Zebda : «Geronimo porte notre souffrance comme un frère»


Zebda

Deux après le succès de Second Tour, le collectif toulousain sort Comme des Cherokees. Un album dansant à l’énergie rock et funky dans lequel Magyd CherfI, Mustapha et Hakim Amokrane témoignent de leurs engagements, en attendant leur retour sur scène à la Cigale en novembre.

Comme des Cherokees , c’est votre côté Indiens plutôt que cow-boys ?

Mustapha Amokrane Avec l’âge, il y a ce constat qu’on n’est pas des cow-boys. On est des Indiens ! C’est le thème d’une chanson, le Panneau, qui fait allusion à cette philosophie où le dominant a la capacité de faire croire au dominé qu’il a raison de le maltraiter. La chanson dit : « On croyait qu’on était John Wayne, mais non, on est Geronimo parce qu’il porte notre souffrance comme un frère jumeau. » Magyd Cherfi Parce qu’on est aussi des peuples minoritaires. On a été des peuples colonisés. On ressemble à l’autre face du monde. Il y en a une qui est dominante et il y a l’autre.

Ce que vous chantez dans l’Envie , où vous dites : « On gicle par la voie des airs tous ces gens venus du désert… »

Magyd Cherfi On est dans ce problème des minorités, des exclus, de cette mythologie occidentale ou judéo-chrétienne qui pense qu’elle a le message pour tout le monde sur le mode « c’est nous qui tenons le fin mot de l’histoire ».

Quand on est enfant, on s’identifie au maître. Ça me rappelle ces mots des femmes kabyles durant la guerre d’Algérie, lorsqu’elles regardaient un enfant : « Il est beau comme un Français. » On sublimait l’homme blanc.

En dépit des pauses dans le parcours de Zebda, comment faites-vous pour garder cette flamme qui anime le groupe depuis les débuts ?

Mustapha Amokrane Je pense qu’on a été lucides en mettant en place des breaks. L’essence de notre aventure, c’est le rapport collectif. Zebda, c’est un parcours fantastique quand on sait d’où on vient. Qu’est-ce qui fait qu’un jour dans notre vie, par rapport à l’histoire de nos ancêtres, de nos parents, grands-parents, nous, enfants d’émigrés algériens, fils d’ouvriers, on a pu accéder à cette fabuleuse aventure ? Cette conscience nourrit cette flamme, ce qu’on est ensemble. On est un laboratoire. C’est cette force-là qui nous permet de produire notre musique avec envie, énergie. Magyd Cherfi La longévité de notre bataille, c’est aussi le ciment originel. L’éducation. On est des mômes de familles structurées. Cela donne une force : le respect de l’autre. L’éducation, le savoir, s’émanciper, tout cela fait qu’on n’explose pas, parce qu’on n’est pas partis sur des mensonges.
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Musicalement, il y a beaucoup de métissage dans votre nouvel album, des cuivres, des ambiances funk, reggae, rock. Et c’est très dansant !

Mustapha Amokrane Yarol Poupaud (guitariste de FFF), qui a réalisé l’album, a beaucoup apporté en nous donnant un son de groupe. C’est notre sixième album, mais pour nous, c’est le deuxième du retour après Second Tour, où on voulait retrouver l’esprit de Zebda. Grâce à cet album, on a fait plus de cent concerts durant la tournée 2012 où on s’est rendu compte que l’énergie de Zebda sur scène avait encore de la gueule.

C’est quoi, les « petits pas de chtah »  ?

Mustapha Amokrane Ça veut dire la danse en arabe. C’est un clin d’œil à nos amis des quartiers populaires. Magyd Cherfi On a voulu que ce morceau sonne funky parce que ça fait partie de notre culture. Ados, on a dansé sur cette musique qui était la référence. C’est la boîte de nuit, l’histoire des enfants de quartiers qui ne consommaient pas des concerts, mais de la dance music sur laquelle ils se sont identifiés.

Il y a aussi une chanson très émouvante
sur les chibanis…

Magyd Cherfi Ce sont ces vieux migrants qui ont travaillé dur en France de 1950 à 1980, jusqu’à leur retraite. Ceux qui vivaient dans les foyers qu’on appelait Sonacotra. Souvent, ils n’ont pas fait le regroupement familial et leurs droits sont peu importants parce qu’ils ont été confrontés à des employeurs malhonnêtes, qui ne les déclaraient pas vraiment. Ils se retrouvent dans une situation de précarité économique et affective terrible. C’est un thème qui nous tenait à cœur depuis longtemps, qu’on voulait traiter avec justesse, sans misérabilisme.

Et Fatou , qui aborde le thème des marchands de sommeil, le mal-logement ?

Magyd Cherfi C’est une autre façon de dire qu’on évoque sans cesse la notion d’universalité, d’humanité, d’égalité des droits des hommes et des femmes entre eux. C’est une conviction théorique qui se double d’une réalité mesquine. Que fait-on des idéaux ? Cela part d’une idée généreuse, mais si tu n’es pas blanc aux yeux bleus, ce sera un peu plus dur.
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En 2012, durant l’entre-deux-tours présidentiel, vous aviez apporté votre soutien au candidat François Hollande, qui était allé à votre rencontre avant votre concert au Printemps de Bourges. Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur sa politique ?

Mustapha Amokrane On était dans cette idée qu’on suffoquait de toutes ces années de droite méprisante, injuste, qui sacrifiait une partie de la population, et cela bien avant Sarkozy. D’ailleurs, au moment de Chirac, on avait chanté le Bruit et l’odeur. Avec Hollande, il y avait la possibilité de changer et d’avoir un président de gauche. Eh bien non, ce n’est pas le cas. Magyd Cherfi On a fait un énième geste de sympathie vis-à-vis d’un prétendant de gauche. Mais en qui concerne François Hollande, on ne s’est fait aucune illusion et il a parfaitement rempli le rôle de la désillusion. Mustapha Amokrane On a assisté, aux dernières municipales, à une série d’échecs du PS et à une victoire de la droite, voire de l’extrême droite. C’est marrant parce que les hommes politiques, quand ils gagnent, ce n’est jamais grâce aux quartiers populaires et quand ils perdent, c’est toujours à cause des quartiers populaires. Ce sentiment est très présent dans les quartiers.

Qu’avez-vous pensé des résultats du FN aux élections européennes ?

Mustapha Amokrane Cela fait des années qu’on parle de ce péril, du populisme contre lequel on se bat. Il a été nourri par des réactionnaires, ou des nouveaux réactionnaires qui s’en sont servis pour dire que le multiculturel a été un échec. On entend cela partout depuis des années dans les médias radio et télé. Cette idée se propage et, à un moment, il y a la désillusion et la trahison du système politique classique. Entre les malversations, les tricheries, les promesses non tenues, c’est difficile de dire aux gens qu’il faut aller voter. Et voter pour qui ? Ça sert le Front national de manière évidente. En même temps, je dirai qu’il n’y a pas de cynisme, ni de sinistrose à avoir. Il y a des tas de gens dans ce pays qui disent non. Souvent, ils ne sont malheureusement pas allés voter, déçus par les politiques qui ne tiennent pas leurs promesses. C’est ce qui fait que le Front national a fait 25 %, à partir d’une abstention énorme.

Magyd Cherfi François Mitterrand dans les années 1980 disait : « Le droit de vote des immigrés, les Français ne sont pas prêts. » Trente ans viennent de s’écouler et ce projet est encore passé à la trappe. Et on voudrait qu’on continue de voter à gauche ?

Album Comme des Cherokees. 
Tournée du 13 septembre à mai 2015, 
concert le 4 novembre à la Cigale.
 
Quand Zebda joue aux cow-boys et aux indiens
 
Zebda, c’est une énergie, du partage, 
de la générosité et des idées qui avancent. Le collectif toulousain emmené 
par Magyd Cherfi et les frères Mustapha 
et Hakim Amokrane revient avec
 Comme des Cherokees. Un disque 
dans lequel le groupe témoigne 
du Far West de la France d’aujourd’hui, prenant le parti des Indiens, des immigrés et des exclus (les Chibanis, Fatou). Un album qui reflète les engagements de Zebda sur un mode festif et dansant, à l’image du funky les Petits Pas. Comme des Cherokees est aussi plus rock que leurs précédents opus grâce aux arrangements de Yarol Poupaud, guitariste de FFF, qui signe la réalisation. Un disque taillé pour la scène comme 
on le verra notamment à la Cigale, à Paris, où ils se produiront le 4 novembre. 
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