London Grammar magnétique, sublimé par la voix envoûtante d’Hannah Reid


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Après La Cigale en novembre et  les transmusicales de Rennes en décembre, le jeune trio anglais poursuit sa tournée et se produit au Casino de Paris. Il a sorti en septembre le sublime If You Wait. Un premier album pop-rock à la beauté mystérieuse, porté par la voix envoûtante de la chanteuse Hannah Reid, qui devrait permettre au groupe de prendre rapidement son envol.

Mais comment peut-on être à l’origine d’aussi sensibles mélodies ? If You Wait, le premier album de London Grammar, est sûrement l’un des beaux albums de la rentrée 2013. Il est signé d’un tout nouveau groupe, un trio britannique dont le nom et la musique s’accompagnent d’une beauté mystérieuse. London Grammar, c’est l’histoire de trois anciens étudiants qui ont fait connaissance à l’université de Nottingham, en Angleterre. Il y a d’abord eu la rencontre de Hannah Reid (chant) et de Dan Rothman (guitare), tous deux originaires de Londres, puis de Dot Major (claviers) qui les a rejoints un an plus tard. Depuis, les trois musiciens âgés de vingt-deux ans ne se sont plus quittés et constituent aujourd’hui l’une des formations les plus intéressantes de la scène pop-rock actuelle. Si Hannah pensait devenir psychologue, Dan et Dot ne savaient pas vraiment ce qu’ils voulaient faire dans la vie. C’est la musique qui les a finalement réunis et les a décidés à former un groupe dont le charme doit beaucoup à la voix envoûtante d’Hannah. Une voix magnétique qui pourrait presque rappeler celle de Lana Del Rey : « J’aime beaucoup sa voix que je trouve exceptionnelle, confie Hannah. Il y a peut-être des similitudes dans les graves, mais pas dans les aigus. » À travers le timbre d’Hannah, c’est tout un imaginaire mélancolique et rêveur qui apparaît : « Je ne suis pas très consciente de ma voix, sourit-elle. Je dois lutter pour avoir confiance en moi. C’est Dan qui m’a aidée à me rendre compte que j’avais peut-être une tessiture différente. » Une voix limpide et élégante, qui a aussitôt séduit Dan : « J’avais déjà fait partie de différents groupes avant, mais jamais je n’avais entendu une telle voix, dit-il. Hannah chantait pour elle mais n’avait jamais eu d’expérience musicale. Ça m’a encore plus donné l’envie qu’elle fasse partie du groupe. Sa voix a un impact émotionnel très fort. »

Sombre et lumineux, l’univers de London Grammar est révélateur d’une mélancolie et d’une maturité étonnantes de la part d’artistes aussi jeunes. Voir le titre Wasting My Young Years dont le thème évoque la peur de l’avenir : « Ça parle plus de la crise des vingt-cinq ans, précise Dan, la peur de l’inconnu, de la vie qui avance et du fait de se retrouver face à rien. » London Grammar bénéficie actuellement d’un buzz formidable après la mise en ligne sur Internet du morceau Hey You et la sortie d’un EP, Metal & Dust, couronné aujourd’hui par un premier album au registre hypnotique. Une pop profonde et épurée, qui suscite déjà l’intérêt de la critique et des médias, mais aussi des festivals, tels que le mythique Glastonbury, en Angleterre, où le groupe s’est produit cet été, en version acoustique ou encore les Transmusicales de Rennes où il a joué en décembre après le festival des Inrocks en novembre.

Bref, tout va très vite pour eux. L’idéal ? « Ce serait la longévité, explique Hannah, nous ne souhaitons pas être le groupe d’un seul disque. » Des débuts prometteurs pour London Grammar, qui devrait en toute logique prendre rapidement son envol. À découvrir sur scène ce mardi 25 février au Casino de Paris. Ils sont en tournée en France jusque fin juillet et se produiront notamment au Festival Beauregard à Herouville Saint-Clair(14) le 4 juillet, au Main Square à Arras (62) le 6 juillet et au Festival Musilac à Aix-les-bains (73) le 11 juillet. 

Album London Grammar « If You Wait »  
Because Music.

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Skip The Use. Un vrai esprit rock venu du Nord


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Énergiques, créatifs et définitivement rock, les musiciens de Skip the Use s’imposent comme le groupe rock du moment. À la veille de leur concert au Zénith de Paris (19/12/2013) et en prévision de la sortie de leur prochain album, nous avons eu la chance de les rencontrer dans leur studio de répétition du côté de Lille.

Entretien réalisé par Claire Corrion, Corentin Linski, Pierre Leclaire (avec Victor Hache)

À peine arrivés devant le local de répétition de Skip the Use (STU), les notes de Nameless World, leur dernier single, nous parviennent déjà. En entrant dans ce repaire, bien caché au fond d’un parc d’une petite ville de la banlieue lilloise, nous avons découvert le groupe en plein travail. STU scande son envie de changer le monde avec fougue. À l’image des paroles « What if you could change this world today » de ce nouveau morceau pop-rock. C’est d’ailleurs dans cette salle exiguë, recouverte de posters, articles de journaux et autres stickers, que la plupart des membres du groupe se sont ren-
contrés, par le biais notamment de la formation Marcel et son orchestre. Dans une ambiance décontractée, nous avons été accueillis avec enthousiasme. On en profite pour faire quelques photos en souvenir de cette rencontre éminemment conviviale. Souriants et disponibles, les musiciens de Skip évoquent, avec humour et un vrai esprit rock, leur prochain album. Nous passons en revu les thèmes qui leur sont chers, tels que la place des groupes de rock en France ou encore leurs engagements, Mandela, la montée des extrêmes… C’est donc clope au bec et guitare en main que l’entretien commence.

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D’où vient le nom de Skip the Use ?

Mat Bastard (chant). On avait envie de faire un projet qui changeait un peu de ce que l’on faisait avant. On a fait une liste de plein de mots et il se trouve qu’il y avait Skip et Use dedans. On s’est réuni et on a lié les deux en mettant « the » au milieu, ce qui n’est pas forcément l’usage dans la langue anglaise, mais ça correspondait bien à notre concept. Pour nous, c’était important de casser les codes, tout en évoluant musicalement.

Pendant dix ans, vous avez formé Carving, un groupe qui se revendiquait du punk. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Lio Raepsaet (clavier). Ah ! Mais Carving n’est pas mort (rires) !

Mat Bastard. On aimerait bien faire un nouvel album, peut-être en 2014. Mais Carving, ça a toujours été un groupe d’amis à la base. Après, au fur et à mesure, on a essayé de faire des choses plus musicales, et c’est devenu un groupe avec une histoire, un public, etc. Et puis, quand je dis là qu’on va refaire un album, c’est aussi un moyen de se revoir, de faire de la musique ensemble, pas sortir un album commercialement parlant comme tout le monde l’entend. Pourquoi pas, par exemple, sortir quelque chose et reverser les droits à une association, plus dans le principe du groupe ?

Au sein de Skip the Use, que 
reste-t-il du côté Do it yourself, 
punk, underground ?

Mat Bastard. Ben, ce que vous venez de voir. Tout ce que l’on fait dans les Zénith ou les autres salles, tout ce que l’on joue sur scène, on le répète ici. On le fait à cinq, on enregistre, on se trompe, on corrige, on a des idées, on joue, on se dit, en fait, c’était de la m…, on revient ici, voilà quoi !

Yann Stefani (guitare). On fait toujours ce que l’on veut aussi musicalement, sans que personne nous dise : fais ceci, cela. On a cette liberté-là. On travaille pourtant avec des grosses maisons de disques.

Justement, le fait d’avoir signé 
chez Universal via Polydor, 
ça change quelque chose ?

Yann Stefani. Ça nous a permis d’aller dans de meilleurs studios (rires) !

Mat Bastard. On n’a pas signé avec une maison de disques, on a signé avec une équipe. Cette équipe-là, on en est très fier parce qu’ils nous soutiennent dans nos choix artistiques ; jusqu’ici, on a toujours été soutenu. Quand t’es dans un système, le meilleur moyen pour le changer, c’est d’être à l’intérieur. Tu peux rester chez toi en marge et faire « je suis pas content », tout le monde s’en fout. On est libre et on est super-heureux, à l’instar de groupes comme Shaka Ponk ou comme 
Orelsan qui sortent des disques qui ne sont pas toujours politiquement corrects, mais qui, par contre, sont représentatifs de ce que les gens veulent écouter. Après, tout n’est pas tout le temps super-rose, c’est comme tout, c’est une relation de couple. On est fier des disques que l’on sort, on n’a pas de censure, ni de veto.

Vous êtes originaires du 
Nord-Pas-de-Calais. Cela a-t-il 
été évident de percer ?

Mat Bastard. Il y a beaucoup de gens de Londres, de Berlin, qui disent c’est cool d’être à Lille. Et puis, la Belgique est juste à côté, où il y avait déjà un savoir-faire avec le rock, toutes les musiques un peu alternatives, le hardcore, le métal ou encore l’électro ; il y avait déjà une structure qui leur permettait de faire des grosses affiches américaines alors que tu les aurais jamais vues à 20 bornes de là, à Lille. Mais on a eu le même développement que dans n’importe quelle région. Finalement, tu vois, c’est juste qu’ici, on a la chance d’avoir une politique ouverte, comme à Ronchin où la mairie fait beaucoup en faveur de la culture.

Est-il facile d’exister en tant que groupe de rock en France ?

Jay Gimenez (basse). Quand on écoute les radios, pour avoir du rock, c’est très compliqué. Et pourtant, nous, on vend des albums, Shaka Ponk également. On oublie souvent qu’il y a un public qui achète des disques rock 
en France. Mais les radios s’ouvrent un peu plus. Elles sont en train de comprendre qu’il y a un vrai public pour le rock et qu’on ne peut pas laisser de côté des milliers de personnes qui s’y intéressent.

En même temps, il y a de moins en moins d’émissions musicales dans les radios, télés…

Jay Gimenez. Il y a tellement de groupes qui ne passent jamais dans les médias et qui pourtant remplissent des Zénith.

Yann Stefani. Mais, tu sais, des émissions de musique, y en a quand même. Quand tu regardes la Nouvelle Star ou toutes ces conneries, c’est des émissions de musique, les gens sont interactifs, ils dépensent de la tune avec leur téléphone pour voter pour leur petit chouchou. Ça aussi, ça nique un peu le truc.

Mat Bastard. En ce moment, je suis un fervent défenseur d’une émission qui, avec le Grand journal, est un des seuls plateaux de musique live, l’Album de la semaine, de Stéphane Saunier (chaque samedi, à 11 h 45, sur Canal Plus). C’est quelqu’un qui se bat pour que la musique soit live et tous styles. C’est vraiment un concert filmé. La playlist est très ouverte, ça va de Jennifer à Queen of the Stone Age, en passant par Fighters, Shaka Ponk ou Orelsan.

Mais avant le succès, vous avez galéré ?

Mat Bastard. Actuellement, je travaille avec une gagnante de la Nouvelle Star, elle a dix-sept ans, elle ne connaîtra certainement jamais la galère que l’on peut connaître avant de percer. Avec Carving, on n’a jamais réussi à gagner notre vie. Aujourd’hui, l’argent c’est devenu quelque chose d’extrêmement important. Des jeunes viennent nous voir et nous disent : « J’aimerais bien jouer avec vous mais combien vous me donnez ? »

Lio Raepsaet. Moi, on me dit mieux, du style : «Comment je fais pour faire des cachets si je joue dans un bar ?»

Jay Gimenez. Quand on est arrivé, en 2008, les gens se demandaient ce qu’était ce nouveau groupe, qui dépote sur scène et dont le chanteur est complètement fou. Mais ils ne se rendaient pas compte que l’on s’était gaufrés mille soirées dans des cafés-concerts. C’est dur de jouer juste pour 20 personnes qui ne sont pas forcément venues pour t’écouter et qui n’en ont rien à faire de ta musique. Si tu n’as pas cette expérience-là au départ, tu arrives comme un puceau sur scène. Bourlinguer dans des mauvaises conditions, ça nous a appris beaucoup de choses.

Pourquoi avez-vous choisi de chanter en anglais ?

Mat Bastard. Ça vient du fait qu’on écoutait beaucoup de musique en anglais. C’est aussi une question de savoir-faire. Ce n’est pas évident d’écrire en français. On avait testé avec Carving, mais ça sentait un peu le test. Là, dans le nouvel album de Skip, on a mis une chanson en français parce qu’on aimait bien le texte et qu’on s’est dit, ça c’est cool. Et puis, l’anglais nous permet de jouer partout dans le monde.

Ça a changé quelque chose pour vous d’avoir la victoire du meilleur album rock, cette année ?

Yann Stefani. Ta mère est vachement contente (rires) ! Elle se dit que tu as bien fait d’être musicien.

Jay Gimenez. La boulangère du coin, elle te dit : «Clip the Us, ah, ché bien, cha !»

Yann Stefani. C’est un peu une fierté, surtout pour les parents. Quand tu fais de la musique, ils ont un peu peur pour toi, ils se demandent si tu vas réussir à vivre de ta musique.

Lio Raepsaet. Et par rapport aux professionnels aussi. Pour certains qui ne connaissaient pas encore le projet, ils te prennent plus au sérieux. Mais, avant ou après les victoires, on est resté les mêmes.

Vous êtes très actifs au niveau des réseaux sociaux. Vous avez d’ailleurs publié un message en hommage 
à Nelson Mandela…

Mat Bastard. Oui, parce que son état d’esprit, sa philosophie nous touchent, et j’espère que cela touche le plus grand nombre. Les écrits (de Mandela) et son action sont toujours d’actualité. En ce moment, c’est de pire en pire, il y a vraiment un regain de la haine de l’autre. Surtout sur les réseaux sociaux, il y a une grande hypocrisie. On se cache derrière une banane et on peut 
insulter tout le monde. Ça nous tient à cœur, on est vraiment militants du vivre ensemble. On le répète à tous nos concerts.

Quels sont les thèmes que vous abordez dans vos chansons ?

Mat Bastard. On aborde un peu tout. On est un groupe populaire au sens premier du terme, on essaie de faire des chansons qui résonnent pour nous. Ça va des fans à la peur de l’autre, des chansons sur la résignation, l’amour, la séparation, la religion, l’écologie, la politique. Pour revenir à l’intolérance, il suffit de voir les réactions haineuses sur Facebook juste après l’élection de Miss France, cela en raison de la couleur de sa peau. C’est incroyable ! Je comprends que des personnalités comme Harry Roselmack écrivent des tribunes et sortent de leur réserve. Il est passé au Grand Journal pour parler de sa tribune sur la France raciste, soulignant que ce « n’est pas le journaliste qui parle, c’est le Noir, le fils et le père ». Moi, je m’en suis pris dans la gueule parce que j’étais noir. Je pense à mes enfants et j’ai peur pour eux…

Max Catteloin (batterie). Les gens sont décomplexés, et c’est dramatique. Nous sommes de fervents militants du brassage culturel. On est dans une agglomération où il y a un 
super-brassage culturel, avec plus de 50 communautés qui se mélangent, vivent ensemble. C’est le vivre 
ensemble qu’il faut valoriser et arrêter de toujours parler de racisme. Je pense que plus on en parle, plus on arrose la plante qui pousse. C’est assez flippant, la montée du FN qu’il y a dans le pays et ce côté décomplexé de parler librement de racisme. Tout ça est choquant.

Votre prochain album sort le 10 février. Quelle sera sa couleur musicale ?

Mat Bastard. C’est un album de rock avec tous les préfixes possibles et inimaginables devant : pop, hard, punk, post…

Yann Stefani. On est vraiment fier de cet album. On a vraiment hâte de jouer les nouveaux morceaux sur scène, ça va nous faire du bien. Le single est déjà sorti mais notre album, ce n’est pas qu’un morceau, c’est un tout. Musicalement, c’est vraiment varié, pas formaté. Il faut l’écouter du premier morceau jusqu’au dernier ! (rires).

Mat Bastard. En tout cas, c’est un vrai album de STU (Skip the Use). On a choisi un concept qui est celui de ne pas en avoir. Donc, forcément, c’est un peu compliqué de savoir à quoi cela ressemble à partir d’un seul titre. Je suis sûr qu’il y a beaucoup de gens qui écoutent le single Nameless World à la radio en se demandant de quel groupe il s’agit. Entre Ghost, Cup of Coffee de notre précédent disque, Can Be Late, et ce nouveau morceau, il y a un monde. C’est ça, Skip the Use. Et le prochain titre sera totalement différent. Si les gens pensent entendre la même chose du début à la fin de nos concerts, il vaut mieux ne pas venir nous voir.

SKIP THE USE on the road. 

Le troisième album de Skip the Use (STU) sortira le 10 février 2014 chez Polydor/Universal. Leur dernier single, Nameless World, est en libre écoute sur la Toile. Le clip est paru cette semaine, sous la direction du dessinateur de Zombillénium, Arthur de Pins. Le groupe sera au Zénith de Paris jeudi 19 décembre. Un concert très attendu où il partagera l’affiche avec Shaka Ponk, Placebo et Yodelice. En avril 2014, STU sera en tournée en France avec des dates à Paris, Lyon, Toulouse, Lille ou encore au Printemps de Bourges. Les membres du groupe souhaiteraient revenir très prochainement avec Carving pour un projet encore tenu secret… On parle d’un album qui serait disponible sur le Net. À suivre.

Entretien réalisé par Claire Corrion, Corentin Linski, Pierre Leclaire (avec Victor Hache) paru dans l’Humanité du 16 décembre 2013 dans le cadre de l’opération Libres échanges en collaboration avec les jeunes correspondants du journal.

Jamel Debbouze: « J’ai été membre actif de la Fête de l’Huma! »


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Dimanche 15 septembre après-midi, l’humoriste Jamel Debbouze va créer l’événement en se produisant pour la première fois sur la grande scène de la Fête de l’Humanité devant plus de 80 000 personnes. Pour l’artiste qui a grandi à Trappes (78), qui fit ses débuts sur scène ici, passer à la Fête de l’Huma est une vraie « consécration ». Entretien.

Dimanche, sur la grande scène, vous allez vous produire devant 80 000 personnes. Pas trop le trac ?

Jamel Debbouze : 80 000 personnes ? C’est ce que je fais quotidiennement ! (rires). Cela fait trois ans que je tourne avec le spectacle «Tout sur Jamel». On s’arrête avec vous. C’est la der des der. Vous me faites un beau cadeau. C’est exceptionnel de se retrouver dans une telle configuration. Jouer devant autant de monde et surtout dans cette ambiance. La  Fête de l’Huma, c’est particulier.

Mais vous vous étiez déjà venu à la Fête à vos tout débuts ?

Jamel Debbouze : Vous rigolez ou quoi, j’étais membre actif de la Fête de l’Huma! J’y ai joué à différentes reprises.  Il faut que vous sachiez un truc. Quand on était à  Trappes, les seuls Français qui nous parlaient, c’était les communistes. C’est les seuls qui n’avaient pas peur de nous, eux et les gitans ! (rires). Donc, on se retrouvait à la Fête avec des gens qui nous prenaient en considération et qui nous proposaient de faire toutes sortes de choses et essentiellement boire du vin chaud  à la canette ! C’était dégueulasse, mais on le faisait parce que les mecs étaient super sympas.  Je me rappelle des cocos de Trappes qui nous emmenaient dans leurs bus. Après, j’ai joué dans des petits stands avec des gens qui avaient de la boue jusqu’aux genoux dans un vacarme monstre, entre des discours de Robert Hue et des gens qui lançaient des fers à chevaux dans des stands d’animation. Je me souviens de ma propre expérience de la Fête de l’Huma comme artiste débutant, comme spectateur et buveur de vin chaud ! Mes premières scènes c’était dans des stands avec la compagnie Déclic Théâtre de Trappes.

Comment avez-vous réagit lorsqu’on vous a proposé de faire la grande scène ?

Jamel Debbouze : J’ai répondu carrément oui. C’est une consécration que  de se retrouver sur la Grande scène. Pour moi, c’est la récompense suprême parce que pour le coup, t’es considéré comme un artiste majeur. Ca veut dire quelque chose de se retrouver sur cette scène. J’ai essayé d’être communiste, c’est très dur ! (rires). Porter des sandales avec des chaussettes rouges, c’est compliqué ! Ce sont eux les premiers qui nous ont inculqué la notion de militantisme,  de partage. J’ai essayé d’être communiste mais mes frères, ils me prenaient tous mes habits, tous mes disques ! (rires). Je plaisante, mais c’est vrai que j’étais fasciné par ces gens qui a priori n’avaient pas d’a priori.

Les humoristes du Comedy Club seront là eux-aussi au stand de l’Agora….

Jamel Debbouze : Il y a eu une envie commune. On a tout de suite été les bienvenus comme si on avait notre carte du Parti. Ça m’a vraiment fait chaud au cœur car être considérés par ce festival, cela veut vraiment dire quelque chose pour nous artistes. On ne fait pas la Fête de l’Huma comme on fait un autre festival. Il y a une pression et en même temps une chaleur. Aux Vieilles Charrues, c’était la première fois que je jouais en plein air devant autant de monde. Mais aujourd’hui avec la Fête de l’Huma, c’est complètement différent. D’abord, je suis conscient de ce qui m’attend. Ce n’est pas une mince affaire. C’est devant un public énorme,  en plein jour. Ce n’est pas de la musique, pour capter l’attention, il va falloir envoyer.

C’est aussi la première fois qu’un artiste comique fait la grande scène !

Jamel Debouze : On m’envoie au charbon tout le temps comme un tirailleur, en première ligne. J’adore ce genre de challenge. Mais la Fête de l’Huma il y a encore une autre dimension. Moi, en tout cas, j’y mets quelque chose d’idéologique. Faire marrer les gens c’est aussi j’espère, dire des choses et laisser une trace.

Qu’avez-vous envie de dire aux jeunes qui seront là ?

Jamel Debbouze : J’ai envie de leur dire : «allez  voter». C’est bientôt les municipales, c’est extrêmement important. La Fête de l’Humanité, on sait ce que ça représente, on n’est pas là simplement pour manger des merguez. On essaie aussi de faire passer des capsules idéologiques. Moi, la mienne, ce sera très simple : « On vit en France dans un pays démocratique, on peut voter pour changer les choses ». Et c’est gratuit ! J’espère vous faire rire avec ce qui m’est arrivé la veille. Mais ce jour-là, dimanche, si j’ai un truc à dire aux gens qui seront là c’est «battez-vous en allant voter ». On sent un désamour pour la politique. La crise faisant, le chômage faisant, les gens s’énervent d’avantage et vont à la facilité. Ça me foutrait les glandes que Jean-Marine Le Pen prennent davantage de place. C’est à nous de rectifier les choses, de rassurer les gens. Et c’est surtout à nous de nous défendre, émigrés de la troisième génération, Français dans l’âme qui aimons ce pays et qui avons envie de vivre tous ensemble, d’aller dans la bonne direction. C’est ça la politique, c’est bien vivre les uns avec les autres.

Vous parlez de votre enfance à Trappes. Aujourd’hui que vous vivez à Paris, que votre  vie est plus confortable, comment faites-vous pour rester en prise avec la réalité ?

Jamel Debbouze : Dans ma vie, j’ai passé plus de temps pauvre que riche. Ma famille habite encore là-bas, mes amis y chôment encore. Je passe mon temps dans le 19ème arrondissement avec des gens qui ne vivent pas  la même chose que moi. Je reste en contact avec le sol du mieux que je peux parce que sinon je vais finir par m’embourgeoiser, grossir et ne plus avoir envie de bouger mon cul. C’est ce qui pourrait m’arriver de pire. Je reste en phase parce que j’ai de la sollicitude pour le monde qui m’entoure. Je viens de la misère. Je me dois de raconter ce que j’ai vécu. Je n’aurai pas assez d’une vie pour dire combien il y a d’inégalités dans ce pays et dans le monde. Nous artistes, on sert de porte-voix. Pratiquement, comment je fais ? Je retourne voir ma mère, mes oncles, mes cousins qui sont restés proches de ce qui se passe. Eux, ils subissent la vérité. Je suis l’un des arabes le mieux loti de France, j’en suis très conscient. Je fais des vannes et je ris de toutes mes forces parce que sinon je m’exprimerais différemment. Je viens de finir un film «La marche » de Nabil Ben Yadir, qui sortira au mois d’octobre qui raconte ce qu’on a appelé la Marche des beurs qui a eu lieu en 1983. C’était une marche pas seulement pour les beurs, mais  pour l’humanité, l’égalité et contre le racisme. Faire le bilan de l’intégration et du racisme en France, trente ans après, c’est très intéressant. C’est naturel pour moi de faire «Indigènes» ou «La  Marche» des films où  il n’y a pas de budget, qu’il est très compliqué de monter. S’il n’y a pas des gens comme nous pour défendre ce genre de propos, personne n’ y va. Voilà comment je fais pour rester au contact de ce qui se passe. Pour moi, il est indispensable de rester énervé.

Vous revenez souvent sur votre scolarité dans votre spectacle. On sent que c’est quelque chose qui reste très présent en vous ?

Jamel Debbouze : J’aurais adoré faire de grandes études mais on n’a pas eu cette chance. On s’est retrouvé dans des Zones d’éducation prioritaires (ZEP). Jai fait le BEP vente action marchande et très vite je me suis rendu compte que ce système ne me convenait  pas. Il ne me prenait pas en considération, ni moi, ni mes capacités. Alors, j’ai pris la bande d’arrêt d’urgence. A 15-16 ans, je savais que l’école ne m’aimait pas. Heureusement, j’ai cette chance merveilleuse d’avoir des parents qui m’ont toujours soutenu. Ils n’attendaient pas grand-chose de moi. Je venais d’avoir un accident, je ne pouvais plus bouger le bras, ils se sont dit «on va travailler pour lui toute notre vie ». J’ai eu cette chance d’avoir une famille soudée autour de moi, malgré le fait qu’on n’ait rien. Et c’est pour ça que j’ai eu envie de les soulager et de me prendre en main. Bizarrement, j’ai trouvé l’issue par l’école. Ceux qui m’ont sauvé sont des profs de français, qui subissaient comme moi le système, qui m’ont fait jouer «Des souris et des hommes de Steinbeck», m’ont fait dire « l’Avare », « Le  Bourgeois Gentilhomme ». Ils m’ont réconcilié avec les mots et m’ont fait comprendre que ce n’était pas grave de faire des fautes d’orthographe. Ce «continue, ce n’est pas grave », m’a vraiment motivé. Cela m’a étonné qu’on puisse nous encourager. C’était rare. Ces gens qui t’encouragent, concrètement, tu as envie de leur rendre la pareille. Quand ils m’ont proposé l’improvisation théâtrale par le biais de «Papy» (Alain Degois, président et co-fondateur de la compagnie Déclic Théatre crée en 1993 à Trappes), ça été un truc extraordinaire qui s’offrait à moi. Une espèce de théâtre mélangé  au sport, où on se laisse aller à l’improvisation et permet d’être finalement plus proche de soi. Cela m’a donné une confiance en moi fantastique. Je ne remercierai jamais assez ces profs qui sont pour moi des soldats de la vie et qui nous ont permis d’être ce qu’on est aujourd’hui.

Quand avez-vous pris conscience de votre veine comique ?

Jamel Debbouze : On ne s’en aperçoit pas parce que tout est comique autour de nous. C’est notre manière de vivre et de dédramatiser. J’ai découvert la misère et mis des mots dessus dans le 6ème arrondissement quand j’ai pris mon premier appartement. Je me suis rendu compte que c’était beau et qu’on n’avait jamais eu accès à ça. J’ai pris conscience que ce n’était pas normal  quand ça pue la pisse dans  un ascenseur. C’est là que j’ai fait le pont avec la misère. On vit tellement dedans : tu nais dans une flaque de boue, c’est chez toi ! Et quand tu te retrouves dans du coton ensuite, tu es mal.

 Qu’est-ce qui vous a poussé à monter sur scène pour faire rire les gens ?

Jamel Debbouze : Ma mère m’a fait  rire, mon grand-père m’a fait rire, mes voisins, mes voisines étaient très marrants. Les vannes, c’est notre moyen de communication. Rire, c’est la manière la plus agréable de vivre, c’est faire passer les choses. La seule manière de ne pas attraper un cancer trop vite. Rire de soi, rire des autres, rire ! Quand on m’a présenté l’improvisation théâtrale, je me suis exprimé comme je l’ai toujours fait, en me moquant de moi, des autres. Bizarrement, je me suis aperçu que ça avait de l’écho. Je faisais des fautes de français, ça faisait rire les gens et je m’en suis servi longtemps après comme étant une arme. Tout ça s’est fait  naturellement. C’est pour ça que, pour moi, la solution, elle vient des associations. Elles font le lien entre le sol et les institutions. Sans les associations, je n’aurais pas fait le quart de ce que j’ai fait. C’est elles qui étaient en contact avec nous, qui étaient conscientes de nos besoins, de nos problèmes. On n’avait pas de moyens, mais elles mettaient tout en œuvre pour qu’on puisse vivre un peu mieux.

Vous aviez un mental et une force morale extraordinaire au regard du cadre de vie que vous décrivez, votre accident…

Jamel Debbouze : Quand le docteur m’a annoncé que je ne pouvais plus bouger mon bras, j’ai pris un stylo sur son bureau pour apprendre tout de suite à écrire de la main gauche. C’était, « vite, comment on fait pour rattraper le retard ?». Ce n’est pas du misérabilisme, mais on vient de là.  On n’avait pas le temps de s’apitoyer sur notre sort. On était tous dans la merde et nos parents ont fait un travail magnifique pour que jamais on ne s’en rende compte. On est en France, un pays extraordinaire quand même, où les choses sont possibles. Evidemment, quand tu habites en banlieue, c’est beaucoup plus dur que quand tu habites en centre ville, mais tu peux y arriver quand même. J’en suis la preuve vivante. Il faut avoir une envie farouche. Le moteur, c’est l’envie de réussir à t’exprimer et à exister. Si je m’étais laissé faire, j’étais un arabe handicapé d’1,65m. Je n’intéresse personne sur le papier, personne. Tout ce que j’ai pu mettre dans mes spectacles, c’est la vérité. Je n’invente rien. Moi, je me foutais de boire et de manger. J’avais envie de m’amuser. Quand on n’a rien, on déploie une énergie considérable. Ce qui m’a rendu le plus service dans ma vie ? C’est de m’ennuyer, d’être livré à moi-même. Tu te recentres tout de suite parce que tu es face à toi. Et là, tu te mets à rêver, à imaginer à créer parce qu’il faut vivre. Moi, je suis avec les frustrés parce qu’on n’a pas à frustrer les gens.

C’est pour ça que vous dites dans votre spectacle «moi mon cœur est à gauche, toute ma vie je voterai à gauche » ?

Jamel Debbouze : La droite pour moi, d’une certaine manière, c’est la loi du plus fort. Surtout, je suis né du partage, de la solidarité, de l’idée de bien vivre ensemble. Ce n’est pas moi qui ai décidé ça, c’est l’environnement dans lequel j’ai évolué, ma mère qui me l’a inculqué, les valeurs de la famille. Aujourd’hui, c’est ce que j’ai envie de transmettre à mes enfants. Je m’en fous d’avoir tout ça si c’est pour être seul à le vivre. Ce qui m’intéresse, c’est faire en sorte qu’il y ait le maximum de gens qui vivent le mieux possible autour de moi. C’est pour ça que je suis très fier d’être parmi vous. Je crois à la politique, il  n’y a pas d’autre alternative. Et être à la Fête de l’Huma, ça veut dire beaucoup de choses pour moi. Ce n’est pas une date de plus !

Entretien réalisé par Victor Hache

 

 

 

La Fête de la musique à pleine voix !


Fetemusique2013

 

La  Fête de la musique chantera-t-elle sous la pluie ou le soleil sera-t-il de la partie ? Croisons les doigts  pour que le ciel soit clément en cette 32ème édition de la Fête de la musique qui s’ouvre aujourd’hui sur le thème de  la voix. La Voix dans tous ses états, qu’on entendra partout en France et dans 120 pays.

 

La Fête de la musique est le rendez-vous culturel le plus agréable qui soit. D’abord parce que l’événement marque le premier jour de l’été. C’est aussi la promesse de villes transformées par une humeur festive – si tant est que la météo si capricieuse ces derniers jours, veuille bien être de la partie ! Devenue une véritable manifestation populaire, elle rassemble des milliers d’amateurs  de musique dans tout l’Hexagone. Bien sur, tout n’est pas bon chez ces artistes en herbe ou ces groupes souvent éphémères. Mais, quand au hasard d’une rue ou d’une place de village, on tombe sur un musicien inconnu qui joue comme un dieu, cela nous réconcilie aussitôt avec la vie.

 La 32ème édition est placée sous le signe de la voix. Un joli thème qui vient rappeler qu’elle est notre premier instrument et un merveilleux reflet de l’âme. Il suffit de pousser la voix pour que l’on redécouvre les plaisirs simples de la musique dans ce qu’elle a d’universel. La  Fête de la musique est une belle invention française, dont l’idée traverse les frontières et est aujourd’hui célébrée dans 120 pays. Allez, chantons, pour le bonheur de tous!

 

Tout le programme de la Fête de la musique ici dans Double Note (https://doublenote.wordpress.com/) ici:: http://fetedelamusique.culture.fr/

Ils seront de la  Fête !

Ce soir, Place d’Enfert-Rochereau, à Paris, il y  aura du monde pour écouter Stuck in the Sound, Aline et Hyphen Hyphen

 

Dans les Jardins du Palais royal, le ministère de la  culture présente quatre artistes dont Brad Scott, Maissiat, Bertrand Belin et Camelia Jordana qui sera accompagnée par la chorale Ado Dièse.

 

A l’Olympia, Radio-France s’installe pour une journée entière de concerts uniques et d’émissions avec notamment la présence de La Grande Sophie, Zazie, Stroame, Olivia Ruiz, Rover , 1995, Balthazar, Raphael Gualazzi, Alex Beaupain, Christophe,  Arno ou encore le groupe de rock écossais Franz Ferdinand.
Entrée gratuite.

 

Sous la Pyramide du Louvre, l’Orchestre de Paris, sous la direction du chef estonien Paavo Järvi interprétera la symphonie n°1 « Titan » de Mahler

 

Seine-Saint-Denis. Le chanteur et musicien malien Salif Keita se produira sur le parvis de la Basilique de Saint-Denis à 21h ce vendredi.

 

Cali jouera à Strasbourg les titres de son dernier album «Vernets-les-Bains»