Midem. La future réforme du Centre national des Variétés fait réagir la filière musicale


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Le souhait d’Aurélie Filippetti d’un élargissement des missions et d’un nouveau financement du CNV a été au cœur des débats des acteurs de la musique et de l’industrie du disque, réunis au Midem à Cannes cette semaine.

En affirmant deux jours avant l’ouverture du Midem, sa volonté d’une réforme en profondeur du CNV (Centre National des Variétés), Aurélie Filippetti a pris de court la filière musicale. Les producteurs de l’industrie phonographique réunis à Cannes on fait montre d’une relative prudence devant l’annonce de la ministre de la Culture, de relance du grand chantier de réforme de la musique alors même qu’elle avait enterré le projet de CNM (Centre national de la musique) à son arrivée rue de Valois, arguant que la garantie de financement de celui-ci n’était pas sécurisé. Mais la validation par Bruxelles fin 2013 de la Taxe sur les services de la télévision (TST-D) a changé la donne, permettant aujourd’hui d’envisager l’idée d’un financement d’ampleur du CNV destiné au secteur de la musique.

Si le projet de ressources supplémentaires pour la filière musicale a été bien accueilli, les acteurs du marché du disque n’ont pas manqué de réagir aux propos d’Aurélie Filippetti, en s’interrogeant sur les ressources réelles dont bénéficiera le super CNV : «Un CNV élargi avec de nouvelles missions, c’est l’objectif clairement affiché par la ministre» a dit Jules Frutos  président du Prodiss (qui regroupe 300 entrepreneurs de spectacles dans le domaine des variétés) : « C’est un objectif que l’on salut. On adhère à cette volonté, même si beaucoup de questions se posent à un moment où le budget du CNV est plafonné à 24 millions ».

Midem4 La filière, qui ne cache pas sa volonté d’accompagner le projet d’Aurélie Filippetti, va solliciter un rendez-vous auprès de la ministre afin de clarifier les choses s’agissant du financement, du périmètre et de la gouvernance du futur établissement public où devrait siéger l’ensemble des acteurs de la filière, producteurs de spectacles, producteurs de disques des majors et des indépendants, sociétés civiles d’auteurs, compositeurs, musiciens etc… : «A la suite du discours de la ministre, je n’ai pas l’impression que l’on soit sur un périmètre différent de celui qui avait été considéré dans les travaux du CNM poursuit le président du Prodiss. Si ce périmètre est le même, il n’y aucune raison que l’on n’ait pas un objectif financier qui soit destiné à satisfaire au moins les besoins qu’on avait chiffrés au moment des travaux du CNM».

Une enveloppe budgétaire à la hauteur ?

A l’époque, les besoins de la filière musicale avaient été estimés à 95 millions d’euros. L’enveloppe budgétaire sera-t-elle de cet ordre? La question préoccupe les acteurs de la musique. A l’image de Pascal Nègre du SNEP (Syndicat national  des éditeurs phonographiques) qui se montre très prudent et attend de connaitre le contenu et la philosophie du CNV réformé : «On attend des propositions concrètes. Il y aura un financement : lequel, quand, comment, combien?» nous a confié le patron d’Universal music France. On a écouté ce qu’a dit la ministre. Il y a visiblement une  volonté  politique, maintenant, on veut des actes. On attend que ce soit plus précis. C’est compliqué parce qu’il faut que la ministre trouve les financements et que l’Etat, si j’ai bien compris, ne nage pas dans l’opulence».
MIDEM 2014 - CONFERENCES - SNEP ANNUAL PRESS CONFERENCE

Quelle sera la marge de manœuvre d’Aurélie Filippetti?

Les producteurs de la musique s’interrogent, tel Jérôme Roger directeur général de l’UPFI (Union de producteurs français indépendants) qui a mis la pression sur la ministre : « c’est plus qu’une  annonce, c’est un engagement qu’a pris Aurélie Filippetti. Nous serons extrêmement attentifs à ce que cet engagement se traduise par des résultats concrets ». Quant à Stephan Bourdoiseau, Président de l’UPFI, directeur du label indépendant Wagram, il a fait allusion à la promesse du candidat François Hollande durant la campagne présidentielle, de reprendre  le chantier du CNM, projet abandonné à l’arrivée au ministère d’Aurélie Filippetti faute de financements assurés: « Le financement a été stabilisé (à Bruxelles), la question de l’établissement public aussi. On se retrouve avec une ministre qui semble pouvoir mettre en œuvre  une promesse du candidat Hollande. La question est de savoir si le Président Hollande aura l’intention de soutenir sa ministre et son gouvernement».

Quels seront les moyens attribués au CNV élargi?

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Dans son discours, la ministre de la Culture a indiqué que le projet se ferait en lien avec la prochaine loi sur la Création qui sera un support permettant de redéfinir les missions du CNV. Elle a également souligné qu’elle réfléchissait à un élargissement de l’assiette des taxes existantes afin de soutenir la filière musicale, en excluant de ponctionner les ressources allouées au secteur du cinéma, comme cela avait été envisagé lors des travaux du CNM : « Si on commence à dire qu’on fait une espèce de siphon dans le financement du cinéma pour augmenter la musique, vous savez très  bien qu’on n’y arrivera pas a déclaré Filippetti dimanche lors de sa venue au Midem, parce qu’il va y avoir une opposition entre les secteurs qui sera néfaste à l’ensemble de l’économie  de la culture ». Et de souligner : « Ce qu’il faut qu’on arrive  à montrer, c’est qu’il y a un intérêt conjoint de l’ensemble des secteurs culturels à mettre en place un financement nouveau et innovant sur les nouveaux acteurs du numérique notamment, sur ceux qui ne sont pas encore soumis à l’assiette où a travers un élargissement de cette assiette aux nouveaux usages ».
MIDEM 2014 - SPECIAL EVENT - CONFERENCES - PRESS CONFERENCE - AURELIE FILIPPETTI (FRENCH MINISTER OF CULTURE AND COMMUNICATION)

Marc Slyper de la CGT spectacles, administrateur du CNV, a souhaité pour sa part aller plus loin que les seules ressources de la Taxe sur la  TST-D : « A l’heure du numérique, il y a une spoliation des richesses créées par la filière musicale au profit des opérateurs de Télécom. Nous n’attendons pas une subvention de l’Etat, que le ministère de la culture paie un fonds de soutien. Nous attendons qu’une taxe affectée vienne corriger le détournement de richesse au profit des créateurs de contenus. C’est là tout l’enjeu du débat ».

Le Midem (Marché International du disque et de l’édition musicale) a eu lieu du 1er au 4 février à Cannes.

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