Musique. Pierre Henry, fin d’un visionnaire du son


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Mort de Pierre Henry par Victor Hache. Père de la musique concrète et électroacoustique, ayant inspiré la génération électro, le compositeur français, auteur de Messe pour le temps présent, est mort à l’âge de 89 ans.

 

Il n’aura eu de cesse de vouloir composer la musique du futur. Pierre Henry, qui vient de nous quitter à l’âge de 89 ans, a passé sa vie à explorer le son analogique au travers des bandes magnétiques et d’objets technologiques comme le magnétophone. Puis il participa à la grande révolution du numérique, qui entraîna la dématérialisation sonore. Il aimait le mélange de ces deux textures sur lesquelles s’est bâtie son œuvre, qu’il voulait la plus accessible possible. Très tôt, il s’affranchit des codes de la musique et de l’écriture des notes pour directement composer à partir du son. Une approche conceptuelle où il explora les techniques du sample, des boucles sonores que les DJ d’aujourd’hui continuent d’utiliser en sound designers. Les musiciens électro actuels admirent ce pionnier de la musique électroacoustique, certains le considérant comme « le grand père de la techno ». Lui préférait se définir comme « le père de la musique moderne ».

Une rencontre majeure avec le chorégraphe Maurice Béjart

Né le 9 décembre 1927 à Paris, il entre au conservatoire, où il étudie jusqu’en 1947. Il a notamment pour professeurs Nadia Boulanger pour la composition, Félix Passeronne pour le piano et la percussion et Olivier Messiaen pour l’harmonie. Il est embauché en 1949 à la Radiodiffusion française comme arrangeur. C’est là qu’il rencontre le compositeur Pierre Schaeffer, qui, deux ans plus tard, lui confie la direction et l’animation du Groupe de recherche sur les musiques concrètes (GRMC) au sein de Radio France. Son nom reste ainsi lié à la « musique concrète » (bruits et sons enregistrés), inventée par Pierre Schaeffer, dans l’héritage de laquelle se situe la majeure partie de son œuvre. En 1950, il écrit avec lui la Symphonie pour un homme seul, en utilisant la technique du piano préparé (objets insérés entre les cordes et la caisse de l’instrument).

 

Malgré une formation classique, il a bouleversé la manière de concevoir la musique et d’y réfléchir grâce à une vision très personnelle de la composition : « Je ne peux pas aborder la musique autrement que comme compositeur au sens classique du terme », avait-il confié à l’Humanité (7 janvier 2011), « ce qui peut paraître paradoxal puisque je ne l’écris pas avec des notes, mais je conçois, quelle que soit la musique que je compose, avec les mêmes principes. La différence étant que mes notes sont des sons, tous les sons existants possibles, les sons imaginaires, les sons inouïs et tous les autres ». Sa rencontre avec le chorégraphe Maurice Béjart a également été majeure. Elle donne naissance à une collaboration prolifique d’une quinzaine d’œuvres, dont Messe pour le temps présent, ballet créé en 1967 au Festival d’Avignon, marqué par le tube Psyché rock, qui sera remixé plus tard par des musiciens électro comme Fatboy Slim, Saint Germain ou Dimitri from Paris.
Entre musiques contemporaines et musiques actuelles
On le rencontre également à la Fête de l’Humanité, où le public a la chance de le voir lors d’une représentation mémorable sur la Grande Scène en 1971, où il est venu célébrer vingt ans de musique électroacoustique. Il a été l’un des premiers musiciens à posséder son home studio de recherche musicale, dont Son/Ré, situé dans sa maison de deux étages près de la place Daumesnil à Paris, remplie de haut-parleurs, de tables de mixage, magnétophones et d’une phonothèque extraordinaire. C’est ici qu’il a passé son temps à réfléchir à ses compositions à mi-chemin entre les musiques contemporaines et actuelles. Autant de partitions pensées comme une langue musicale nouvelle qu’il a cherché à renouveler en permanence, imaginant des fresques sonores hautes en couleur. L’œuvre lumineuse, pointue et populaire à la fois de l’un des plus grands musiciens de notre temps.