Oxmo Puccino : « Je me définis comme un poétiseur »


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Au pays d’Alice, avec Ibrahim Maalouf, Oxmo Puccino sort la Voix lactée. Un disque solaire et positif où il se fait rappeur, conteur et chanteur à la voix 
de miel. On le suit dans cette aventure hip-hop merveilleusement cosmique.

Votre flow est de plus en plus poétique et métaphorique. Faites-vous une différence entre le rappeur et le conteur ?

Oxmo Puccino Il n’y en a aucune. C’est une question d’humeur, de ton. C’est l’interprétation qui donne un autre sens au texte. Lorsque j’écris, ce n’est pas destiné à être rappé. C’est mis en rythme après et ça devient « rappable ». Aujourd’hui, j’ai une liberté d’expression qui me permet de prendre les chemins que je veux.

Comment êtes-vous parvenu à vous affranchir des barrières de style ?

Oxmo Puccino Je me définis comme un « poétiseur ». Ce qui me guide, c’est la satisfaction et l’excellence. J’ai des modèles qui me subliment et j’essaie de les approcher à travers l’accomplissement de mes idées, comme Vincent Segal, Chilly Gonzales, Georges Brassens, Aznavour, Brel, Sinatra pour parler de la musique. Dans le domaine de la littérature, mes goûts sont très larges, ça va de Chester Himes à Victor Hugo, Alfred de Musset, Jules Renard, etc. Je prends ce qui me touche chez les auteurs du passé et je mélange notre histoire aux saveurs d’aujourd’hui.

À quel moment l’écriture est-elle devenue un médium essentiel pour vous ?

Oxmo Puccino Avant l’écriture, je parlerais d’abord de manière de penser, ce qui finit par se retranscrire si on ne triche pas. C’est le résultat de pensées que j’ai mis en forme, par amour de la poésie. Au lycée, j’ai toujours eu des facilités en français, même si j’étais un élève turbulent parce que le système scolaire ne me convenait pas. À partir de là, je me suis dis qu’il y avait peut-être quelque chose à développer.

Vous sortez du disque Au pays d’Alice, avec Ibrahim Maalouf. L’univers de Lewis Carroll peut-il influencer au moment de l’écriture d’un album comme la Voix lactée ?

Oxmo Puccino  C’est carrément autre chose. Sur le roman de Lewis Carroll, je m’en suis tenu à quelques codes qui ne s’appliquaient qu’à la réadaptation. Mais on garde un peu de toutes les œuvres qu’on traverse. Le rêve, c’est toute ma vie. Gérer le décalage entre la réalité et l’imaginaire, les deux influant sur l’autre, fait qu’aujourd’hui je ne fais plus trop la différence.

La Voix lactée est un vrai voyage, comme si, pour vous, la musique avait quelque chose de cosmique…

Oxmo Puccino C’est la raison pour laquelle on est parti dans cette texture. Les ingrédients pour les maquettes étaient les mêmes que pour les albums précédents : boîte à rythmes, guitares, basse, claviers. Quand je suis allé voir Renaud Letang, qui a produit et ­cocomposé l’album, il m’a tout de suite dit : « Oxmo, on va partir dans ce qui te va le mieux, mais on va faire quelque chose dans notre temps. » Cela passe par des machines avec des sonorités synthétiques très recherchées, ce qui fait qu’on ressent bien les teintes spatiales dans les effets utilisés. Renaud, c’est un ­magicien et un ingénieur du son incroyable, dans le sens où il crée le son qui passe par plusieurs synthétiseurs. Ça permet d’avoir une texture sonore qui n’appartient qu’à vous. C’est pour ça que beaucoup d’artistes vont le voir, parce qu’il n’a pas un moule, un calque. Il fait du sur-mesure pour chacun.

Le titre Slow Life, c’est un besoin de prendre le temps de vivre ?

Oxmo Puccino C’est un besoin de se retrouver. La chose la plus importante qu’on a dans le monde, au-delà de sa famille, de la santé, c’est le temps. Sans cela, le reste ne sert à rien. On ne fera que vider un vase pour en remplir un autre. C’est le tonneau des Danaïdes. C’est pour cela que je sublime la vie. Les gens souffrent parce que jamais ils ne s’arrêtent. On voit tous les jours des burn-out, des gens qui meurent du cancer à 30 ans. C’est révélateur de la société de consommation, à laquelle tout le monde contribue aujourd’hui, et la course, cela en fait partie. C’est Oxmo l’urgentiste qui parle ! (rires).

Heureux de votre parcours ?

Oxmo Puccino Ce que je vis est un privilège. Être devenu un artiste reconnu rajoute du brillant, de la lumière. Heureusement que j’ai attendu jusque-là, parce que si j’étais parti avant, j’aurais raté tous ces moments ! (rires).

Album la Voie lactée, 
chez Cinq 7/Wagram Music.

https://www.facebook.com/OxmoPuccinoOfficiel/

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Voyage cosmique d’un poète rappeur adepte de la slow life.

« La vie est une chance, le reste du mérite », dit Oxmo Puccino dans la Voix lactée. 
Un voyage interstellaire qui passe par un regard positif sur la vie : « Exister, respirer, ça appartient à tout le monde, confie-t-il. Pour le reste, il faut se battre pour tout
ce qu’on veut obtenir. Il n’y a pas d’autres issues, d’autres solutions. » Voix de miel portée par un groove à la Barry White 
et flow gainsbourien, le poète rappeur plaide pour une Slow Life bienfaitrice : « Prendre son temps n’a rien de trop naïf / 
Il faut décider d’être heureux de son vivant », chante-t-il. Un hip-hop solaire 
et plein de tendresse qui fait un bien fou.