Cascadeur : « Il n’y a rien de plus normal qu’un fantôme ou un revenant »


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Après Human Octopus, le musicien casqué revient avec Ghost Surfer. Excellent deuxième album aux ambiances spatiales, électro et fantomatiques, à découvrir au Bataclan le 12 mars.

Vous avez récemment présenté votre album au Planétarium de Paris. Comment expliquez-vous votre attirance pour le cosmos 
et le monde des étoiles ?

Cascadeur. Il y a des gens qui adoreraient se rendre dans l’espace. Moi, j’ai peur, je pense trop au crash. Je préfère inventer mes zones spatiales où je peux voyager à ma guise. C’est lié à des musiques que j’écoutais enfant, comme les Pink Floyd, tous ces courants psychédéliques qui exploraient les mondes inconnus. Mais je suis plus un voyageur immobile.

D’où vient votre fascination pour les atmosphères fantomatiques qu’évoque
votre album ?

Cascadeur. De l’enfance. En même temps, ça me plaisait d’évoquer l’immatériel. Ces entités qui traversent les murs, le temps. C’est ce qui me plaît aussi en musique, la notion de pouvoir traverser les choses. Quand on est musicien et que l’on interprète Bach par exemple, on devient un fantôme quelque part et Bach est le fantôme qui nous visite. En tant qu’interprète, on côtoie souvent le monde du vivant et la mort. J’ai une formation classique. À huit ans, je jouais des gens morts, c’est quand même bizarre. C’est même une drôle d’idée de se dire que des enfants interprètent des êtres disparus. Ça m’a toujours marqué. Je me suis beaucoup interrogé sur les peurs enfantines, sur l’apparition, la disparition. Je suis là-dedans.

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Donc, vous croyez aux histoires de fantômes !

Cascadeur. Bien sûr ! (Rires.) Ce qui est amusant, c’est que chacun habite son fantôme. Il n’y a rien de plus normal qu’un fantôme ou un revenant. Le monde de la mort, dans d’autres cultures, c’est très différent. Ici, il ne faut surtout pas regarder. On évacue beaucoup de choses. Je trouve que c’est important de se confronter à ça. C’est difficile, et je suis le premier à avoir peur. On est dans l’interdit de plus en plus, et dès que l’on évoque ce thème, tout le monde se glace. On est quand même dans une société du divertissement tout en étant dans un quotidien très chargé. En même temps, plus c’est sombre, plus on nous vend du divertissement.

Étonnamment, votre album 
a quelque chose de bien vivant et de pas sombre du tout !

Cascadeur. Après le premier album quelque chose a été expédié assez loin de moi, comme une souffrance. J’évoquais beaucoup l’idée de solitude, d’être isolé, qui ne se faisait pas entendre. C’était un peu l’histoire de ma vie artistique. Ça a modifié ma façon d’appréhender certaines choses. Dans le deuxième album, je voulais sortir d’un état d’isolement parce j’avais rencontré beaucoup de gens, des musiciens. Ça m’a donné confiance, même si je doute toujours. Cette forme d’estime de ce que j’avais pu faire a été comme une thérapie qui m’a fait du bien. Là, je voulais aller plus vers l’autre, comme une sorte de réconciliation.

Dans Collector, vous avez tenu à laisser une large place 
à Christophe. Un hommage 
au chanteur des Mots bleus ?

Cascadeur. C’est Christophe qui chante tout. Je suis juste dans les refrains des chœurs avec quatre chanteuses. Je suis noyé. Je l’ai fait exprès, voulant disparaître. C’est comme une filiation. Pour le premier album, je ne voulais pas de morceau en français. Pour celui-ci, j’ai pensé que ce serait intéressant, ça offre une autre facette. Je trouvais beau de me faire « doubler » par une figure importante de la chanson française. Ce que j’ai fait dans Ladyday aussi, puisque c’est Tigran Hamasyan qui joue du piano à ma place.
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D’homme-machine seul 
aux claviers en solo 
sur scène, vous êtes passé à une formule groupe, privilégiant les ambiances 
plus musclées. Volonté d’être moins introspectif ?

Cascadeur. Walker, dans mon précédent album, était pour moi, un morceau très tendu. Le fait d’être entouré de musiciens, ça me donne envie d’explorer d’autres territoires. On est dans le vivant ! Il y a une dimension de groupe et d’écoute de chacun. Je voulais une douce folie collective, qu’on soit un peu possédé. Il y a l’idée de transe dans ce que je fais, dans l’aspect répétitif. C’est un pan musical que j’avais dû négliger à la première tournée.

Vous continuez d’apparaître masqué ou casqué. Vous n’avez jamais songé à révéler votre visage au public ?

Cascadeur. Non, ça me va très bien comme ça, même s’il y a plein de questions qui se posent. Il m’est insupportable de me voir exposé. Je n’ai pas une grande estime de moi. Laissons vivre le personnage Cascadeur comme ça. On est ailleurs. Il vit de façon heureuse. Si je venais à m’exposer plus, quel serait l’intérêt ? Est-ce qu’on m’entendrait mieux ? Je ne crois pas. Ce qui m’importe, c’est qu’on entende mes travaux, pas que l’on voie mon visage. La lumière, ça détruit beaucoup. Je n’ai pas envie de brûler les petites ailes que j’ai. Ça ne sert à rien.
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Galactique et fantomatique 

Cascadeur n’est pas 
le troisième Daft Punk ! 
S’il cache son visage derrière un casque ou un masque, 
c’est qu’il préfère le mystère à la lumière. Sa manière de faire entendre sa musique derrière laquelle il aime disparaître. Après les ambiances marines de son premier disque, Human Octopus, il sort Ghost Surfer. Un album à la pop-rock galactique aux atmosphères fantomatiques, mélancoliques et aériennes sur lesquelles il surfe à plaisir. Un registre sensible aux mélodies électro- rêveuses, où plane sa voix féminine. Côté invités, on note la présence du mythique Christophe sur Collector, du trompettiste Médéric Collignon ou du pianiste de jazz Tigran Hamasyan. L’odyssée spatiale d’un musicien cosmonaute décidément très inspiré !

 Album Ghost Surfer, chez Mercury. Concert le 12 mars au Bataclan, 
Paris 9e. Tél. : 01 43 14 00 30.

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