Fauve rugit pour tous « ceux qu’on ne remarque pas »


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Le collectif qui s’est révélé sur Internet s’impose avec Vieux Frères–partie 1, premier album au flow fiévreux, révélateur d’un certain mal-être générationnel. 

Ils excellent dans l’art du spoken word, un chant parlé percutant au cœur duquel se révèle leur poésie aux contours mélancoliques. Fauve, c’est l’histoire d’un collectif parisien composé de cinq membres – Quentin Postel, Pierre Cabanettes, Simon Martellozo, Stéphane Muraire et Nicolas Dardillac – dont le registre coup de poing à la croisée du hip-hop et de la pop fait écho au mal-vivre d’aujourd’hui. «Fauve baise les rapports humains baisés», peut-on lire dans la bio du combo qui revendique sa quête du bonheur, seule arme possible contre les coups d’un monde déboussolé.

Imaginaire

Fauve s’est lancé dans l’aventure de la musique il y a deux ans avec la volonté d’extérioriser sa rage, sans autre frontière que celle de l’imaginaire. Une approche libre qui a fait mouche auprès de la communauté de fans rapidement enflammés par la mise en ligne de sa musique sur Internet et les réseaux sociaux, un gros travail d’images et un bouche-à-oreille efficace. Résultat, Fauve s’est taillé une réputation de groupe phénomène sans promo ou presque, surfant sur un répertoire teinté d’optimisme-désespoir, au débit vocal rapide et dense. Le groupe, dont le nom fait référence au film de Cyril Collard les Nuits fauves, a optimisé sa montée en puissance en sortant un premier EP, Blizzard, en mai 2013. Un enregistrement de six titres qui lui a permis de se roder sur les scènes des grands festivals, comme le Printemps de Bourges, où il a remporté l’an dernier le prix des découvertes, rebaptisées les Inouïs.

Univers d’illusions perdues et de colère contenue

Ce qui frappe chez Fauve, c’est l’urgence du propos, au phrasé fiévreux, certes éprouvant au bout d’une heure trente de concert, mais néanmoins émouvant. Tout juste sorti, le premier album du collectif, Vieux Frères – partie 1, renvoie ainsi à un certain malaise générationnel. À l’image des mots contenus dans De ceux : « Nous sommes de ceux qu’on ne remarque pas / Des fantômes, des transparents, des moyens / Nous sommes de ceux qui ne rentrent pas en ligne de compte / Nous sommes de ceux qu’on choisit par défaut. »

Un désenchantement dans lequel leur jeune public s’est aussitôt reconnu, se projetant dans cet univers d’illusions perdues et de colère contenue. On se fend déjà en explications sociologiques sur l’ascension de Fauve étant devenu en quelques mois l’emblème d’une jeunesse ne se retrouvant plus dans les repères idéologiques et sociaux. Leur succès dépasse les auteurs du groupe qui n’ont d’autre ambition que de faire une musique à travers laquelle ils se sentent exister.

Energie communicative

Il est vrai cependant que l’univers de Fauve aux contours plutôt sombres rencontre les préoccupations et les angoisses de l’époque d’une génération désenchantée qui ne se reconnaît pas dans la société de consommation. En phase avec une jeunesse qui ne se sent plus représentée? Ce qui est sûr, c’est que, sur scène, comme au Bataclan où ils viennent de faire un tabac, ils sont à l’origine d’une énergie communicative, relayée par un parterre de jeunes de quinze-trente  ans qui connaissent les paroles de leurs chansons par cœur (cliquez sur les titres pour les écouter: VoyousRequin-TigreJeunesse Talking Blues,Infirmière…).

Fauve aime se définir comme un « collectif ouvert» appelé «Corp», dont l’expression artistique passe par la musique, les vidéos, le Web, les visuels et les textes. Réunis autour de l’idée «que la dureté des rapports humains contemporains» n’est pas une fatalité, ses membres ne se vivent pas comme des héros, revendiquant même une certaine invisibilité. Y compris sur scène, où ils apparaissent souvent dans la pénombre, sur fond d’images vidéo. Fauve ne prétend pas changer le monde. Il entend juste faire entendre son flow au travers de ses mots (maux) balancés en rafale. Une révolte intérieure qui met le feu aux poudres.

  • Infos:  Album Vieux Frères – partie 1, 
CD Fauve Corp Warner. Tournée jusqu’au 1er août, dont concerts au Bataclan, Paris 11e, 
du 4 au 8 mars et du 8 au 12 avril.
  • A lire aussi: «Docteur, il me faut 
un truc, n’importe quoi… !» Perrine Marquesuzaa, dix-sept ans, jeune correspondante de l’Humanité, à propos de Fauve


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