Skip The Use. Un vrai esprit rock venu du Nord


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Énergiques, créatifs et définitivement rock, les musiciens de Skip the Use s’imposent comme le groupe rock du moment. À la veille de leur concert au Zénith de Paris (19/12/2013) et en prévision de la sortie de leur prochain album, nous avons eu la chance de les rencontrer dans leur studio de répétition du côté de Lille.

Entretien réalisé par Claire Corrion, Corentin Linski, Pierre Leclaire (avec Victor Hache)

À peine arrivés devant le local de répétition de Skip the Use (STU), les notes de Nameless World, leur dernier single, nous parviennent déjà. En entrant dans ce repaire, bien caché au fond d’un parc d’une petite ville de la banlieue lilloise, nous avons découvert le groupe en plein travail. STU scande son envie de changer le monde avec fougue. À l’image des paroles « What if you could change this world today » de ce nouveau morceau pop-rock. C’est d’ailleurs dans cette salle exiguë, recouverte de posters, articles de journaux et autres stickers, que la plupart des membres du groupe se sont ren-
contrés, par le biais notamment de la formation Marcel et son orchestre. Dans une ambiance décontractée, nous avons été accueillis avec enthousiasme. On en profite pour faire quelques photos en souvenir de cette rencontre éminemment conviviale. Souriants et disponibles, les musiciens de Skip évoquent, avec humour et un vrai esprit rock, leur prochain album. Nous passons en revu les thèmes qui leur sont chers, tels que la place des groupes de rock en France ou encore leurs engagements, Mandela, la montée des extrêmes… C’est donc clope au bec et guitare en main que l’entretien commence.

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D’où vient le nom de Skip the Use ?

Mat Bastard (chant). On avait envie de faire un projet qui changeait un peu de ce que l’on faisait avant. On a fait une liste de plein de mots et il se trouve qu’il y avait Skip et Use dedans. On s’est réuni et on a lié les deux en mettant « the » au milieu, ce qui n’est pas forcément l’usage dans la langue anglaise, mais ça correspondait bien à notre concept. Pour nous, c’était important de casser les codes, tout en évoluant musicalement.

Pendant dix ans, vous avez formé Carving, un groupe qui se revendiquait du punk. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Lio Raepsaet (clavier). Ah ! Mais Carving n’est pas mort (rires) !

Mat Bastard. On aimerait bien faire un nouvel album, peut-être en 2014. Mais Carving, ça a toujours été un groupe d’amis à la base. Après, au fur et à mesure, on a essayé de faire des choses plus musicales, et c’est devenu un groupe avec une histoire, un public, etc. Et puis, quand je dis là qu’on va refaire un album, c’est aussi un moyen de se revoir, de faire de la musique ensemble, pas sortir un album commercialement parlant comme tout le monde l’entend. Pourquoi pas, par exemple, sortir quelque chose et reverser les droits à une association, plus dans le principe du groupe ?

Au sein de Skip the Use, que 
reste-t-il du côté Do it yourself, 
punk, underground ?

Mat Bastard. Ben, ce que vous venez de voir. Tout ce que l’on fait dans les Zénith ou les autres salles, tout ce que l’on joue sur scène, on le répète ici. On le fait à cinq, on enregistre, on se trompe, on corrige, on a des idées, on joue, on se dit, en fait, c’était de la m…, on revient ici, voilà quoi !

Yann Stefani (guitare). On fait toujours ce que l’on veut aussi musicalement, sans que personne nous dise : fais ceci, cela. On a cette liberté-là. On travaille pourtant avec des grosses maisons de disques.

Justement, le fait d’avoir signé 
chez Universal via Polydor, 
ça change quelque chose ?

Yann Stefani. Ça nous a permis d’aller dans de meilleurs studios (rires) !

Mat Bastard. On n’a pas signé avec une maison de disques, on a signé avec une équipe. Cette équipe-là, on en est très fier parce qu’ils nous soutiennent dans nos choix artistiques ; jusqu’ici, on a toujours été soutenu. Quand t’es dans un système, le meilleur moyen pour le changer, c’est d’être à l’intérieur. Tu peux rester chez toi en marge et faire « je suis pas content », tout le monde s’en fout. On est libre et on est super-heureux, à l’instar de groupes comme Shaka Ponk ou comme 
Orelsan qui sortent des disques qui ne sont pas toujours politiquement corrects, mais qui, par contre, sont représentatifs de ce que les gens veulent écouter. Après, tout n’est pas tout le temps super-rose, c’est comme tout, c’est une relation de couple. On est fier des disques que l’on sort, on n’a pas de censure, ni de veto.

Vous êtes originaires du 
Nord-Pas-de-Calais. Cela a-t-il 
été évident de percer ?

Mat Bastard. Il y a beaucoup de gens de Londres, de Berlin, qui disent c’est cool d’être à Lille. Et puis, la Belgique est juste à côté, où il y avait déjà un savoir-faire avec le rock, toutes les musiques un peu alternatives, le hardcore, le métal ou encore l’électro ; il y avait déjà une structure qui leur permettait de faire des grosses affiches américaines alors que tu les aurais jamais vues à 20 bornes de là, à Lille. Mais on a eu le même développement que dans n’importe quelle région. Finalement, tu vois, c’est juste qu’ici, on a la chance d’avoir une politique ouverte, comme à Ronchin où la mairie fait beaucoup en faveur de la culture.

Est-il facile d’exister en tant que groupe de rock en France ?

Jay Gimenez (basse). Quand on écoute les radios, pour avoir du rock, c’est très compliqué. Et pourtant, nous, on vend des albums, Shaka Ponk également. On oublie souvent qu’il y a un public qui achète des disques rock 
en France. Mais les radios s’ouvrent un peu plus. Elles sont en train de comprendre qu’il y a un vrai public pour le rock et qu’on ne peut pas laisser de côté des milliers de personnes qui s’y intéressent.

En même temps, il y a de moins en moins d’émissions musicales dans les radios, télés…

Jay Gimenez. Il y a tellement de groupes qui ne passent jamais dans les médias et qui pourtant remplissent des Zénith.

Yann Stefani. Mais, tu sais, des émissions de musique, y en a quand même. Quand tu regardes la Nouvelle Star ou toutes ces conneries, c’est des émissions de musique, les gens sont interactifs, ils dépensent de la tune avec leur téléphone pour voter pour leur petit chouchou. Ça aussi, ça nique un peu le truc.

Mat Bastard. En ce moment, je suis un fervent défenseur d’une émission qui, avec le Grand journal, est un des seuls plateaux de musique live, l’Album de la semaine, de Stéphane Saunier (chaque samedi, à 11 h 45, sur Canal Plus). C’est quelqu’un qui se bat pour que la musique soit live et tous styles. C’est vraiment un concert filmé. La playlist est très ouverte, ça va de Jennifer à Queen of the Stone Age, en passant par Fighters, Shaka Ponk ou Orelsan.

Mais avant le succès, vous avez galéré ?

Mat Bastard. Actuellement, je travaille avec une gagnante de la Nouvelle Star, elle a dix-sept ans, elle ne connaîtra certainement jamais la galère que l’on peut connaître avant de percer. Avec Carving, on n’a jamais réussi à gagner notre vie. Aujourd’hui, l’argent c’est devenu quelque chose d’extrêmement important. Des jeunes viennent nous voir et nous disent : « J’aimerais bien jouer avec vous mais combien vous me donnez ? »

Lio Raepsaet. Moi, on me dit mieux, du style : «Comment je fais pour faire des cachets si je joue dans un bar ?»

Jay Gimenez. Quand on est arrivé, en 2008, les gens se demandaient ce qu’était ce nouveau groupe, qui dépote sur scène et dont le chanteur est complètement fou. Mais ils ne se rendaient pas compte que l’on s’était gaufrés mille soirées dans des cafés-concerts. C’est dur de jouer juste pour 20 personnes qui ne sont pas forcément venues pour t’écouter et qui n’en ont rien à faire de ta musique. Si tu n’as pas cette expérience-là au départ, tu arrives comme un puceau sur scène. Bourlinguer dans des mauvaises conditions, ça nous a appris beaucoup de choses.

Pourquoi avez-vous choisi de chanter en anglais ?

Mat Bastard. Ça vient du fait qu’on écoutait beaucoup de musique en anglais. C’est aussi une question de savoir-faire. Ce n’est pas évident d’écrire en français. On avait testé avec Carving, mais ça sentait un peu le test. Là, dans le nouvel album de Skip, on a mis une chanson en français parce qu’on aimait bien le texte et qu’on s’est dit, ça c’est cool. Et puis, l’anglais nous permet de jouer partout dans le monde.

Ça a changé quelque chose pour vous d’avoir la victoire du meilleur album rock, cette année ?

Yann Stefani. Ta mère est vachement contente (rires) ! Elle se dit que tu as bien fait d’être musicien.

Jay Gimenez. La boulangère du coin, elle te dit : «Clip the Us, ah, ché bien, cha !»

Yann Stefani. C’est un peu une fierté, surtout pour les parents. Quand tu fais de la musique, ils ont un peu peur pour toi, ils se demandent si tu vas réussir à vivre de ta musique.

Lio Raepsaet. Et par rapport aux professionnels aussi. Pour certains qui ne connaissaient pas encore le projet, ils te prennent plus au sérieux. Mais, avant ou après les victoires, on est resté les mêmes.

Vous êtes très actifs au niveau des réseaux sociaux. Vous avez d’ailleurs publié un message en hommage 
à Nelson Mandela…

Mat Bastard. Oui, parce que son état d’esprit, sa philosophie nous touchent, et j’espère que cela touche le plus grand nombre. Les écrits (de Mandela) et son action sont toujours d’actualité. En ce moment, c’est de pire en pire, il y a vraiment un regain de la haine de l’autre. Surtout sur les réseaux sociaux, il y a une grande hypocrisie. On se cache derrière une banane et on peut 
insulter tout le monde. Ça nous tient à cœur, on est vraiment militants du vivre ensemble. On le répète à tous nos concerts.

Quels sont les thèmes que vous abordez dans vos chansons ?

Mat Bastard. On aborde un peu tout. On est un groupe populaire au sens premier du terme, on essaie de faire des chansons qui résonnent pour nous. Ça va des fans à la peur de l’autre, des chansons sur la résignation, l’amour, la séparation, la religion, l’écologie, la politique. Pour revenir à l’intolérance, il suffit de voir les réactions haineuses sur Facebook juste après l’élection de Miss France, cela en raison de la couleur de sa peau. C’est incroyable ! Je comprends que des personnalités comme Harry Roselmack écrivent des tribunes et sortent de leur réserve. Il est passé au Grand Journal pour parler de sa tribune sur la France raciste, soulignant que ce « n’est pas le journaliste qui parle, c’est le Noir, le fils et le père ». Moi, je m’en suis pris dans la gueule parce que j’étais noir. Je pense à mes enfants et j’ai peur pour eux…

Max Catteloin (batterie). Les gens sont décomplexés, et c’est dramatique. Nous sommes de fervents militants du brassage culturel. On est dans une agglomération où il y a un 
super-brassage culturel, avec plus de 50 communautés qui se mélangent, vivent ensemble. C’est le vivre 
ensemble qu’il faut valoriser et arrêter de toujours parler de racisme. Je pense que plus on en parle, plus on arrose la plante qui pousse. C’est assez flippant, la montée du FN qu’il y a dans le pays et ce côté décomplexé de parler librement de racisme. Tout ça est choquant.

Votre prochain album sort le 10 février. Quelle sera sa couleur musicale ?

Mat Bastard. C’est un album de rock avec tous les préfixes possibles et inimaginables devant : pop, hard, punk, post…

Yann Stefani. On est vraiment fier de cet album. On a vraiment hâte de jouer les nouveaux morceaux sur scène, ça va nous faire du bien. Le single est déjà sorti mais notre album, ce n’est pas qu’un morceau, c’est un tout. Musicalement, c’est vraiment varié, pas formaté. Il faut l’écouter du premier morceau jusqu’au dernier ! (rires).

Mat Bastard. En tout cas, c’est un vrai album de STU (Skip the Use). On a choisi un concept qui est celui de ne pas en avoir. Donc, forcément, c’est un peu compliqué de savoir à quoi cela ressemble à partir d’un seul titre. Je suis sûr qu’il y a beaucoup de gens qui écoutent le single Nameless World à la radio en se demandant de quel groupe il s’agit. Entre Ghost, Cup of Coffee de notre précédent disque, Can Be Late, et ce nouveau morceau, il y a un monde. C’est ça, Skip the Use. Et le prochain titre sera totalement différent. Si les gens pensent entendre la même chose du début à la fin de nos concerts, il vaut mieux ne pas venir nous voir.

SKIP THE USE on the road. 

Le troisième album de Skip the Use (STU) sortira le 10 février 2014 chez Polydor/Universal. Leur dernier single, Nameless World, est en libre écoute sur la Toile. Le clip est paru cette semaine, sous la direction du dessinateur de Zombillénium, Arthur de Pins. Le groupe sera au Zénith de Paris jeudi 19 décembre. Un concert très attendu où il partagera l’affiche avec Shaka Ponk, Placebo et Yodelice. En avril 2014, STU sera en tournée en France avec des dates à Paris, Lyon, Toulouse, Lille ou encore au Printemps de Bourges. Les membres du groupe souhaiteraient revenir très prochainement avec Carving pour un projet encore tenu secret… On parle d’un album qui serait disponible sur le Net. À suivre.

Entretien réalisé par Claire Corrion, Corentin Linski, Pierre Leclaire (avec Victor Hache) paru dans l’Humanité du 16 décembre 2013 dans le cadre de l’opération Libres échanges en collaboration avec les jeunes correspondants du journal.

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Marie-Galante. Terre de Blues, festival incontournable de la Caraïbe francophone


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Marie-Galante, envoyé spécial. 

Festival incontournable et événement musical majeur de la Caraïbe, Terre de Blues a accueilli sur trois jours près de 15 000 festivaliers à  Marie-Galante. Pour sa 14ème édition qui s’est déroulée à la mi-mai, ses organisateurs avait imaginé une riche programmation artistique avec notamment la présence de  Kassav, Damian Marley, Admiral T, Raul Paz ou Omar Pene. Rencontre avec le directeur du festival, Harry Selbonne, président de la Communauté des communes de Marie-Galante.

Comment est né le festival Terre de Blues ?

Harry Selbonne : On a voulu créer cet événement culturel parce qu’on s’est rendu compte que Marie-Galante souffrait d’un déficit en terme d’image. A l’époque, on ne parlait pas de l’île, il n’y avait pas d’office de tourisme, il y avait juste quelques restaurants. Donc, on a commencé à travailler un projet culturel qui soit d’envergure. Nous voulions restaurer l’image de Marie-Galante, mais aussi créer une animation touristique et économique de manière à  irriguer tout le territoire. Un jour, deux « fous » ont débarqué Pierre-Edouard Decimus (co-fondateur du groupe Kassav) et Eddy Compère qui en 2000 m’ont proposé un concept « créole blues ». C’est parti comme ça.  Le festival Terre de Blues est un temps fort social qui permet de vérifier le légendaire accueil de la terre marie-galantaise. Et c’est sans conteste une manifestation musicale où se produisent des artistes de renommées internationales et un événement économique très important.
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Quel est l’impact du festival sur l’économie de l’île ?
Harry Selbonne : Le festival a un budget de 600 000 euros, dont trois cent mille euros restent dans l’économie marie-galantaise, ce qui n’est pas rien. Toutes les structures hôtelières sont remplies à cette occasion, l’hébergement, la restauration…tout cela représente un temps fort économique. Marie-Galante compte environ 11600 habitants. Au moment du festival, elle double sa population, automatiquement, ça a des répercussions sur les restaurateurs, les hébergeurs, sur le petit commerce…

L’appellation «Terre de Blues» couvre un champ très large…

Harry Selbonne : Pour nous, le blues, ce n’est pas simplement la musique des champs de coton du sud des Etats-Unis. Le  blues, c’est également la manière de manger, de marcher, de parler, de vivre. C’est pourquoi, nous avons voulu, dès l’origine, relier les trois Saint-Louis, du Sénégal, de Marie-Galante et du Mississippi. Nous réalisons ainsi la boucle. Nous estimons qu’il y a du blues sur tous les territoires où l’esclavage a existé. Ce qui explique que dans chacune de nos programmations, on trouve des artistes africains, guadeloupéens, martiniquais mais aussi des artistes de la Caraïbe anglophone, la Jamaïque ou hispanophone, Cuba et il y a toujours un bluesman, des Etats-Unis par exemple. C’est cela que nous voulons mettre en avant car Marie-Galante est une terre de plantations de cannes, une terre de souffrance, une terre où il y a eu l’esclavage. La musique, c’est la liberté et quand nous programmons des spectacles à l’habitation Murat, où il  y a eu des esclaves qui sont sué sang et eau, je crois  que c’est un pied de nez à l’histoire. Ainsi, je me souviens que , quand Johnny Clegg le zoulou blanc d’un pays où l’apartheid existait, est venu chanter à l’habitation Murat, cela a été un moment extraordinaire.

Parlez-nous du thème du festival « apprentissage et transmission culturelle »…

Harry Selbonne : Ce qui est important pour nous, c’est de pouvoir transmettre, d’apprendre et de faire en sorte qu’il y ait une appropriation de l’événement. C’est pourquoi nous avons  voulu démarrer par le festival des enfants « El Rancho ». Nous avons  une convention avec l’Education nationale, où dans le cadre du projet d’établissement, les élèves de  CE2 et  CM2 de Marie-Galante ont ainsi préparé des chansons, de la danse etc… Il y a aussi Fanswa Ladrezeau, joueur de Ka (percussion guadeloupéenne) très réputé qui intervient dans le cadre d’un master class de ka, dans les écoles de Marie-Galante dans les villes de Grand-bourg et de  Capesterre.  A travers ces actions, cet aspect d’apprentissage et de transmission est fondamental pour nous nous car il s’agit de faire en sorte qu’on n’oublie pas notre culture, nos origines, notre patrimoine. C’est une manière de se replonger vers nos racines et ça aussi c’est du blues.

Entretien réalisé par Victor Hache

La 14ème édition du festival Terre de Blues a eu lieu du  17 au 20 mai  à Marie-Galante sous le parrainage de Judith Symphorien, célèbre voix de Radio Caraïbe Internationale.

Terre de Blues, rencontre avec les artistes du festival

Marie-Galante, envoyé spécial.
Parmi les artistes et personnalités présentes à Terre de Blues, nous avons rencontré Jacob Desvarieux et Jocelyne Beroard du groupe Kassav’, le chanteur et musicien cubain Raul Paz, ainsi que la marraine de l’édition 2013, Judith Symphorien, célèbre voix de Radio Caraïbe Internationale. Ils nous disent pourquoi ils aiment le festival de Marie-Galante.

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-Jacob Desvarieux (co-fondateur du groupe Kassav’)

« Mon père est originaire de Marie-Galante et ma mère est de Saint-François en Guadeloupe. On vient jouer à la maison en fait ! (rires). C’est la première fois que Kassav’ se produit à Marie-Galante. Mais personnellement, je m’étais déjà produit au festival puisque que c’est Pierre-Edouard Decimus, le créateur même de Kassav’ qui a monté le festival la première année. J’y étais venu et avec d’autres musiciens, on jouait du blues. Un blues, non pas des champs de coton, mais celui des champs de cannes ! Marie-Galante est une île authentique avec des valeurs et une vraie qualité de vie. Kassav’ à Terre de Blues, on est un peu les régionaux de l’étape puisqu’il y a plein de groupes qui viennent jouer du monde entier et nous, on est du coin. On a un public qui connait les paroles de toutes les chansons. C’est grâce à eux qu’on est là. Ils nous soutiennent depuis le départ. Il y a beaucoup de gens qui sont là venus de la Guadeloupe en face. Il y a des rotations de bateaux supplémentaires pour acheminer les gens. Marie-Galante va pencher un petit peu le temps du festival ! »

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-Jocelyne Beroard (chanteuse du groupe Kassav’)

« Toutes nos Îles de Caraïbes sont des terres de blues en fait. On dit toujours que la musique est l’expression de l’âme des compositeurs. De ce point de vue, je pense que la musique de Kassav’ est quelque part médicinale. Souvent, on nous met dans une catégorie de musique à danser, de fête, dans quelque chose de complètement léger. Chez nous, nous avons l’habitude de la dérision et de ne pas nous prendre au sérieux. Lorsqu’on a un problème, on commence par en rire pour pouvoir faire face. La musique sert à cela aussi je crois. C’est un regain d’énergie qui aide à surmonter les difficultés. Le zouk, ça soigne ! (rires). C’est une musique qui permet de ne pas ressasser tous les problèmes qu’on a, de les oublier un peu et peut-être justement d’avoir plus d’énergie ensuite. »

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« C’est la première fois que je joue à Marie-Galante, la première fois aussi que je viens en Guadeloupe. Je suis un caribéen convaincu qu’il faut s’unifier, être ensemble, jouer et partager des choses. Nous sommes de vrais cousins, même si nous ne sommes pas toujours en contact malheureusement. Les îles de la Caraïbes sont des pays petits pays avec des langues différentes, des habitudes différentes, mais au fond, nous avons beaucoup de choses en commun. Nous avons une culture commune. Je crois qu’il n’y pas un endroit au monde qui a eu autant d’influence sur la musique internationale que la Caraïbe. Elle est le vivier d’énormément de musiques qui sont devenus des genres musicaux mythiques. Un festival comme Terre de Blues à Marie-Galante, c’est un peu le centre de la Caraïbe. Pour moi, c’est quelque chose qui a énormément d’importance. »

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Judith Symphorien (animatrice de Radio Caraïbe Internationale (RCI), marraine de Terre de Blues 2013)

-« J’ai dit tout de suite oui lorsqu’on m’a proposé d’être la marraine du festival. Pour moi, c’est une sorte de reconnaissance du travail que j’accomplie depuis une trentaine d’années au sein de la radio RCI. J’ai une image assez forte auprès de la population, je me devais forcément d’accepter. Je suis une enfant de Marie-Galante. Pour moi, c’est un honneur de m’avoir désigné en tant que marraine.
J’aime l’ambiance du festival. Cette manifestation est un véritable poumon d’oxygène pour l’économie marie-galantaise, même si cela ne dure que sur quelques jours. On sent que les gens sont bien. Les concerts sont d’une qualité exceptionnelle. C’est cette magie qui s’exalte de ce festival qui me ravie. Ce n’est que du bonheur de voir que Terre de Blues se développe au fil des années. Je serai à tous les concerts sans exception. J’ai un coup de cœur particulier pour Kassav’ car lorsque j’ai commencé ma carrière radiophonique, le groupe commençait également. J’ai beaucoup passé la musique de Kassav’ et dans une moindre mesure, j’ai dû contribuer aussi à leur succès (rires). Mais, je suis fan de tous les artistes qui sont présents, le groupe Chic, Damian Marley, Admiral T… C’est une très belle programmation ! »

Propos recueillis par Victor Hache

Alex Beaupain : « On manque de chanteurs de variété »


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Le chanteur revient avec le très beau Après moi le déluge. 
Un album traversé par le thème de l’amour, aux mélodies mélancoliques qu’il s’apprête à faire découvrir le 13 mai à l’Olympia.

Dans le titre générique d’Après moi le déluge, vous avez ces mots « après moi, je veux qu’on soit malheureux ». C’est étrange comme tournure d’esprit, non ?

Alex Beaupain. Je suis persuadé que tout le monde pense comme ça. C’est même encore pire, puisque je dis : « Je sais, c’est moi qui t’ai quitté ». C’est-à-dire que non seulement je quitte les gens, mais en plus, je veux qu’ils soient dans le plus profond malheur et qu’ils ne retrouvent jamais quelqu’un de mieux. Ce n’est pas un sentiment très joli mais qu’un jour ou l’autre, on éprouve tous lorsqu’on revoit nos ex avec leurs nouveaux amoureux. Je crois que la jalousie continue de subsister et tant mieux parce que ça veut dire qu’on s’est aimés. Quant à écrire des chansons d’amour, autant aller gratter là où ça fait mal.

 



Quelle lecture faites-vous 
de la chanson Je peux aimer pour deux ?

Alex Beaupain. C’est une chanson masochiste. Il y a un registre dans la chanson francophone du sentiment masochiste. Ne me quitte pas, c’est une grande chanson masochiste. La mienne, Je peux aimer pour deux, est plus 
évidemment sexuelle que celle de Jacques Brel, mais enfin « Laisse-moi devenir l’ombre de ton ombre, l’ombre de ton chien », ça va aussi dans cette idée-là. J’assume et pour être sincère, je parle d’un sentiment qu’un jour ou l’autre, j’ai éprouvé. Mais pour que cela devienne une chanson 
intéressante, émouvante, j’exagère et je force le trait. C’est là où il y a acte de création. Si je racontais ma vie platement, cela n’aurait aucun intérêt. Ce qui est intéressant, c’est d’exagérer les choses. C’est ça qui apporte un certain lyrisme. Les chansons qui sont de l’ordre de l’anecdote ne m’intéressent pas beaucoup, comme auditeur.

 

On a l’impression que vous 
ne sauriez vous passer 
de l’amour, thème infini 
et universel s’il en est, qui traverse tout votre album…

Alex Beaupain. Ce ne sont que des chansons d’amour, même si ce n’est pas Fragments du discours amoureux. Le problème que j’ai et que j’assume maintenant, c’est que je n’arrive pas à écrire autre chose que des chansons d’amour. Il y a des gens qui sont très forts pour écrire de la chanson engagée, d’autres qui écrivent très bien sur des personnages. Moi, j’ai essayé de le faire, mais je trouve que le résultat n’est pas très bon. Ce n’est pas crédible dans ma bouche. Ça ne va pas, je suis un peu embarrassé. Avec le thème de l’amour, ce qui est intéressant, c’est de changer d’angle. On peut raconter plein de choses. C’est un thème universel. Mes chansons évoquent des expériences qui me sont intimes. L’objectif, c’est d’arriver à toucher les gens avec des histoires qui peuvent être personnelles mais qui parlent aux autres.

 

D’où vient le sentiment 
de désespérance, la mélancolie, qui parcourt 
votre répertoire ?

Alex Beaupain. C’est la vie. Il suffit d’être un peu lucide pour se rendre compte que la vie est profondément désespérante. Déjà, ça finit toujours mal. L’idée de vieillir n’est pas une perspective agréable. Je me suis aperçu que les chansons que j’écoute, qui me plaisent le plus, sont souvent celles qui sont tristes, désabusées. Inconsciemment, peut-être que je reproduis ces sentiments-là. C’est très compliqué d’écrire sur une idylle au cinéma, dans les romans. On a besoin de drame pour que les choses existent. Il faut beaucoup de talent pour écrire une chanson d’amour joyeuse. Peu de gens y arrivent sans sombrer dans la mièvrerie. Trénet avait ce talent, Daho quelquefois dans des chansons d’amour un peu exaltées qu’il a comme ça. Sans doute a-t-il plus de candeur que moi.

 


beaupain2Vos chansons rappellent parfois les univers d’Alain Souchon ou encore de Julien Clerc. Vous reconnaissez-vous une filiation avec 
ces artistes ?

Alex Beaupain. Ce sont des gens dans lesquels je me reconnais vraiment parce que je pense profondément que je suis un chanteur de variété, même si c’est un terme un peu galvaudé. Je ne trouve pas que ce soit honteux du tout, au contraire. On manque aujourd’hui de nouveaux chanteurs de variété qui font ce que faisaient, il y a quelques années, des Alain Souchon, Julien Clerc, ou même Francis Cabrel. C’est Alain Chamfort qui disait : « La variété, il ne faut pas laisser ça aux gens qui méprisent le genre. » Je pense qu’on a abandonné le terrain à ces gens-là. Aujourd’hui, soit on est classé dans la musique « indé », soit on est un « commercial qui tache ». Moi, je crois qu’il y a un entre-deux dans lequel des gens talentueux sont allés, avec des textes, des mélodies.

Album Après moi le déluge, 
AZ/Universal. Concert le 13 mai à l’Olympia, 
28, boulevard des Capucines, Paris 9e. Tél. : 0 892 683 368.

Vague À l’âme amoureux 

Révélé en 2008 avec la BO 
du film Chansons d’amour 
de Christophe Honoré et après trois albums, Alex Beaupain revient avec un opus au fort sentiment amoureux. Traversé par le thème de l’amour, son quatrième album, Après moi le déluge, reflète les désillusions d’une génération souvent désenchantée. Un registre sentimental où les « histoires d’A » s’accompagnent de contours mélancoliques ou nostalgiques. Évoquant le temps qui passe, il y fait part de son vague à l’âme dans des ambiances à la Alain Souchon (Ça ne m’amuse plus) ou Julien Clerc, qui lui a composé Coule. Les textes sont justes et les mélodies sensibles, romantiques ou pop. À l’image de Contre le vent signée de la Grande Sophie. Un album très réussi à découvrir à l’Olympia où il sera le 13 mai.

Entretien réalisé par 
Victor Hache