Entretien. Bernard Lavilliers : «J’ai toujours écrit sur l’exil »


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Bernard Lavilliers 5 Minutes au Paradis par Victor Hache. Éternel voyageur et exilé dans l’âme, le chanteur baroudeur revient avec 5 Minutes au paradis. Un album de journaliste-poète qui témoigne des maux du monde, porté par le titre Croisières méditerranéennes, sur le drame des réfugiés, et l’Espoir, beau duo avec Jeanne Cherhal. L’artiste fait son retour à l’Olympia en novembre.

 

 

Vous évoquez beaucoup Paris dans votre album. Vous, le Stéphanois, est-ce qu’il vous arrive de vous sentir parisien ?

Bernard Lavilliers: J’aime Paris. Je ne sais pas ce que c’est qu’être parisien parce que, au fond, on est tous d’ailleurs. Avant, il y avait les Parigots qui étaient de Belleville et de Ménilmontant. Plus personne ne revendique cette histoire. J’ai l’impression que l’idée d’être parisien a disparu ou alors c’est quelque chose d’assez péjoratif pour un Marseillais, par exemple. La dernière fois que je suis revenu de voyage, après douze heures de vol, j’ai pris le taxi qui est passé par les quais tôt le matin. Et c’est vrai que ça a toujours ce charme. J’y vois toujours François Villon, Paul Verlaine. Paris est une ville de poètes du monde entier, de peintres, de musiciens…

Vous avez tenu à ouvrir par la Gloire, un poème écrit par Pierre Seghers. Qu’est-ce qui vous séduit dans ce texte ?

Bernard Lavilliers: J’étais en train d’écrire Vendredi 13, sur les événements, le Bataclan. La Gloire est un poème qui a été écrit pendant la guerre d’Algérie sur des mecs – c’est un parachutiste dont Seghers parle – qui sont aussi des fous de Dieu, de la nation, de la violence, de la France, de Tamanrasset à Dunkerque. Il y a une dinguerie d’être nationaliste à ce point. Par rapport au côté sanguinaire qu’il y a eu, je trouvais qu’il y avait quelque chose comme ça. Il écrit ça en 1954, ça devait être assez mal vu ce genre de texte à l’époque, où on disait qu’on faisait une opération de police dans l’Algérie française. J’ai trouvé que ce poème pouvait être transposé là maintenant. Les guerres économiques, à un moment, ça devient des guerres physiques. Il n’y a plus d’inhibition. C’est ce qu’il raconte, au fond.

Un texte qui vient avant Croisières méditerranéennes. Quel sens donnez-vous à cette chanson ?

Bernard Lavilliers: Au départ, j’avais écrit un texte plus long. Une nouvelle où je compare la croisière Costa en Méditerranée, qui croise fatalement des Zodiac plus ou moins rapiécés. Ce sont des bateaux d’une hauteur incroyable d’où on ne risque pas de voir les réfugiés en dessous qui rejoignent les côtes et essaient de sauver leur peau. Il y a deux mondes qui vivent en parallèle sur la même mer et qui ne se voient pas. J’ai fait une mélodie extrêmement douce pour éviter le tragique. Quand on écrit sur ces thèmes, on peut vite être dans le pathos ou en faire des kilos et devenir ridicule. J’ai toujours écrit sur l’exil. Dans ma tête je suis un voyageur, donc un exilé. Je ne suis pas forcément parti pour fuir quelque chose. Même dans Question de peau, je parle d’un Africain qui débarque seul et qui rase les murs pour ne pas se faire attraper par la police. Maintenant, ce sont des troupeaux d’exilés qui peuvent être des réfugiés climatiques ou qui fuient la faim, la guerre, les barbus ou les dictateurs de toute sorte.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire Vendredi 13 ?

Bernard Lavilliers Il fallait que j’écrive sur le Bataclan. C’est du témoignage, ce que je ressens profondément. J’essaie de traduire ce qu’ont ressenti pas mal de gens, sauf que j’enlève la peur. Je décris ce que c’est : « Ces pantins noirs au captagon (amphétamines – NDLR) vident leur néant sous les néons. » Il ne faut pas oublier cette histoire où il y a eu 130 morts. Je parle de cela, de l’idéologie de ces barbus qui sont très près du gibet de Montfaucon, de l’Inquisition, des assassins de la Commune. Je compare ces crises effroyables d’assassinats. Ils ont une théorie fasciste. Ils ne supportent pas la démocratie, c’est clair. Il y a quelque chose de nazi derrière tout cela. C’est ce que je ressens. Et puis, ça doit attirer les mecs un peu trop jeunes, dérangés dans leur tête. Je vois très bien tout cela.

Quelle lecture faites-vous du titre 5 Minutes au paradis  ?

Bernard Lavilliers: C’est un marchand d’armes, moitié mercenaire, qui est là-bas sur les frontières. Ce ne sont pas des gentils, les mecs que je décris. Je chante : « 5 minutes au paradis avant que le diable n’apprenne ta mort ». Comme s’il y avait une erreur d’aiguillage. C’est presque un polar cette chanson. Dedans il y a les Blackwater, une société militaire, une armée privée. Je les ai rencontrés en Afrique du Sud. 50 000 hommes, des mercenaires. Ils sont forcément par-ci, par-là, parce que tout le monde ne veut pas voir les GI revenir les pieds devant. Je le dis d’ailleurs, « pour Daech, ça dépendra des ogives de Blackwater ». Est-ce qu’ils vont utiliser les bombes qui n’ont que 5 à 10 kilomètres de rayon ou pas ? Pour ne pas tuer tout le monde, du moins c’est ce qu’ils croient, ils ont « miniaturisé » les effets.

Récemment vous chantiez la Loi du marché en duo avec Cyril Mokaiesh. Et là, vous revenez sur la crise et ses ravages à travers la chanson Charleroi…

Bernard Lavilliers: C’est n’importe quelle ville qui part en friche, qui perd de la population, du travail, où s’impose la loi du plus fort. Dans le clip que j’ai tourné, on voit une maison de mineurs calabrais à 500 mètres de la mine qui est devenue un musée. Le père de mon bassiste a vécu là. La Méditerranée est là. Il y a toujours plein d’Italiens dans ce quartier, des gens du Maghreb. Des pauvres. On est sur les effets de la crise avec quelqu’un qui veut rester, comme s’il pouvait sauver la ville tout seul. Et il y un milliardaire qui a racheté une partie du centre-ville. D’accord, il a fait mettre un coup de peinture, mais le chômage est toujours là. Le type qui veut rester, il sait très bien que l’autre lui ment, et pendant ce temps-là, puisqu’il n’y a plus rien, plus de loi, les trafiquants d’armes et de came peuvent s’installer.

Il y a aussi Bon pour la casse, une chanson qui traite du licenciement…

Bernard Lavilliers: C’est la version des Mains d’or pour cadre supérieur. C’est une véritable histoire. Il est numéro 1 dans une entreprise et se retrouve à la rue en une demi-heure, viré sans savoir pourquoi. Tout ce que je raconte, il me l’a dit, même si je l’ai écrit autrement. Il finit en bas d’une tour de la Défense avec ses cartons et les vigiles qui lui disent de ne plus entrer même s’il a oublié un truc. Ils ne le connaissent plus. Peut-être que certains se croyaient à l’abri comme lui, non. Dans le dégraissage, c’est un changement de stratégie. On met un cadre plus neuf, qu’on paiera moins.

Que pensez-vous du paysage politique depuis l’élection d’Emmanuel Macron ?

Bernard Lavilliers: Il paraît sûr de lui jusqu’au moment où ça va se dégrader. La France n’est pas une entreprise. Il y a des êtres humains. La robotisation, les nouvelles technologies, on en est parfaitement conscient. On ne va pas maintenir des emplois qui n’existent plus. Je sais bien qu’on ne vendra plus de CD la prochaine fois, mais je ne vais pas m’obstiner à croire que le vinyle va le remplacer ! Macron a une fâcheuse tendance à prendre les gens pour des cons. C’est sa grande jeunesse peut-être qui fait ça. Là où Michel Onfray a raison, c’est qu’on a eu le choix entre l’extrême droite et lui. Alors ? Voilà l’histoire. Ce que je pense de sa grande entreprise de nettoyage, de transparence, c’est qu’il n’y aura jamais autant de corruption. Parce que ce ne sont pas des gens de métier et que les personnes issues de la société civile gagnaient plus d’argent auparavant. À la limite, il pourrait démontrer que le capitalisme moderne, c’est la solution, qu’il est plus humain. Moi, je ne le pense pas. Ce que Macron a réussi à faire, c’est détruire à peu près le Front national. En fait, on assiste à un grand écart entre un vieux monde avec de vieilles obsessions comme les nationalistes et un monde de geeks, comme mon petit-fils, qui bosse dans une espèce de ruche de cerveaux, sans connexion avec le réel. Le problème est qu’il n’y a pas de production tangible, c’est pour ça que je me moque de Mittal dans la chanson Fer et défaire.

Heureusement, à la fin, il y a une note d’optimisme avec l’Espoir, que vous interprétez en duo avec Jeanne Cherhal…

Bernard Lavilliers: Que j’ai voulue en conclusion de mon album un peu raide, noir. Ce n’est pas un disque romantique, c’est plutôt un album de journaliste. Ça parle beaucoup de choses qui se passent. Il fallait une voix comme celle de Jeanne, que j’aime beaucoup. C’est un peu Le soleil se lève aussi, malgré tout ce qu’on a vécu ces derniers temps, et ce n’est pas fini, cette menace.

 

5 Minutes au paradis, un album fort et émouvant

Son nouvel album traduit la conscience du chanteur, magnifique passeur de poésie qui continue de croire en un monde meilleur.

Bernard Lavilliers, qui va fêter ses 71 ans en octobre, ne vieillit pas, animé par la musique, sa passion depuis plus de cinquante ans, et son envie de toujours boxer le système : « Ça me plaît d’être en colère indéfiniment », s’amuse-t-il. Ses chansons continuent d’accompagner le mouvement du monde, nourries de l’actualité, même quand elle est sombre comme aujourd’hui. Dans son nouvel album, 5 Minutes au paradis, il s’en remet d’abord à la poésie avec la Gloire, poème de Pierre Seghers écrit durant la guerre d’Algérie. Il célèbre Paris et ses poètes (Paris la Grise, Montparnasse-Buenos Aires…), évoque les attentats (Vendredi 13), la crise et la désindustrialisation avec Fer et défaire (« Mittal le serpent minéral ») ou Charleroi, qui rappelle le titre Saint-Étienne, écrit en 1975. Un album « raide, noir », dit-il, celui d’un journaliste-poète qui trempe sa plume dans la réalité de l’époque. À l’image de Bon pour la casse, sur le chômage, ou de Croisières méditerranéennes, qui témoigne de la tragédie des réfugiés mourant en mer. Un disque qui traduit la conscience du chanteur, magnifique passeur de poésie, qui continue malgré tout de croire en un monde meilleur avec l’Espoir, superbe duo avec Jeanne Cherhal, qui conclut un album fort et émouvant réalisé avec la complicité de Romain Humeau, Fred Pallem, Feu Chatterton ! Benjamin Biolay et Florent Marchet. V. H.

 Album 5 Minutes au paradis, chez Barclay. Le chanteur sera en tournée à partir du 3 novembre et à l’Olympia du 24 novembre au 3 décembre.
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Jean Ferrat, un hommage à plusieurs voix


???????????????????Jean Ferrat  « Des airs de liberté » –  Marc Lavoine, Patrick Bruel, Cali, Julien Doré, Raphaël, Benjamin Biolay et Catherine Deneuve… saluent la mémoire du chanteur disparu il y a cinq ans avec un bel album de reprises.  

Cinq ans après sa disparition le souvenir de notre ami Jean Ferrat reste toujours aussi fort. Les mots du chanteur qui nous a quittés le 13 mars 2010 manquent et sa voix chaude, son regard profond et amical restent à jamais gravés dans nos cœurs. Ferrat c’était la poésie, l’émotion, le cri et des milliers d’admirateurs de ce passeur d’une chanson libre, pudique, amoureuse de la vie comme des vers d’Aragon auxquels il aimait mêler sa plume. Jean Ferrat incarnait cette France fraternelle, toujours prête à s’engager pour un idéal commun. Il était porté par un immense public. Une foule d’anonymes émus par sa disparition qui avaient tenu à saluer sa mémoire au cimetière d’Antraigues-sur-Volane, tandis que quatre millions de téléspectateurs avaient suivi la cérémonie de ses obsèques retransmise en direct à la télévision.

Permettre à cette œuvre exceptionnelle de se poursuivre

Par bonheur, il reste les chansons du poète qui a su magnifiquement chanter l’amour, l’injustice, la France des travailleurs. Un répertoire célébré par plusieurs générations de chanteurs dont Enzo Enzo, Clarika, Jehan, Sanseverino, Allain Leprest, André Minvielle, D’de Kabal et Francesca Solleville, lors d’un spectacle particulièrement émouvant présenté par Michel Drucker, qui a toujours été très proche de Ferrat, à la Fête de l’Humanité en septembre 2010.

Aujourd’hui, le monde de la chanson lui rend hommage avec un album de reprises de ses plus belles chansons baptisé Des airs de liberté. Un projet auquel tenait Marc Lavoine, qui s’était lié d’amitié avec Jean Ferrat  https://www.facebook.com/pages/Jean-Ferrat/43210575439 rencontré lors de l’émission Stars 90, qui a réussi à convaincre Gérard Meys, ami et producteur depuis ses débuts, de sortir ce disque collectif , à paraître lundi chez Sony Music. Un album original composé d’un prestigieux casting d’artistes dont Patrick Bruel, Cali, Catherine Deneuve et Benjamin Biolay, Dionysos, Julien Doré, Patrick Fiori, Grégoire, Marc Lavoine, Patricia Petibon, Raphaël, Sanseverino, Natasha St-Pier, Hubert-Félix Thiéfaine et Zebda.

Une palette d’interprètes qui permet à l’œuvre exceptionnelle de Ferrat de se poursuivre. Un répertoire de quinze chansons qui s’ouvrent par Camarade interprétée par la voix de velours de Marc Lavoine. La Montagne ardéchoise prend des accents de Catalogne avec Cali. Il y a les ambiances pop-rock d’Aimer à perdre la raison revisitée par Mathias Malzieu, du groupe Dionysos. La femme est l’avenir de l’homme se fait sensuelle sous la voix de Julien Doré sur fond d’arrangements électro. Patrick Bruel chante de manière très émouvante Ma Môme. Catherine Deneuve et Benjamin Biolay offrent un duo sensible sur C’est beau la vie.

Le timbre fragile de Raphaël fait mouche sur J’arrive où je suis étranger. Patrick Fiori donne du souffle à la bouleversante Que serais-je sans toi, tandis que Grégoire nous touche avec son interprétation tout en tendresse de Tu aurais pu vivre. Sanseverino, lui, met le feu sur Je ne suis qu’un cri. On retient ses larmes sur Nuit et Brouillard chantée par Hubert-Félix Thiéfaine et on serre les poings à l’écoute d’En groupe, en ligue, en procession interprétée avec fougue par Zebda.

La Québécoise Natasha St Pier est très bien sur Nous dormirons ensemble, ainsi que Patricia Petibon en duo solaire avec Marc Lavoine surla Matinée. Un album qui se clôt par la vibrante Ma France chantée par Jean Ferrat, plus vivant que jamais.

Album hommage à Jean Ferrat Des airs de liberté, chez Sony Music-Columbia.

«La Bande à Renaud» rend hommage au chanteur, en espérant son retour


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Jean-Louis Aubert, Renan Luce, Bénabar, Nolwenn Leroy, Cœur de Pirate ou Grand Corps Malade comptent parmi les 14 artistes formant le casting de «La Bande à Renaud». Un disque dans lequel ils reprennent ses chansons les plus emblématiques. Un bel hommage au chanteur qui s’est retiré dans le sud de la France, préférant désormais la vie à la campagne aux apparitions publiques.

Voilà quelques années que nous n’avons plus de nouvelles de Renaud. Le chanteur énervé, qui n’a rien sorti depuis l’album Molly Malone, balades irlandaises en 2007, s’est mis au vert du côté de l’Ile-sur-la Sorgue dans le sud de la France, où il mène une vie tranquille entre amis, pêche et balades bucoliques. Une existence discrète loin de Paris qui n’empêchent pas ses chansons de continuer à courir les rues et de résonner dans le cœur du public et de ses amis. Pour preuve, la sortie de l’album La bande à Renaud dans lequel plusieurs générations de chanteurs reprennent quelques-unes de ses plus belles chansons.

La chanteuse québécoise Cœur de Pirate interprète Mistral Gagnant

14 chanteurs en tout, dont Jean-Louis Aubert, Carla Bruni, Raphaël, Bénabar, Renan Luce, mais aussi Disiz, Grand Corps Malade ou Hubert-Félix Thiéfaine qui saluent l’artiste et sa poésie à travers cet opus aux allures de best-of. Un hommage à l’ami Renaud dont les chansons ont toujours su saisir l’air du temps et sont inscrites dans la mémoire collective, à l’image de Laisse Béton, Mistral Gagnant, Hexagone, Dès que le vent soufflera, En Cloque , Manu…. Un disque de «fans» comme le souligne Renan Luce «de gens qui ont été influencés par cet homme-là et ont envie de lui dire qu’il leur manque». Des chansons qui restent actuelles et plus que jamais pertinentes, comme en témoigne la reprise d’Hexagone par Nicola Sirkis, le leader d’Indochine. La chanteuse québécoise Cœur de Pirate interprète Mistral Gagnant, Nolwenn Leroy La ballade nord-irlandaise, Elodie Frégé Il pleut, Benjamin Biolay Seconde génération», Carla Bruni C’est quand qu’on va où ?, Hubert-Félix Thiéfaine En Cloque, Jean-Louis Aubert Manu, Renaud Luce avec Alexis HK et Benoît Doremus Je suis une bande de jeunes et Disiz Laisse Béton. Fan lui aussi et admirateur de Renaud, Grand Corps Malade s’amuse à slamer sur La Médaille, «un texte antimilitariste tellement bien écrit avec des rimes d’une précision diabolique » souligne le slameur de Saint-Denis : «la force de Renaud, c’est la variété des humeurs, avec des textes sentimentaux magnifiques, d’autres énervés, engagés, mais aussi des chansons vraiment drôles».

Hubert-félix thiéfaine parle de Renaud :

Un album en forme de clin d’œil amical de la part de chanteurs d’aujourd’hui à leur aîné de 62 ans. Si leur interprétation pourra paraître un peu sage parfois, elle offre un regard actuel sur des chansons dont certaines ont été écrites il y plus de trente ans.
Alors, prélude à nouvel album et à un retour sur scène de Renaud ? On l’espère en tout cas, lui dont la dernière tournée Rouge Sang remonte à 2007.

Album La bande à Renaud chez Mercury

Daphné, rêveries et autres contes sorciers


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Après un disque-hommage à Barbara, la chanteuse revient avec la Fauve, un album à l’esprit folk-pop, romantique et onirique, sur lequel figure, pour un duo, Benjamin Biolay.

Une fois encore, Daphné s’amuse à sortir des sentiers battus. Elle poursuit sa route singulière avec toujours un bel esprit folk-pop teinté d’élégance. Après l’album-hommage à Barbara, où elle reprenait treize de ses grands classiques, elle revient avec la Fauve. Un disque dans lequel elle revisite l’univers des contes et témoigne de son regard sur la nature animale de manière instinctive et poétique. Daphné réveille le fauve qui sommeille en elle, sauvage et romantique, sur des arrangements du compositeur de musique de film David Hadjaj. Elle nous entraîne ainsi au pays des « contes sorciers et des chansons réalistes », entre fantaisie, mélancolie et ritournelles oniriques.

La chanteuse, native de Clermont-Ferrand, a toujours eu une approche très vaste de la chanson faisant écho à mille rêveries, guidée par le plaisir de l’écriture et de la mélodie. « Mon principal travail, nous avait-elle confié lors d’un précédent opus, avant l’étape de monter sur scène et de faire un disque, c’est de me rendre disponible. Pour l’écriture et la composition, il s’agit d’être en état d’accueil. » Pour mieux s’ouvrir au monde et aux émotions qui la traversent. Daphné, au fil de ses disques, depuis ses débuts en 2005, évolue au cœur d’une poésie métaphorique aux climats en demi-teinte et aux paysages presque irréels. Une palette originale inspirée par tout un monde de couleurs qui parcourent ses albums – émeraude, carmin, bleu Venise.

Des chansons qui sont comme autant de tableaux où elle chante et danse, légère, en liberté. La Fauve est de cette même veine, où on la retrouve habitée par la musique, comme l’était l’héroïne de Musicamor, titre phare du disque Carmin.

Mystérieuse et rêveuse, parfois un peu trop sage, voix entre aigus et graves, elle se promène dans des atmosphères de ballades. Un écrin qui permet à l’imaginaire de s’envoler dans de douces ambiances. L’album s’ouvre par la voyageuse Rocambolesque Morocco, tandis qu’Où est la fantaisie ?, aux accents jazzy, s’accompagne de mandoline et de yukulélé. Dans Flores Negras, elle se glisse dans la peau d’une cavalière en osmose avec son cheval. Plus loin, elle joue avec les mots, rêvant d’amour entre ciel et mer (100 Voiliers en l’air).

Registre sentimental encore avec Mon amour feu ou avec Strabisme des jours heureux. Il y a aussi des chansons plus sombres comme Ne pardonne pas trop, sur la maltraitance et les femmes battues : « Tu verras qu’il ne faut rien attendre / et tu iras où l’herbe est tendre », chante-t-elle, émouvante. Enfin, il y a la présence de Benjamin Biolay, avec lequel Daphné a un beau duo, Ballade criminelle, dialogue autour d’un conte noir et inquiétant évoquant le sujet de l’atavisme. Un répertoire sensible, reflet d’une délicieuse folie poétique, que Daphné s’apprête maintenant à défendre sur scène.

Album la Fauve, chez Naïve. 
Tournée à partir du 28 mars. Concert le 7 avril, à la Cigale, Paris 18e.