Musique. Le Chantier des Francos ne manque pas de talents


ChantierdesFrancos2017

Le Chantier des Francos 2017 par Victor Hache. Former les jeunes artistes à la scène, tel est l’objectif du dispositif de découvertes créé par les Francofolies de La Rochelle en 1998. Cette année, ils sont seize à bénéficier de cet outil pédagogique unique qui se produiront au Théâtre Verdière du 12 au 16 juillet.

 

Les Francofolies de La Rochelle sont l’un des rares festivals à avoir su créer en 1998, sous l’impulsion de Jean-Louis Foulquier, un dispositif de découvertes et d’accompagnement d’artistes émergents de la scène francophone, au sein même de la manifestation. Situé dans un ancien chantier naval en bois transformé en salle de concerts de 150 places donnant sur les tours de la cité rochelaise, le Chantier des Francos n’est pas vraiment une école, ni un centre de formation artistique. C’est un laboratoire, un « accélérateur de talents » qui permet aux jeunes artistes de franchir des barrières et d’aller plus vite dans le développement de leur carrière. S’il n’existe pas d’école de musiques actuelles, le Chantier s’est donné pour mission de préparer à la scène les jeunes talents, en leur apportant un regard extérieur et des conseils qui les aident à avancer. Être repéré par le Chantier des Francos, c’est un peu le rêve de nombre d’artistes en développement qui savent qu’ils trouveront ici l’outil pédagogique nécessaire à leur évolution. Le repérage ? « Il se fait par une démarche volontaire des artistes via un dossier de candidature pour se faire connaître », confie Émilie Yakich, coordinatrice et responsable du Chantier depuis 2005, arrivée quand Gérard Pont a repris la présidence du festival : « On fait une présélection sur écoute et l’équipe des Francofolies va les voir sur scène pour vérifier si se confirme ce qu’on a ressenti à l’écoute, ce petit plus qui va permettre d’être travaillé. »
« Les remarques qu’on m’a faites m’ont aidé à aller droit au but »
Cette année, 16 artistes ont été sélectionnés (Barbagallo, Inüit, Pi Ja Ma, Voyov, Therapie Taxi, Juliette Armanet…), dont Fiona Walden et sa pop électro-western, en formation sur deux ans : « J’ai toujours été à l’aise sur scène, mais aujourd’hui, grâce aux conseils des coachs, j’arrive à faire passer l’émotion exactement au moment où je le veux. J’ai un meilleur contrôle de ce que je suis sur scène. » Une expérience a permis à la chanteuse, qui vient de réaliser le clip du titre Shoot Me Down, de procéder à des changements scéniques : « Saad, mon guitariste et compositeur avec qui j’ai commencé mon projet, n’est plus présent sur scène. J’ai maintenant un batteur, un ­bassiste et un guitariste. Ça m’a apporté de la liberté. C’est vraiment une influence du Chantier. Il y a une bienveillance de la part des gens qui y travaillent. Ils aident les artistes sans contrepartie, si ce n’est le bonheur de les voir évoluer. »C’est le cas de Christophe Mali, leader de Tryo, coach scénique depuis sept ans : « Mon rôle est de leur apporter un regard extérieur. Ce qui m’intéresse, c’est de leur faire gagner du temps, leur donner des astuces, leur expliquer comment on doit gérer un travail de résidence. On travaille sur la set list, l’ordre des morceaux, la disposition sur scène, l’interprétation, leurs difficultés. Je leur fais un débriefe et on essaie de définir ensemble des pistes. »
Depuis les débuts du Chantier, on a assisté à l’éclosion de toute une génération d’artistes aux projets novateurs, dont certains ont pris leur envol, telle Christine and the Queens, qui en 2001 a travaillé avec la chorégraphe et coach corporel Bénédicte Le Lay : « Je travaille sur la notion de prise de conscience du corps et de l’espace scénique, précise- t-elle. Cela passe par la confiance qu’il faut instaurer avec les artistes, qui permet de pousser loin leurs projets. »
Patrick Moriceau, leader du groupe Octave noire, se réjouit lui aussi de participer à l’aventure du Chantier des Francos : « Avant, j’étais statique derrière le micro. Avec mon projet Octave noire, cela a changé la donne. Il a fallu que je prenne vraiment possession de la scène et que je sois en mesure d’incarner mes chansons. Le Chantier m’a aidé et révélé une nouvelle part de moi. » Un parcours pédagogique qui favorise une réelle remise en question de l’artiste : « C’est très positif, dit Témé Tan, qui a mis ainsi à profit sa formation pour améliorer sa formule concert : les remarques qu’on m’a faites m’ont aidé à réfléchir et à aller droit au but en raccourcissant mes morceaux, qui parfois duraient six minutes ! (rires.) Je me suis rendu compte que ce que je proposais sur scène n’était pas hyper lisible. »
Témé Tan, qui s’apprête à sortir son premier album début octobre, se sent désormais plus fluide dans son rapport au public : « Avant, j’avais plus une fonction de DJ, ayant été habitué à jouer dans des squats et des lieux underground où les gens sont là pour danser. Avec le Chantier, on est allé plus vers les chansons. Ce qui m’a permis de me placer dans une position de chanteur interprète et de me sentir mieux. »
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