Festival : Ma parole, c’est Mythos!


festival-mythos1Festival Mythos – Depuis près de vingt ans, le festival Mythos de Rennes défend la question de l’oralité au travers des histoires qu’il met en avant de manière originale. Aujourd’hui l’événement a élargi sa proposition pour englober les arts de la parole au sens large du conte, au récit, du théâtre à la chanson (1). Une programmation délibérément éclectique qui propose une cinquantaine de spectacles à l’occasion de la 19è édition de Mythos https://www.facebook.com/mythosfestival. Rencontre avec Mael Le Goff, son directeur artistique.

– Mythos depuis sa création met en valeur les arts de l’oralité. En quoi est-ce important de défendre la parole dans nos sociétés contemporaines?

Mael Le Goff : J’ai le sentiment qu’aujourd’hui on communique beaucoup mais qu’on ne se parle plus vraiment. On voit bien qu’un certain nombre de propositions artistiques mettent en avant la forme, les images. On reproduit ce qui   attire les gens par des images un peu choc et des choses  à consommer facilement. Aujourd’hui il s’agit de reformer le  cercle, de redonner place  à cette parole millénaire qui a toujours  existé, que les sociétés traditionnelles entretenaient de génération en génération. La  question des histoires, comment elles circulent,  se transmettent, tout cela est au cœur de nos préoccupations.  Quand les publics  se trouvent face à des raconteurs d’histoires, on observe aussitôt l’intérêt, le voyage qui s’opère, la magie.

– Vous revendiquez le droit à l’éclectisme artistique à travers une programmation qui repose sur le récit, le conte, le théâtre ou la chanson. Existe-t-il un dénominateur commun à toutes ces formes d’art?

Mael Le Goff : C’est la question de comment on continue à raconter des histoires. Au fil de la programmation cette année, il y a peut-être un dénominateur à trouver à travers des paroles engagées. Des paroles non pas forcément  «militantes », mais qui regardent la société contemporaine. C’est un changement qui s’opère depuis quelques années. On voit des artistes qui avaient tendance à raconter des histoires  en lien avec des contes, des mythes, des légendes, qui commencent à faire résonner les questions de la société contemporaine  – par exemple le conflit israëlo-palestinien – avec  un certain nombre de mythes fondateurs et d’histoires universelles.

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– Des thèmes qui font écho à l’évolution du monde…

Mael Le Goff : Ils peuvent aller du politique au sociétal. Pendant un moment, on a vu un certain nombre d’artistes s’élever et c’était salvateur, pour dépeindre les maux de la société avec une parole plus politique. Aujourd’hui, il  y a tout un mouvement qui va vers une parole sociétale, parfois scientifique.  Je pense à Sébastien Barrier et à son dernier spectacle «Savoir enfin qui nous buvons » où il évoque la question des vignerons qui font tout un travail autour du vin naturel. Tout à coup, par ce prisme-là, il nous emmène dans la petite histoire des gens qui racontent la grande histoire de la société contemporaine. On est en prise avec le réel et on voyage à travers un univers poétique,  onirique.

– Quels sont les spectacles qu’il ne faut pas manquer ?

Mael Le Goff : C’est toujours difficile de faire un tri dans l’ensemble des propositions qui regroupent une cinquantaine de spectacles et près de soixante-dix représentations. Mais c’est vrai qu’il y a des choses qui nous tiennent particulièrement à cœur. Il y a des spectacles qu’on a inscrit comme des événements parce qu’ils sont originaux. Je pense à «Please, continue» de Yan Duyvendak et Roger Bernat sur le vrai-faux procès d’Hamlet (2).  C’est intéressant parce que ça met en prise à la fois des comédiens et des professionnels  de la profession. Des gens de la société civile, du barreau de Rennes en l’occurrence, de vrais avocats, de vrais juges, un vrai huissier , qui vont venir plaider en étant «pour »  ou «contre» Hamlet.  Chaque soir, il y a un jury qui est tiré au sort et le public rend son verdict. On voit comment un procès se déroule, la machine judiciaire est exercée. D’un soir à l’autre, c’est très étonnant puisque les protagonistes changent. Ainsi on peut voir comment en fonction de l’avocat général, du juge ou de l’avocat  de la défense, le verdict n’est pas du tout le même.

– Un artiste à découvrir ?

Mael Le Goff : Je mettrais l’accent sur Sergio Grondin. C’est un conteur réunionnais dont j’avais vu un spectacle en créole à la Réunion. J’ai senti dans son univers une énergie, une force tellurique qui ressemble à cette île. Cela m’a donné envie d’accompagner ce jeune artiste. Aujourd’hui, il créée son deuxième spectacle «Les chiens de Bucarest » (3). Il s’est aperçu qu’il y avait plein de questions qui se posaient dans cette ville postcommuniste, qui à la fois cachait ses chiens errants et repoussait ses Roms. On part de l’histoire d’un chien pour dépeindre à la fois la société contemporaine roumaine  des trente dernières années et parler des exclus, des turpitudes de l’humanité, avec là aussi un regard original et sensible.

    • (1) Festival Mythos Rennes du 7 au 12 avril.  Renseignements
    • Seront présents Ben Mazué, Arthur H, Jean-Louis Murat, Charlie Winston, Faada Freddy, Yael Naim, Stephan Eicher, Sanseverino, Oldelaf, Alexis HK, Radio Elvis, Vianney…
    • (2) «Please, continue» le 9/04, 10/04, 11/04 (Salle de la Cité)
    • (3) «Les chiens de Bucarest» 9/04 (Théâtre de la Parcheminerie)