Grand Corps Malade : « J’ai plein de mots dans les oreilles »


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Par Victor Hache.  Le slameur de Saint-Denis met la poésie à l’honneur dans un original nouvel album, Il nous restera ça,en compagnie de dix auteurs 
et sera à Lyon et à Paris entouré d’un orchestre symphonique.

I l nous restera ça est un album auquel ont participé une dizaine d’auteurs. C’est inédit, non ?

Grand Corps Malade L’idée était de faire un album au pluriel. D’habitude, quand on réunit plein d’artistes sur un disque, c’est plutôt pour faire des reprises, des hommages. Là, c’est un album autour du texte, de la poésie. J’ai réuni une dizaine d’auteurs à qui j’ai donné carte blanche autour d’une même phrase : « Il nous restera ça », et chacun a écrit son texte, qu’il a interprété ensuite. C’est vraiment un album que je revendique, même si je ne suis pas présent sur tous les morceaux, ayant écrit six textes sur l’ensemble.

Quel a été le critère de sélection de tous ces artistes ?

Grand Corps Malade Ça a été vraiment arbitraire et subjectif. J’ai voulu un casting assez large de gens que j’aime, dont j’admire l’écriture. Ça va du rappeur Lino, une légende du rap des années 1990, à Érik Orsenna de l’Académie française, en passant par des figures comme Renaud, Aznavour, Thiéfaine, Bohringer, mais aussi des plus jeunes comme Jeanne Cherhal, Ben Mazué ou Luciole.

Votre démarche est très poétique, comme s’il était urgent pour vous de reparler poésie dans ce monde où la violence est partout ?

Grand Corps Malade Disons qu’elle peut nous aider à mettre quelques touches de solidarité, de lumière, quelques belles traces, de beaux souvenirs. Après, la poésie, elle ne sera pas suffisante pour que les hommes retrouvent de l’humanité et les valeurs essentielles de ces grands mots, mais qui ont tellement de sens, de solidarité, de fraternité, des valeurs qui, aujourd’hui, ne sont plus du tout à la mode.

Brassens, Ferrat, Aznavour, Renaud, NTM et d’autres, que vous évoquez dans l’Heure des poètes, font partie de ceux qui ont nourri votre imaginaire ?

Grand Corps Malade « Nourri », c’est vraiment le terme, et inspiré plus ou moins directement. Depuis tout petit, même avant mes dix ans, j’ai plein de mots dans les oreilles. Mes parents écoutaient Ferrat, Brassens, Brel, Barbara. Et plus tard, moi, j’ai écouté Renaud et beaucoup de rap français. C’est ce mélange qui a fait qu’un jour, à force d’avoir plein de mots dans la tête, j’ai eu envie d’en écrire à mon tour.

Renaud, dont vous dites « c’est la rage et la tendresse », comment êtes-vous parvenu à le convaincre de participer à cette aventure ?

Grand Corps Malade Je suis allé le voir chez lui au moment où le projet commençait à me trotter dans la tête. Je lui ai parlé du concept et de cette phrase. Il m’a dit qu’il n’avait pas trop d’idées. Il n’avait plus très envie, comme s’il avait perdu confiance. Il n’était pas dans une grande période d’écriture, de création. Je ne lui ai pas trop laissé le choix, pris une feuille, un stylo et lui ai demandé : « De quoi veux-tu qu’on parle ? » Il m’a dit : « Je voudrais écrire sur mon fils Malone », à qui il avait offert une batterie pour son anniversaire. Ça a été le point de départ et, du coup, il a commencé à retrouver les mots et m’a dicté ça : « C’était ton anniversaire/Tu voulais une 
batterie/Une grosse caisse, une caisse claire/Tu voulais faire du bruit./ » Cela a été très émouvant pour moi, d’assister en tant que témoin privilégié, au retour de Renaud à l’écriture. Là, il est en studio pour un prochain album, c’est génial.

Vous allez vous produire à Lyon et à Paris, au Théâtre du Châtelet, où vous serez entouré d’un grand orchestre. Une première ?

Grand Corps Malade J’ai déjà fait des participations avec des grands orchestres sur des festivals. Mais pour un concert entier, c’est la première fois. Je jouerai avec l’orchestre symphonique Confluences de Lyon. C’est le chef qui m’a proposé cela il y a quelques mois et ils sont en train de travailler les arrangements pour une création inédite. Ça va être un bel événement et une manière de conclure en beauté la tournée précédente, celle de l’album Funambule. Pour Il nous restera ça, ça va être compliqué d’envisager une tournée avec les artistes présents sur l’album en raison de l’actualité de chacun. L’idéal serait de faire une belle date au printemps 2016 avec un maximum de ces invités. Ça serait vraiment un beau projet.

Album Il nous restera ça chez Believe Recordings. Concerts Le 23 novembre à Lyon 
et au Théâtre musical de Paris-Châtelet, 
le 25
novembre.

Nous reproduisons ce très beau 
texte que Grand Corps malade 
a écrit après les attentats du 13 novembre sur sa page Facebook.


Un pays blessé peut être intelligent 

« Après trois jours d’une tristesse infinie 
et d’une gueule de bois sans précédent, ce matin je suis optimiste. Comme beaucoup, j’ai lu la presse, regardé la télé, parcouru les réseaux sociaux pour comprendre ce qu’on était en train de vivre, pour mettre des mots sur l’indicible, pour regarder mon pays. Alors, bien sûr, j’ai vu de la peur, un peu de haine, du désir de vengeance, j’ai même vu quelques gros cons aussi vulgaires qu’indécents. Mais j’ai surtout vu de l’espoir. J’ai surtout vu du courage et de la dignité. Comme ce veuf qui déclare aux terroristes dans un texte incroyable qu’ils n’auront pas 
sa haine, ni celle de son fils de 17 mois. Comme cette vieille dame qui affirme 
que nous fraterniserons avec 5 millions 
de musulmans et que nous nous battrons contre les 10 000 barbares. Comme 
ce journaliste qui déclare que personne 
ne pourra nous prendre ce qui nous constitue. Comme cet enfant qui répète 
que les fleurs et les bougies, c’est pour 
nous protéger. J’en ai vu et lu des dizaines comme ça, merci. On dit d’un animal blessé qu’il peut être dangereux. 
Je découvre aujourd’hui qu’un pays blessé peut être intelligent. Ce matin, je suis optimiste et j’aime mon pays comme rarement. Oui, la France est belle car elle ne cédera pas à la panique. Elle est belle car elle continuera de faire briller toutes 
ses couleurs, ses différences et ses incohérences. Elle est belle car elle aime danser et faire du bruit, chanter et vivre 
la nuit. Elle est belle parce qu’elle aime lever son verre en se regardant dans les yeux. Elle est belle parce qu’elle a une grande gueule. Elle est belle parce qu’elle est rebelle et insolente. La France est belle parce qu’elle est libre et ça, personne 
ne pourra lui enlever. »

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