Michel Drucker: « Je me suis souvent battu pour Jean Ferrat»


drucker1Entretien Michel Drucker – Le Grand Show consacré à Ferrat ce samedi sur
France 2, à 20 h 30, va faire événement. Une émission à laquelle tenait Michel Drucker, ami de longue date du chanteur.

On connaît vos liens d’amitié avec Jean Ferrat. En quoi a-t-il joué un rôle important dans votre vie ?

Michel Drucker Jean, c’est une aventure de quarante ans. C’est au moment de sa mort qu’on a découvert l’amitié qui nous liait. Il m’a toujours fait confiance, eu un œil bienveillant sur ma carrière. On avait des non-dits en commun. Personne ne le sait, mais mon père a sans doute croisé le père de Jean Tenenbaum à Drancy. Il y était en même temps que lui en 1942. Mon père a été à Compiègne et à Drancy, a échappé aux wagons plombés, ce qui n’a pas été le cas de son père. Je me suis souvent battu pour Jean et bizarrement les patrons des chaînes me faisaient confiance. Dans l’émission de samedi soir, je parle de la chanson À la une, quand j’étais sur TF1 lors d’un Grand Show consacré à Ferrat, depuis le pavillon Baltard. Une chanson où il dénonçait tous les excès du voyeurisme de certaines émissions, « je me suis demandé comment faire passer ça ? ». On verra des images où il lit un extrait de la lettre qu’il a écrite à Étienne Mougeotte pour le remercier. Je me souviens qu’un mois avant la diffusion, Étienne m’a dit « la chanson est très violente pour nous, je ne peux pas prendre la responsabilité tout seul », vois avec 
Patrick Le Lay. C’est tout juste si on ne l’a pas fait écouter à Francis Bouygues (rires) ! Je les ai convaincus en leur disant qu’ils avaient tort et qu’il fallait laisser passer la chanson : « Que TF1 accepte qu’un artiste, et pas n’importe lequel, attaque la chaîne dans une chanson, c’est tout bénéfice pour vous. Ça vous donne une image libérale. Si vous coupez la chanson, il a déjà connu ça avec Potemkine, avec Nuit et Brouillard, avec le Bilan, avecCamarade… ça fera un scandale. » Ils m’ont fait confiance, sous-entendu, rendez-vous au sondage. Et on a fait 44 % de parts de marché qui est, avec le Grand Bluff, le record d’audience de toute l’histoire de TF1 pour une émission de variétés !

Samedi soir, le Grand Show va être une émission spéciale, dans la mesure où l’on verra des chanteurs qui ne sont pas de sa génération lui rendre hommage…

Michel Drucker Le seul chanteur de sa génération, c’est moi (rires) ! Je voulais chanter Nul ne guérit de son enfance, une chanson que j’adore et qui résume tout, dans laquelle il parle de son père. Ça va être un Grand Show très particulier sur l’ensemble de sa carrière. Avec un montage des grandes chansons interprétées par lui et par d’autres, un montage sur l’Ardèche, sur la censure et sur le chanteur engagé. À chaque fois, c’est moi qui fais le commentaire. C’est la première fois que je fais ça. Je m’adresse à Jean. J’ai voulu que ce soit un panorama complet, assez fidèle à ce qu’il aurait aimé. J’ai souhaité que Daniel Guichard soit présent car la plupart des gens ignorent que la musique de Mon vieux, c’est Jean Ferrat. Bénabar va chanter Potemkine, Barbelivien, qui a fait une chanson magnifique sur Ferrat, Jean de France. Tous ceux qui sont sur le disque Des airs de liberté ont une légitimité pour chanter Ferrat. Il aurait été content que Bruel chante Ma môme, Zebda En groupe, en ligue, en procession, Cali la Montagne, Marc Lavoine Camarade. Tous ces gens-là ont grandi soit dans les banlieues rouges, soit dans un milieu engagé. Marc Lavoine l’écrit d’ailleurs dans son livre, son père était cégétiste, membre du PCF, il distribuait l’Huma le dimanche. Tous ont quelque part un souvenir à travers leurs parents ou leurs grands-parents. Ferrat a accompagné deux ou trois générations de Français.

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