on marchait peut-être sur des œufs avec ce projet, mais je me suis dit : “Allons-y !”» avoue Toma. Aujourd’hui, leur révolution est en marche, à l’image de leur premier album, l’Internationale, qui fait un carton en live. Un registre inspiré des musiques d’Europe centrale mêlé d’électro, de hip-hop et de dub en provenance des steppes de l’Est : « Quand il a fallu trouver le nom du groupe, on a réfléchi aux anciennes Républiques soviétiques, tous ces pays qui englobent ce répertoire dans lequel on allait puiser. » Et R. Wan de poursuivre : « Soviet Suprem, ça nous a tout de suite parlé. J’ai quarante ans, j’ai connu l’avant-Mur. Toma a eu des grands-parents communistes d’origines polonaise et roumaine. Moi, j’ai grandi dans une banlieue rouge à Vitry-sur-Seine, dans une famille où on parlait beaucoup politique. » Plus anars que cocos, les deux musiciens s’amusent à surfer sur l’imagerie soviétique dans un esprit burlesque : « Il y a un côté grand-guignol, mascarade, souligne R. Wan. On aime arriver sur scène comme grimés en dictateurs, avec un côté bonimenteur, harangueur de foule. Les gens, il faut aller les chercher, les convaincre quand ils ne connaissent pas votre musique. »

De quoi mettre le feu 
au rideau de fer

Un cocktail politico-musical qui fait son effet partout où ils se produisent. « La politique, on s’en sert comme une figure de style, dit Toma. On a surtout imaginé une musique qui envoie sur scène à la manière d’un gros show. L’imagerie soviétique, on l’aborde avec une espèce de romantisme, de façon artistique. Lénine, le marteau, la faucille, ça renvoie à tout un univers. Il y a plein de gens à qui ça parle sans forcément qu’ils soient engagés ou nostalgiques… » Un Bolchoï déglingué où l’on croise Lady Gagarine et autre DJ Croute Chef. De quoi mettre le feu au rideau de fer et chauffer à blanc un public qui ne se prive pas de venir faire la fête en chapka sur fond de Soviet Suprem party, de chœurs de l’Armée rouge revisités et de musiques traditionnelles : « En France, il y a un multiculturalisme qui fait qu’on a beaucoup de musiques traditionnelles de différents pays auxquelles viennent s’ajouter le hip-hop, le rock, la pop…, précise Toma, à l’origine des compositions du groupe. C’est tout cela qu’on met dans notre univers. » Un répertoire éminemment scénique à vivre d’abord en salles ou en festivals, où ces drôles de soviets brisent la glace en un éclair. L’idéal ? « Ce serait de finir notre tournée en apothéose sur la grande scène de la Fête de l’Humanité !
 lancent-ils. On y a passé toute notre enfance et on y a vu des tas de concerts. On s’est dit que si ce n’était pas possible, on ferait un putsch ! (rires) Sinon, on fera la fête de l’UMP à Antibes ! »

Album L’Internationale, Chapter Two/Wagram Music. Tournée du 12 janvier au 23 mai puis les festivals d’été.

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