L’immense et déchirant Joe Cocker nous laisse sans voix


Joe Cocker a Woodstock
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Mort de Joe Cocker – Le légendaire chanteur de rock-soul est mort d’un cancer du poumon aux États-Unis à l’âge de soixante-dix ans. Sa voix rauque qui révéla 
son talent d’interprète au monde au festival de Woodstock en 1969 a marqué l’histoire de la musique à jamais et des générations de fans.

Depuis l’annonce de sa mort lundi soir, le monde de la musique est traversé par un immense sentiment de tristesse. Joe Cocker était non seulement un artiste à la voix déchirante inoubliable, mais aussi un homme d’une extrême gentillesse, qui a su rester humble toute sa vie : « C’était un adorable gars du Nord que j’aimais beaucoup, a déclaré Paul McCartney. J’adorais sa façon de chanter. J’étais aux anges quand il a décidé de chanter une reprise de With a Little Help From my Friends. » Quant à l’ancien batteur des Beatles, Ringo Starr, il a fait part de sa grande émotion et lui a rendu hommage dans un tweet : « Adieu et que Dieu te bénisse Joe Cocker de la part d’un de ses amis. Peace and love. » Malgré son statut de rock star légendaire, il détestait les soirées people et ne faisait que rarement parler de lui dans les médias. Ce qu’il aimait c’était chanter et se produire sur scène, l’endroit où il se sentait vivre. Il possédait une voix incroyablement chargée d’émotion. Un timbre rauque comme passé au papier de verre. Une voix de bluesman blanc qui le traversait et semblait électriser tout son corps. Joe Cocker fascinait par sa gestuelle, ses doigts griffant l’air, comme crispés sur un manche de guitare imaginaire. Une générosité et un talent hors norme que le monde avait découvert grâce à son interprétation très personnelle et ses reprises You Can Leave Your Hat on, de Randy Newman, et With a Little Help From my Friends, des Beatles, qu’il chanta au festival de Woodstock et qui fit de lui un dieu du rock et de la soul.

à l’origine d’une trentaine d’albums et de nombreux tubes

Né John Robert Cocker le 20 mai 1944 à Sheffield, ville industrielle du nord de l’Angleterre, il s’intéressa très tôt à la musique en écoutant des chanteurs comme Ray Charles ou Lonnie Donegan. Il a douze ans quand son frère Victor l’invite à chanter en public lors d’un concert de son band Skiffle. Une expérience qui l’encouragea à fonder son premier groupe, The Cavaliers. Parallèlement à la musique, il suivra une formation de plombier-gazier. Il débuta sa carrière en 1961 sous le nom de Vance Arnold and The Avengers, son premier véritable groupe, avec lequel il joue dans les pubs de Sheffield. Avec le claviériste et auteur-compositeur Chris Stainton, il va créer en 1966 le groupe The Grease Band avec lequel il se produisit au cours d’une longue tournée aux États-Unis. On le vit chanter au festival folk de Newport, au Denver Pop et bien sûr à Woodstock, en 1969, se produisant devant cent mille personnes, lors d’un concert qui marqua à jamais l’histoire du rock.

Une période de gloire et d’excès où il sombra dans l’alcool et la drogue, dont il nous avait parlé en 1999, au moment de la sortie de l’album No Ordinary World : « Il m’est arrivé de monter sur scène dans des états divers. Les années 1975-1988 ont été une période noire. Au réveil, j’étais déjà ivre. Je n’ai pas envie d’en reparler. Aujourd’hui, je suis heureux, alors qu’à l’époque je ne l’étais pas. » Joe Cocker fut à l’origine d’une trentaine d’albums et de nombreux tubes dont le blues Night Calls. Il y eu Unchain my Heart, emprunté à Ray Charles, N’oubliez jamais, en duo avec Catherine Deneuve, le torride morceau You Can Leave Your Hat on, qui illustra la scène de strip-tease de l’actrice Kim Basinger devant Mickey Rourke dans le film 9 Semaines et ½, d’Adrian Lyne, You Are so Beautifull, ou encore Up Where We Belong, en duo avec la chanteuse américaine Jennifer Warnes, titre présent dans la BO du film Officier et Gentleman, avec Richard Gere.

Jusqu’au bout, Joe Cocker a gardé foi en la musique et se produisait encore en 2011 en Australie. Si son pays, l’Angleterre, restait dans son cœur, il s’était installé en 1978 aux États-Unis dans un ranch à Crawford, dans le Colorado. Une région montagneuse où il avait trouvé le bonheur et la sérénité, entouré d’une nature sauvage, comme il nous l’avait confié : « C’est un bel endroit. La seule chose que j’aime moins, c’est la neige ! À part ça, je suis prêt à ce qu’on y plante mon morceau de bois et qu’on m’enterre à côté. »

« Nous t’avons toujours aimé et tu nous manqueras à jamais », a réagi de son côté Steven Tyler, le chanteur d’Aerosmith, sur Twitter. Nous perdons l’un des plus grands artistes de la musique populaire britannique qui aura marqué des générations de fans de par le monde : « Il était sans aucun doute le plus grand chanteur de rock-soul jamais produit par le Royaume-Uni », a souligné son agent, Barrie Marshall. Ses obsèques auront lieu dans la plus stricte intimité selon le souhait de sa famille.

Lire: Mon entretien avec Joe Cocker en 1999 à l’occasion de la sortie de son album No Ordinary World: http://www.humanite.fr/node/216394