Interview. Zucchero : « jouer à Cuba a été une vraie bouffée d’oxygène »


zuccheroCuba2Le rocker italien fête ses trente ans de carrière avec La Sesion cubana. Un album aux chaudes sonorités latino-cubaines en hommage à l’île.

Enregistrer à Cuba 
était pour vous comme « un rêve de gosse ». Pourquoi était-ce si important 
d’aller là-bas ?

Zucchero. J’ai grandi au nord de l’Italie dans une région rouge, communiste, Emilia-Romagna. Ma famille, c’était des paysans, des « cocos », comme on dit. À l’époque, il y avait ce mythe de Moscou. J’avais dix-onze ans, j’entendais parler dans mon village de ces héros jeunes et beaux de la révolution cubaine. Après, j’ai fréquenté la fac. Entre étudiants, le mythe de Cuba était très présent. On avait l’impression que c’était là qu’il fallait aller, que ces héros pouvaient véritablement changer le monde. Aujourd’hui, je me demande si tout cela a encore la même valeur, les choses ont énormément changé, mais, en moi, il y a toujours ce mythe qui est resté, ce souvenir. Il y a ce lien d’affection qui a perduré, entre moi et Cuba. La curiosité n’a fait que s’accroître. Avant d’aller enregistrer l’album, je suis allé à Cuba trois ou quatre fois. J’ai rencontré des personnalités et des artistes comme Chucho Valdes, le Buena Vista Social Club, le percussionniste Changuito, et bien d’autres musiciens de renom. C’est là que j’ai compris à quel point la culture, ce respect de l’art, était ancrée. Mon album n’a aucune connotation politique, mais j’ai cet amour pour cette île, pour ce peuple, que je trouve beau, authentique.

Quels sont les aspects de 
la culture de l’île que vous aimez particulièrement ?

Zucchero. J’ai eu la possibilité de lire la plupart des œuvres du poète et philosophe inspirateur de la révolution cubaine, José Marti, qui, pour moi, est extraordinaire. Ses idéaux, je les partage entièrement. Lors de mon concert le 8 décembre, donné devant 70 000 personnes, j’ai commencé en citant un poème de José Marti, la Rose blanche, qui a servi d’inspiration au titre Guantanamera. On a souvent l’impression que c’est une petite chanson légère, mais pas du tout. Quand j’ai traduit le texte en italien, j’ai compris qu’il était gorgé d’idéaux, il y a de la beauté et de l’amitié profonde.

Quel regard portez-vous 
sur la révolution cubaine ?

Zucchero. Che Guevara, c’est une icône pour ses idéaux, mais je pense aussi pour l’aspect physique qu’il dégage, que l’on voit sur la photo de Korda qui a fait le tour du monde. Fidel, pour moi, a toujours été un peu trop politique. Il y avait moins de tendresse chez lui. C’était le révolutionnaire, il fallait qu’il mène à bien cette révolution. Je pense que le révolutionnaire le plus aimé des Cubains et probablement le moins connu, c’est Camilo Cienfuegos, qui est décédé dans un accident d’avion. Il avait des origines paysannes, il était très proche du peuple. Ils avaient des idéaux qui, à mon avis, n’ont pas perdu de leur lustre. Attention, je parle des idéaux, pas de la dictature, de la voie, de la route. Je parle des origines des idéaux.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Zucchero. Il y a une forme d’ouverture minime. Raul Castro a lâché un peu de lest. J’espère qu’il y aura cette ouverture totale pour les Cubains. En même temps, Cuba, d’un point de vue stratégique, fait beaucoup envie aux Américains. J’espère que cette ouverture ne va pas faire que Cuba redevienne cette espèce de lupanar des riches de l’époque Batista.

ZccheroCuba3Quel souvenir gardez-vous 
des séances d’enregistrement de La Sesion cubana ?

Zucchero. Je me suis beaucoup amusé. Ça a été une vraie bouffée d’oxygène. On a enregistré en un mois, en direct, avec vingt-deux musiciens, au studio Abdala, le plus gros studio d’enregistrement qui date des années 1960, à La Havane. Les musiciens sont très professionnels, rigoureux. Les choses sont simples là-bas. Quand une séance est finie, le musicien, il ne part pas. Il reste toute la journée tranquillement dans son coin. Il écoute et s’il lui vient une idée, on en parle. C’est comme cela que ça devrait toujours être dans la musique, pas comme aujourd’hui, où tout est froid. Le percussionniste Changuito est une légende vivante dans l’île. Il a quatre-vingts ans et a joué avec les plus grands. Chaque matin, il m’attendait au bar du studio et il m’offrait un cigare en signe de joie et d’amitié.

Votre tournée mondiale passera par le Palais des sports à Paris, le 16 mai. Serez-vous entouré de musiciens cubains ?

Zucchero. Nous commençons la tournée par l’Australie. Il y aura une vingtaine de musiciens cubains qui seront avec nous à Paris, au Palais des sports. Je vais faire voyager le concert, dont la première a eu lieu en décembre, à La Havane. C’est mon cadeau pour mes trente ans de carrière.

Album La Sesion cubana, Polydor.

Mojito à  la Zucchero  À l’origine d’une carrière exceptionnelle qui l’a conduit sur toutes les scènes du monde, Zucchero aime le mélange 
des genres, passant du blues 
à la chanson italienne, 
au rock ou aux musiques noires. Avec La Sesion cubana, 
il privilégie les sonorités 
latino-cubaines à travers 
treize chansons interprétées en italien, anglais, espagnol ou portugais. Un cocktail spécial Zucchero dans lequel la rock star italienne propose des réorchestrations de ses tubes (Baila, etc.), des inédits. 
Avec, en prime, une reprise 
de la chanson symbole 
de Cuba, Guantanemera. 
Le tout enregistré à La Havane avec les meilleurs musiciens cubains. En attendant son retour sur scène, le 16 mai, 
au Palais des sports à Paris, 
et le 15 juillet, 
au Cahors Blues Festival.

Entretien réalisé par 
Victor Hacheimages

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