Christophe : « Plus le son est magique, plus tu es ailleurs »


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Ex-star yéyé devenu icône rock, Christophe sort Intime. Un magnifique album piano-voix proche de l’épure où il revisite ses grands classiques. 

C’est un mythe qui nous reçoit. Alors forcément, on a des émotions de simple terrien, impressionné et honoré d’être là. Christophe est un des derniers géants de la chanson, un artiste culte, passé de l’ère yéyé aux expériences musicales les plus novatrices. Est-ce qu’on demande à une légende comment elle va ? Non. On cherche par quoi commencer, par où engager la conversation avec un artiste qui en a tellement vu au long de cinquante ans de carrière. Christophe avait dit oui à l’idée d’une rencontre, à une condition, que l’interview se déroule dans son home parisien, de nuit et tard forcément, à l’heure où les grands fauves du showbiz sont depuis longtemps endormis. Lui est une espèce à part, un chanteur du genre nocturne qui ne se sent revivre qu’à la nuit tombée : « J’aime la nuit, sa lumière, ses ombres, son mystère, sa poésie. » Lunettes fumées, santiags, veste croisée, il a toujours ce look improbable, mélange d’élégance et de branchitude. Christophe nous accueille chez lui avec la gentillesse propre aux gens qui ont un cœur gros comme ça. Une âme d’enfant aussi. Il vit entouré de juke-box des années 1950-70, dont un ayant appartenu à Coluche, offert pour ses cinquante ans. Il y a un piano demi-queue, des radios américaines en Bakélite, ses premières peintures, une collection de têtes d’Indiens en bronze, une table de mixage, des synthés, des guitares électriques.

Amateur de design et chineur de rêve

Tout un univers d’objets hétéroclites qui le rassurent et dont parfois il rêve de se défaire, histoire de respirer un air nouveau : « J’ai envie de tout vendre aux enchères à Drouot et de faire un petit concert en même temps. Je donnerai tout aux impôts en avance, comme ça je serai tranquille ! » (rires).

Amateur de design, il a toujours chiné des objets qui, pour lui, sont autant de vecteurs de rêve. « J’ai exposé plusieurs fois à Automédon, le salon auto-moto de collection. J’ai même fait les marchés quand j’étais jeune vers l’âge de treize ans. Je vendais des chaussons pour me faire 50 balles. Je les ai connus, les vrais camelots ! »

Né Daniel Bevilacqua à Juvisy-sur-Orge (Essonne), il se souvient de sa jeunesse en banlieue, de son grand-père ouvrier, de son père artisan. « Il possédait une petite entreprise de réparation de chauffage. En banlieue, ce n’était pas facile, surtout quand tu t’appelles Bevilacqua. Je me rappelle qu’on me faisait des remarques. » Christophe garde un souvenir ému de cette époque, mais c’est à Paris qu’il s’est forgé : « Ce n’est pas la banlieue qui m’a fait, c’est Paris et sa magie. » S’il lui arrive parfois de s’aventurer et de voyager hors de l’Hexagone, c’est souvent vers la lumière du Sud, celle de Tanger, où il aime séjourner : « Il y a l’une des plus belles lumières du monde à Tanger. C’est une ville dont je rêve depuis que j’ai vingt ans. J’ai beaucoup traîné en Espagne, en Andalousie, vers Tarifa, Gibraltar. Je ne pouvais pas ne pas voir Tanger. Je me sens bien là-bas et j’ai toujours été attiré par la musique marocaine, algérienne, égyptienne. »

Christophe vit, pense et respire musique, sa maîtresse, le grand amour de sa vie. La plupart de ses chansons ont été peaufinées ici, dans son appartement. Mais il est tout aussi capable de composer en déplacement : « J’ai un studio mobile. Avec la technologie, je peux créer partout, sur un bateau, dans un champ, à la montagne. Il y a un plaisir à chercher une couleur de son. En ce moment, ça bouge beaucoup du côté des technologies et des Suédois notamment, qui créent plein de machines intéressantes. Tel l’OP-1, un petit clavier que j’ai toujours avec moi. C’est le départ d’un nouveau mouvement de synthétiseurs. » Après Aimer ce que nous sommes, il revient avec Intime.

Un album entièrement arrangé et interprété au piano, un instrument auquel il s’est véritablement attelé en septembre 2013. Une approche nouvelle pour le chanteur, marquée par un parti pris de lenteur et de dépouillement sonore, qui est aussi un retour à la pureté originelle des perles de son répertoire. Aline, les Mots bleus, Comme un interdit, Paradis perdu, semblent ainsi renaître sous l’effet d’ambiances minimalistes proches de l’épure sur lesquelles plane sa voix féminine. « Je n’ai pas encore le niveau au piano pour aller là où je souhaiterais aller mais, après plusieurs concerts d’Intime Tour, je me sens plus à l’aise. Dans les années 1960, c’est le blues et la guitare qui m’ont attiré, même si je suis un très mauvais guitariste. En fait, je suis primaire en tout. Je suis ma route, c’est tout. Sinon, il n’y a pas de jouissance. »

Guidé vers un ailleurs galactique

L’aventure en solo a commencé l’an dernier en janvier au Théâtre Marigny. Un spectacle onirique comme en suspension où Christophe, entre piano et lumière tamisée, paraissait guidé vers un ailleurs galactique : « Plus le son est magique, plus tu es ailleurs, dit-il. C’est la résonance des mots qui te reviennent comme un boomerang, puis repartent et permettent les moments d’oubli. Récemment lors d’un concert en Alsace, j’ai fait une version d’Alcaline où j’étais vraiment en connexion avec Alain (Bashung). » Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Christophe a tenu à graver Alcaline sur le disque Intime, une chanson que Bashung avait écrite en pensant à lui. Tous les deux se comprenaient à demi-mot : « J’aimais le feeling d’Alain. C’était un mec habité par son mystère que lui-même avait envie de comprendre ou de ne pas comprendre. C’est quelque chose qui appartient à l’intime. »

Dans sa tête, Déjà son prochain album

Au studio Davout à Paris, où Christophe a enregistré son nouveau disque, il a revisité 70 chansons : « C’était presque comme un match de boxe. Je me suis battu contre quelque chose de fort, en restant debout pour d’autres combats. » Christophe ne vit pas dans le passé. Il est toujours sur le coup d’après. Déjà, il songe à son prochain album, à paraître en janvier 2015. Un disque de chansons originales qui occupe tout son esprit : « Je suis dans la création pure, dans l’inconnu. Je rentre dans l’histoire comme dans un film. Une chanson intro-couplet-refrain, pour moi, c’est démodé. Je suis dans un truc plus barré, plus gonflé. » Il a déjà composé 15 nouvelles chansons : « Maintenant, il faut créer la robe pour chacune d’entre elles. C’est un travail incroyable. » Pour les collaborateurs, il pense à Vincent Delerm : « J’ai découvert ce mec, on a un vrai point de rencontre. J’ai reçu un texte de lui, il est pile dans mon film. » Il avait songé un temps à Nick Cave, mais aujourd’hui il penche plus pour Trent Reznor, le leader du groupe américain de metal industriel Nine Inch Nails : « J’ai toujours été attiré par sa pensée. Aucun instrument n’a de secret pour lui. Il est exactement dans ce que j’entends par création. Pour moi, c’est le patron, comme l’était David Bowie à une époque ou Lou Reed dans sa période solo. Il serait encore là, j’aurais aimé qu’il soit dans mon album. On s’aimait bien. » Magicien du son et sorcier rock, il se projette déjà dans son prochain spectacle, pour lequel il pense à mille détails : « J’ai une idée de mon allure en tête. Depuis un mois, je chine des tissus laqués enduits pour mes vestes. » Un parcours unique et « très biseauté » : « C’est ce qui le rend original. J’ai ma différence, ma couleur. Ce n’est pas la musique qui m’a rendu heureux, mais la création musicale, la route, les rencontres, l’inspiration. Et ça ne fait que commencer ! »

Album Intime (Capitol Music France). Concerts le 7 avril au Théâtre Antoine, Paris 10e et tournée dans toute la France jusqu’en janvier 2015, dont le 27 novembre au Trianon, Paris 18ème.

  • Parcours du Beau Bizarre:
    1945 : Naissance à Juvisy-sur-Orge (Essonne).
    1964 : Premier 45-tours, Reviens Sophie.
  • Albums :

1965 : Les Marionnettes.
1965 : Aline.
1970 : BO La Route de Salina.
1973 : Les Paradis perdus.
1974 : Les Mots bleus.
1975 : Olympia (album live)
1976 : Samouraï.
1977 : La Dolce vita.
1978 : Le Beau bizarre.
1980 : Pas vu pas pris.
1983 : Succès fou ; 
Clichés d’amour.
1996 : Bevilacqua.
2001 : Comme si la terre penchait.
2002 : Olympia.
2008 : Aimer ce que nous sommes.

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La Fête de la musique à pleine voix !


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La  Fête de la musique chantera-t-elle sous la pluie ou le soleil sera-t-il de la partie ? Croisons les doigts  pour que le ciel soit clément en cette 32ème édition de la Fête de la musique qui s’ouvre aujourd’hui sur le thème de  la voix. La Voix dans tous ses états, qu’on entendra partout en France et dans 120 pays.

 

La Fête de la musique est le rendez-vous culturel le plus agréable qui soit. D’abord parce que l’événement marque le premier jour de l’été. C’est aussi la promesse de villes transformées par une humeur festive – si tant est que la météo si capricieuse ces derniers jours, veuille bien être de la partie ! Devenue une véritable manifestation populaire, elle rassemble des milliers d’amateurs  de musique dans tout l’Hexagone. Bien sur, tout n’est pas bon chez ces artistes en herbe ou ces groupes souvent éphémères. Mais, quand au hasard d’une rue ou d’une place de village, on tombe sur un musicien inconnu qui joue comme un dieu, cela nous réconcilie aussitôt avec la vie.

 La 32ème édition est placée sous le signe de la voix. Un joli thème qui vient rappeler qu’elle est notre premier instrument et un merveilleux reflet de l’âme. Il suffit de pousser la voix pour que l’on redécouvre les plaisirs simples de la musique dans ce qu’elle a d’universel. La  Fête de la musique est une belle invention française, dont l’idée traverse les frontières et est aujourd’hui célébrée dans 120 pays. Allez, chantons, pour le bonheur de tous!

 

Tout le programme de la Fête de la musique ici dans Double Note (https://doublenote.wordpress.com/) ici:: http://fetedelamusique.culture.fr/

Ils seront de la  Fête !

Ce soir, Place d’Enfert-Rochereau, à Paris, il y  aura du monde pour écouter Stuck in the Sound, Aline et Hyphen Hyphen

 

Dans les Jardins du Palais royal, le ministère de la  culture présente quatre artistes dont Brad Scott, Maissiat, Bertrand Belin et Camelia Jordana qui sera accompagnée par la chorale Ado Dièse.

 

A l’Olympia, Radio-France s’installe pour une journée entière de concerts uniques et d’émissions avec notamment la présence de La Grande Sophie, Zazie, Stroame, Olivia Ruiz, Rover , 1995, Balthazar, Raphael Gualazzi, Alex Beaupain, Christophe,  Arno ou encore le groupe de rock écossais Franz Ferdinand.
Entrée gratuite.

 

Sous la Pyramide du Louvre, l’Orchestre de Paris, sous la direction du chef estonien Paavo Järvi interprétera la symphonie n°1 « Titan » de Mahler

 

Seine-Saint-Denis. Le chanteur et musicien malien Salif Keita se produira sur le parvis de la Basilique de Saint-Denis à 21h ce vendredi.

 

Cali jouera à Strasbourg les titres de son dernier album «Vernets-les-Bains»

Féfé, -M et la pop très dansante de Juvéniles, Aline et de Granvillle ont ouvert le Printemps de Bourges


Féfé

Bourges, envoyé spécial.
Mardi soir, le festival a mêlé les genres  en mettant l’accent sur les musiques populaires au W et les registres pointus aux 22 Est/Ouest, pour mieux faire la fête.

A quoi reconnait-on un bon festival ? Au fait qu’il sait conjuguer et mettre en avant les tendances du moment et les sensations musicales qui feront les valeurs sûres de demain. Le Printemps de Bourges est un festival pertinent à l’esprit défricheur dont le champ des musiques va du plus populaire au plus pointu. On en a eu une nouvelle fois la preuve mardi, jour d’ouverture du Printemps où Féfé en vrai show man adepte d’un groove communicatif, a joyeusement fait danser le public du W. La nouvelle salle qui remplace le chapiteau Phénix, bénéficie d’une visibilité nettement meilleure grâce à une scène surélevée. Le W a été magnifiquement inauguré par –M, dont le concert glam-rock et spectaculaire a mis le feu grâce à son Mojo fédérateur et ses chansons ludiques aux nombreux solos de guitare à la Hendrix.

 

Le Printemps a l’art de rebondir à chaque édition en présentant des artistes et groupes en développement, comme on dit en langage de maisons de disques, dans les deux salles laboratoires 22 Est et 22 Ouest. On y a vu Juvéniles, la plus grosse sensation pop-électro de la soirée. Le groupe rennais oscille entre climats vaguement new wave et ambiances rétrofuturistes aux influences New Order ou Joy Division, sur fond de synthés analogiques, programmations et nappes sonores aux guitares. Composé à partir de la réunion de musiciens des formations Russian sextoys et Wankin’ Nooodles, le groupe Juvéniles a rapidement enflammé le Web grâce à aux titres We are Young ouNight/Nights. Portés par la voix de velours du chanteur poly-instrumentiste, Jean-Sylvain, les Juvéniles pratiquent  une musique taillée pour les dancefloors, mais pas seulement. Leur efficace et sensible électro-pop chantée en anglais va bien au-delà de la dimension clubbing. Elle a tout pour affronter les grandes salles et séduire un large public. Un registre qu’ils ont tenu à partager en invitant sur scène l’excellent groupe pop caennais Concrete Knives, emmené par Nicolas Delahaye (chant-guitare) et Morgane Colas (chant). Un des grands moments de leur concert.

 

Nous avons également été séduits par la pop rafraichissante d’Aline. Formé à Marseille autour du leader Romain Guerret, le groupe a fait le buzz cet hiver en sortant un premier album Regarde le ciel et son tube Je bois et puis je danse. Une pop-song aux contours 80’ romantique et optimiste qui fait un bien fou, signée de quatre garçons dans le vent dont l’aventure ne fait que commencer.

 

Et puis, on a mis les « Voiles » sur la Californie avec Granville. Le jeune groupe normand à la pop inspirée des sixties est le fruit de la rencontre de Sofian (guitare), Arthur (batterie) et de Melissa (chant). Granville est à l’origine d’une pop surf dont les chansons Polaroid évoquent Jersey ou encore Hawaï. Un air de vacances bienvenu aux influences de yéyé hexagonal (France Galle, Françoise Hardy) et de pop garage américaine (Best Coast, Tennis), le tout sur un mode  très dansant.