Marc Lavoine « Jean Ferrat, un ami de la famille, même si on ne le connaissait pas »


lavoine1Marc Lavoine – Entretien
À l’initative de l’album de reprises en hommage à Ferrat, Des airs de liberté, par quinze artistes, Marc Lavoine nous explique ce qui le touchait chez celui dont il chante Camarade et la Matinée.

Samedi soir, sur France 2, le Grand Show Ferrat va fêter Jean. Une émission exceptionnelle où se mêleront souvenirs et bonheur de retrouver son visage à la télévision, à travers ses plus belles chansons. Ferrat était un homme de partage chanté par les plus grands artistes, d’Isabelle Aubret à Francesca Solleville ou Allain Leprest. Cinq ans après sa disparition, c’est toute une génération de chanteurs qui lui rend hommage dans un bel album de reprises, Des airs de liberté, où l’on retrouve Marc Lavoine, Patrick Bruel, Cali, Catherine Deneuve et Benjamin Biolay, Julien Doré, Dionysos, Patrick Fiori, Grégoire, Patricia Petibon, Hubert-Félix Thiéfaine, Raphaël, Sanseverino, Natasha St-Pier et Zebda. Un beau casting d’artistes dont certains seront au côté de Michel Drucker, en mémoire du chanteur d’Antraigues qu’ils ont aimé interpréter. Tous nous l’ont dit : Ferrat, c’était autant le poète que l’artiste engagé. Des témoignages émouvants et une manière de transmission de l’œuvre de Ferrat au public d’aujourd’hui qui lui seraient allés droit au cœur.

Vous êtes à l’origine de l’idée du disque hommage à Ferrat, Des airs de liberté, où figurent une quinzaine d’artistes. Que représente-t-il pour vous ?

Marc Lavoine Jean Ferrat était quelqu’un d’extrêmement populaire et utile et, en même temps, il était la discrétion. Il a aussi été très décrié. Un peu comme Goldman qui est entré dans les appartements de La Courneuve avec des chansons snobées par certains. Ça fait du bien d’avoir des gens comme ça. Cela aide beaucoup de jeunes qui ne sont pas des branchés, ni intégrés à des chapelles, à se lancer dans la vie. C’était un type qui, à la fois, avait perdu un doigt dans une machine à l’usine et faisait la passerelle entre nous et Aragon. J’ai eu la chance de le rencontrer. Je l’aime beaucoup, non seulement parce que c’est un ami de la famille d’une certaine façon, même si on ne le connaissait pas. Il a fait du bien à des types comme moi. C’était beau de le voir au palais des Sports. C’était un bel artiste.

Dont la voix était extrêmement émouvante…

Marc Lavoine Une voix fantastique. Il y a des chansons intouchables. Ma France, ce n’est pas facile de reprendre une chanson comme celle-là. J’ai voulu chanter la Matinée (interprétée avec Patricia Petibon) parce que c’est une chanson qui m’a donné une lumière incroyable dans ma vie, qui m’a beaucoup ému. Et Camarade, parce que c’est une rupture dans la vie d’un communiste et ce mois d’août à Prague où le mot camarade prend deux formes, deux visages. Beaucoup de communistes ont été troublés à cette époque. Il y a une brume dans les yeux des gens à ce moment précis, les vieux adhérents, les anciens. J’aime cette chanson et je pense que, pour Jean Ferrat, cela a dû être compliqué de l’écrire. Il a eu raison de la faire.

Marc Lavoine interprète Camarade et la Matinée

Gérard Meys : « Marc Lavoine tenait à interpréter Camarade »

gerard_meys1 Ami et producteur historique de Ferrat, Gérard Meys revient sur la genèse de l’album « Des airs 
de liberté », le Grand Show Ferrat et annonce la préparation d’un documentaire sur le chanteur.

Comment est née l’idée de l’album Des airs de liberté ?

Gérard Meys De Marc Lavoine, il y a cinq ans. Isabelle Aubret était en tournée à Tours. Alors qu’elle était en train de chanter, quelqu’un est monté sur scène et lui a appris le décès de Jean. Bouleversée, Isabelle a annoncé « Jean Ferrat est mort ! » et est tout de même parvenue à finir son tour de chant. Le lendemain, à Marseille, Marc Lavoine a appelé et m’a dit : « Tu dois être effondré. Je veux rendre un hommage à Jean Ferrat avec mes potes. Je tiens à te le dire même si je ne sais pas comment on peut faire .» Et on a mis cinq ans pour réaliser l’album.

Le casting est impressionnant, composé de chanteurs qu’on n’attend pas dans un hommage à Ferrat, tels Raphael, Grégoire, Natasha St-Pier, Julien Doré, Patrick Bruel…

Gérard Meys C’était mon souhait pour cet album, qui est une coproduction (1). Quand Raphael m’a confié : « Je veux absolument chanter J’arrive où je suis étranger », ça m’a bouleversé. Grégoire, lui, a voulu interpréter Tu aurais pu vivre. J’ai été étonné parce que c’est une chanson de Jean tellement personnelle. Il l’avait écrite pour un ami ardéchois qu’il venait de perdre et Grégoire m’a dit : « C’est ce qui vient de m’arriver ». Pareil pour Marc Lavoine, qui tenait à Camarade, qui ouvre le disque. C’est une question politique. Il m’a dit : « Je veux interpréter Camarade avec la même orchestration que celle de Jean Ferrat. Pour moi, c’est les affiches que je collais à seize ans, ma famille. C’est important politiquement. »

Le Grand Show Ferrat va être chargé en émotion. Une émission animée par Michel Drucker, qui a toujours été un proche de Jean. C’est rare, une telle amitié !

Gérard Meys Michel, je l’ai connu au début de sa carrière à la télé lorsqu’il était au service des sports, rue Cognacq-Jay. On s’est retrouvé comme des frères des années plus tard lors des nombreuses émissions qu’il a consacrées à Jean. Pour ce Grand Show, il a voulu lui faire plaisir, comme s’il était là. Il y a toute une séquence sur la censure. On voit même Jean Ferrat lire une lettre au président de TF1 pour le remercier d’avoir passé A la une, une chanson qui attaque la chaîne avec ces fameuses paroles « Après la roue de la fortune/les assassins sont à la une », etc. Je voulais qu’on parle de la censure. C’est d’une importance primordiale dans le parcours de Jean. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai obtenu la participation de Zebda dans l’émission, qui m’ont répondu, étonnés : « Nous, à part faire des France 3, on ne passe jamais à la télé ! » Ils n’y croyaient pas.

Un disque, une émission de télévision… y aura-t-il d’autres événements ?

Gérard Meys Jean Ferrat m’a fait une saloperie (rires) puisque je suis son légataire universel, inscrit dans son testament pour l’œuvre passée, actuelle et à venir. J’ai une quarantaine de chansons et je prépare un documentaire sur lui. Je lui dois ça. Je l’ai filmé pendant vingt ans. J’ai commencé à travailler avec lui en 1959, je connais bien sa vie, son parcours, depuis sa naissance à Vaucresson, la rue des Pyrénées où il a vécu, Antraigues, son premier music-hall à L’Alhambra, La Colombe où il a chanté juste avec une guitare. J’ai tous ces documents. Pompeusement, j’ai déposé le titre, les Quatre Saisons de Jean Ferrat, mais j’en changerai peut-être. Je suis en train de chercher un comédien pour la voix et les textes. Je veux quelqu’un qui soit engagé, c’est important de ne pas trahir Ferrat.

(1) Album Des airs de liberté, coproduit par Sony, Columbia et les Disques Meys.

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