Printemps de Bourges: General Elektriks va enflammer le Happy Friday


General Elektriks

General Elektriks au Printemps de Bourges par Victor Hache. Onze groupes joueront ce vendredi à la nuit électro du Printemps de Bourges, dont celui, excellent et inclassable, du Franco-Britannique Hervé Salters. Entretien.

Depuis treize ans, vous êtes à l’origine d’une pop-soul électro très dansante. D’où vient votre attirance pour les sonorités issues des machines ?

Hervé Salters Au départ, je suis claviériste et j’ai été rapidement passionné par les claviers vintage, le Clavinet, l’orgue Hammond, le Rhodes, mais ça ne m’intéressait pas de faire du rétro. Je voulais une musique de mon temps. Du coup, je me suis mis à la musique assistée par ordinateur et à mélanger le genre de traitement sonore que l’on peut faire grâce à l’informatique, avec ces vieilles textures.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le son du clavier Clavinet ?

Hervé Salters J’adore cet instrument au son métallique très spécifique, dont l’exemple le plus connu est Stevie Wonder sur le morceau Superstition. À partir du moment où des musiciens comme Stevie Wonder ou Herbie Hancock ont saisi le potentiel funky de cet instrument dans les années 1970, c’est devenu le clavier funk par excellence.

Quand on compose à l’ordinateur, n’y a-t-il pas un risque de créer une musique froide ?

Hervé Salters Je pense être un mec chaud, donc ça va ! (Rires.) En fait, quand je compose, j’utilise l’ordinateur comme un instrument de plus. Le but n’est pas de faire une musique informatique, mais d’imaginer un univers avec tous ces instruments qui m’entourent. Et comme à la base la texture des sonorités que j’utilise est plutôt chaleureuse, ça finit par faire une musique aux ambiances chaudes et dansantes.

Votre palette est très riche. Comment définiriez-vous la couleur musicale de General Elektriks ?

Hervé Salters Je dirais que c’est un funk personnel mâtiné de plein d’éléments différents avec un côté pop, hip-hop, jazz ou électro dans la programmation. C’est juste un mélange de genres. Je prends toutes les choses que j’aime et je les fais passer par mon filtre en espérant qu’il en sorte quelque chose de digeste et que ça excite les gens.

Avec l’idée de ne pas faire « une musique formulaïque » comme vous dites…

Hervé Salters Une musique qui ne réponde pas à une formule. Je n’utilise pas des recettes pour que ça termine dans une boîte particulière genre le rock ou l’indie pop. La seule règle que je me suis donnée avec General Elektriks, c’est qu’il n’y en a pas. Les règles, c’est les limites de ma propre personne. Je ne veux pas m’autocensurer.

Votre nouvel album s’intitule To Be a Stranger. Vous vous sentez étranger ?

Hervé Salters Oui. J’ai quitté la France en 1999. J’ai habité en Californie à San Francisco pendant douze ans. Je suis parisien à la base mais je suis binational, franco-britannique. Mon père est irlandais, ma mère est française. Quand j’ai déménagé aux États-Unis, c’était un choix de vie. On est partis là-bas avec ma femme à l’occasion de vacances. On a adoré et on n’est pas rentrés ! (Rires.) Aujourd’hui, j’habite Berlin depuis quatre ans. J’ai cette sensation d’être un étranger, de ne plus être de nulle part et en même temps d’appartenir à tous les pays. C’est un sentiment classique chez les gens qui perdent leurs racines. Ils flottent dans une espèce de non-espace qui est aussi agréable car ça s’accompagne d’une certaine liberté. Mais on perd un confort qui est celui de la racine qu’est Paris où j’ai vécu la plus grand partie de ma vie et de la France où ma musique a trouvé le plus de résonance.