Pierre-Dominique Burgaud « Le Soldat Rose 2, c’est un peu un éloge de la différence »


SoldatroseA
SoldatRoseB
SoldatRoseC

Rencontre avec Pierre-Dominique Burgaud, auteur du Soldat Rose. Un joli conte musical pour enfants dont le deuxième volet a été composé par Francis Cabrel, à écouter en disque et à découvrir au Trianon à Paris, en février.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire la suite du Soldat Rose ?

Pierre-Dominique Burgaud. Dans le Soldat Rose 1, on avait créé un ton, des personnages que j’avais envie de faire vivre. Pour le 1, on ne savait pas que cela allait être un succès car on l’avait fait de façon vraiment artisanale. On a un ton enfantin, poétique, naïf, plein de bons sentiments revendiqués et des personnages que les gens ont aimés. Je voulais une suite qui ne soit pas une resucée, un peu comme un Harry Potter 1, 2, 3, que ce soit un autre épisode aussi bien que le premier. Mon angoisse était de gâcher le truc.

Ce ne doit pas être facile de se glisser dans l’imaginaire des enfants ?

Pierre-Dominique Burgaud. Je n’essaie pas de faire ça. J’essaie juste d’écrire une histoire qui me plaît en me disant que, si c’est bien fait, les enfants entreront dedans. L’idée que le Soldat Rose change de couleur et devienne bleu est venue très vite avant même de penser au 2. Les chansons abordent des thèmes comme la notion de bonheur, de malheur, l’amour, la couleur, la différence. Dans cette histoire qui, au début, se déroule dans un grand magasin de jouets, et se poursuit aujourd’hui dans un orphelinat, le personnage se sent mal parce qu’il n’est pas vendu, et une fois qu’il est comme les autres, il se rend compte qu’il n’a plus aucun intérêt. C’est un peu un éloge de la différence en filigrane de l’intrigue, même s’il n’y a pas la volonté d’écrire une morale.

Après Louis Chedid qui 
avait écrit les musiques 
du Soldat Rose 1, vous 
avez fait appel à Francis Cabrel pour les compositions du deuxième volet. 
Pourquoi ce choix ?

Pierre-Dominique Burgaud. Je l’ai rencontré à Astaffort. J’avais écrit la suite. Je pensais qu’il dirait non. J’aime sa poésie, son côté populaire. Il jouait dans le Soldat Rose 1. Il fait partie des gens qui l’ont porté, assumé. Sa chanson le Gardien de nuit est celle qui a été la plus diffusée. Il l’a d’ailleurs mise dans sa compilation. Ça l’excitait de travailler sur le projet. Il y a de nouveaux personnages, une nouvelle histoire, on a donc renouvelé le casting des interprètes. Francis Cabrel est entouré de sa famille musicale. Il y a Thomas Dutronc et 
Nolwenn Leroy avec les chansons le Blues du rose et Bleu, et on a des interprètes peut-être moins attendus, tels Camélia Jordana, Élodie Frégé, Gad Elmaleh, Oldelaf, Helena Noguerra, des associations auxquelles on ne s’attendait pas, avec également les voix de Tété, Renan Luce, Ours, Pierre Souchon, Laurent Voulzy, Francis Cabrel. Quant à Isabelle Nanty, elle est la conteuse et elle fait le lien avec l’imaginaire enfantin. C’est la colonne vertébrale. Dans le Soldat Rose 1, Catherine Jacob était une voix plus neutre volontairement et là, pour le 2, c’est une voix avec des dialogues, pour essayer de rendre vivante l’histoire.

 Album le Soldat Rose 2 
chez BMG-Sony music.

Spectacle le 5 février au Trianon, 
80, boulevard de Rochechouart, 
Paris 18e. Tel.  : 01 44 92 78 00.

Publicités

Grand Corps Malade : « On est dirigé par des banquiers »


GrandCorpsMalade1

GCM2

GCM3
GCM4

Après 3e Temps, 
le slameur de Saint-Denis revient avec Funambule. Un album réalisé avec la complicité du trompettiste 
de jazz Ibrahim Maalouf.

Funambule, c’est vous dans la vie ?

Grand Corps Malade. J’ai l’impression que, quelles que soient les périodes, on est toujours à la recherche d’un certain équilibre entre sa vie privée ou sa vie professionnelle. Un équilibre, comme je le dis dans l’album, entre « bitume et tapis rouge ». Je viens d’un milieu populaire, j’ai grandi à Saint-Denis et il y a eu cette aventure artistique où j’ai connu un peu l’autre côté du système, le show-biz et les paillettes. Je ne crache pas dessus, je ne dis pas que ce n’est pas bien, mais en tout cas c’est bien de garder un certain équilibre.

Par peur de perdre pied avec la réalité ?

Grand Corps Malade. Quand tes disques et que les tournées marchent bien, que tout le monde est autour de toi, c’est bien d’avoir des activités qui permettent de faire la balance. C’est pour cela que je tiens à continuer les ateliers slam dans les prisons, dans les écoles et créer des choses qui permettent d’aller à la rencontre des vraies gens. Non pas parce que j’ai peur de ne pas toucher terre, mais parce que j’ai besoin de cette réalité. Ça me permet d’être bien, de me sentir à ma place, de durer dans ce métier.

Vous ouvrez votre album par les trois coups du théâtre. Est-ce à dire que, pour vous, 
il y a une part de spectacle, 
un jeu d’acteur des mots, 
dans la manière d’amener 
le slam sur scène ?

Grand Corps Malade. C’est une intro théâtrale, comme une ouverture de rideau sur une vie qui démarre. C’est vrai qu’on joue avec les mots, les sonorités, mais, sur le fond, il n’y a pas beaucoup de fiction dans ce que je raconte. Je parle de ce qui m’arrive, de ce que je vois, du monde qui m’entoure. Je compare cela à des petites chroniques ou même à du journalisme. Le slam c’est de l’observation. Il faut que ça sonne, que ce soit joli. Il y a des jeux de mots. Moi, j’écris uniquement en vers. Ce n’est pas le cas forcément de tous les slameurs. Le slam, ce n’est pas rimes obligatoires ! Moi, c’est ce qui m’amuse. J’écris au feeling quand il y a un truc qui m’inspire.

Musicalement, vous avez largement ouvert votre univers… Une façon de 
vous renouveler ?

Grand Corps Malade. J’ai l’impression, dans ce quatrième album, que j’ai encore des choses à raconter et de me renouveler dans les thèmes parce que ma vie évolue. Donc, l’enjeu, il est surtout musical. Comment mettre en musique tous ces textes, en évoluant, en cherchant d’autres choses ? J’ai la chance d’avoir rencontré Ibrahim Maalouf, grand trompettiste plutôt jazzman, et qui a apporté plein de sonorités. Je lui ai demandé des rythmiques un peu costaudes sur certains morceaux. C’est la première fois qu’on fait de la programmation sur ordinateur. Il y a beaucoup de beats électroniques alors que jusqu’ici tout était acoustique avec de vrais instruments et une vraie batterie. On a voulu aller vers l’électronique pour amener une nouvelle couleur musicale, plus musclée.

Côté invités, il y a des atmosphères très différentes, avec la participation 
de Sandra Nkaké ou de Francis Cabrel…

Grand Corps Malade. Pour les collaborations, j’ai toujours aimé aller dans des directions où on ne m’attendait pas. J’ai chanté avec I Muvrini, avec Calogero, avec Charles Aznavour. Le duo avec Francis Cabrel a énormément de sens pour moi. J’ai été parrain l’an dernier des rencontres d’auteurs-compositeurs d’Astaffort, dans le Lot-et-Garonne, qu’il organise dans son village depuis quinze ans. J’ai écrit une chanson pour lui et moi et je lui ai dit : « Demain on la fait sur scène comme les stagiaires, on se met en danger comme eux. » Il a joué le jeu. C’est un des stagiaires, Ours, qui l’avait mise en musique. Ça a super bien marché sur scène, du coup, on l’a enregistrée pour garder une trace.

Parlez-nous de la chanson Course contre la honte en duo avec Richard Bohringer ?

Grand Corps Malade. C’est un dialogue entre un jeune que je représente et un ancien que j’appelle Tonton. Le jeune est inquiet quant à l’avenir et le vieux dit « accroche-toi mon bonhomme, on va le reconstruire ce monde, il faudra de l’utopie, du courage, mais on ne va rien lâcher ». C’est d’abord un constat qu’on va dans le mur avec ce système qui met la moitié des gens sur le bord de la route et oublie de mettre l’être humain au cœur des préoccupations. On est dans une course effrénée au profit, à la rentabilité, on est dirigé par des banquiers et c’est la finance qui nous gouverne. Je pense que c’est bien qu’il y ait une réponse humaniste qui dise : « Il faut se battre. On va le reconstruire ce monde. »

Équilibriste de la scène slam 

Depuis son premier album, Midi 20, en 2006, Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade s’amuse avec les mots, tel un funambule de la rime. À lui la scène slam, le plaisir de la langue et des nouvelles sonorités ! Si au début sa tchatche poétique était mise en valeur dans un relatif dépouillement musical, il a su, au fil de ses disques, faire évoluer son univers. Réalisé par le trompettiste de jazz d’origine libanaise Ibrahim Maalouf, son nouvel opus possède un souffle hip-hop mêlé d’ambiances rappelant l’univers du music-hall (Au théâtre). Un slam partagé avec la chanteuse franco-camerounaise Sandra Nkaké (Te Manquer), Francis Cabrel (la Traversée) ou encore Richard Bohringer dans Course contre la honte. La chanson la plus politique de l’album.

Album Funambule chez Believe Recordings. Tournée du 23 janvier 
au 20 juin. Concert le 7 mars 
au Grand Rex.

Alex Beaupain : « On manque de chanteurs de variété »


beaupain

Le chanteur revient avec le très beau Après moi le déluge. 
Un album traversé par le thème de l’amour, aux mélodies mélancoliques qu’il s’apprête à faire découvrir le 13 mai à l’Olympia.

Dans le titre générique d’Après moi le déluge, vous avez ces mots « après moi, je veux qu’on soit malheureux ». C’est étrange comme tournure d’esprit, non ?

Alex Beaupain. Je suis persuadé que tout le monde pense comme ça. C’est même encore pire, puisque je dis : « Je sais, c’est moi qui t’ai quitté ». C’est-à-dire que non seulement je quitte les gens, mais en plus, je veux qu’ils soient dans le plus profond malheur et qu’ils ne retrouvent jamais quelqu’un de mieux. Ce n’est pas un sentiment très joli mais qu’un jour ou l’autre, on éprouve tous lorsqu’on revoit nos ex avec leurs nouveaux amoureux. Je crois que la jalousie continue de subsister et tant mieux parce que ça veut dire qu’on s’est aimés. Quant à écrire des chansons d’amour, autant aller gratter là où ça fait mal.

 



Quelle lecture faites-vous 
de la chanson Je peux aimer pour deux ?

Alex Beaupain. C’est une chanson masochiste. Il y a un registre dans la chanson francophone du sentiment masochiste. Ne me quitte pas, c’est une grande chanson masochiste. La mienne, Je peux aimer pour deux, est plus 
évidemment sexuelle que celle de Jacques Brel, mais enfin « Laisse-moi devenir l’ombre de ton ombre, l’ombre de ton chien », ça va aussi dans cette idée-là. J’assume et pour être sincère, je parle d’un sentiment qu’un jour ou l’autre, j’ai éprouvé. Mais pour que cela devienne une chanson 
intéressante, émouvante, j’exagère et je force le trait. C’est là où il y a acte de création. Si je racontais ma vie platement, cela n’aurait aucun intérêt. Ce qui est intéressant, c’est d’exagérer les choses. C’est ça qui apporte un certain lyrisme. Les chansons qui sont de l’ordre de l’anecdote ne m’intéressent pas beaucoup, comme auditeur.

 

On a l’impression que vous 
ne sauriez vous passer 
de l’amour, thème infini 
et universel s’il en est, qui traverse tout votre album…

Alex Beaupain. Ce ne sont que des chansons d’amour, même si ce n’est pas Fragments du discours amoureux. Le problème que j’ai et que j’assume maintenant, c’est que je n’arrive pas à écrire autre chose que des chansons d’amour. Il y a des gens qui sont très forts pour écrire de la chanson engagée, d’autres qui écrivent très bien sur des personnages. Moi, j’ai essayé de le faire, mais je trouve que le résultat n’est pas très bon. Ce n’est pas crédible dans ma bouche. Ça ne va pas, je suis un peu embarrassé. Avec le thème de l’amour, ce qui est intéressant, c’est de changer d’angle. On peut raconter plein de choses. C’est un thème universel. Mes chansons évoquent des expériences qui me sont intimes. L’objectif, c’est d’arriver à toucher les gens avec des histoires qui peuvent être personnelles mais qui parlent aux autres.

 

D’où vient le sentiment 
de désespérance, la mélancolie, qui parcourt 
votre répertoire ?

Alex Beaupain. C’est la vie. Il suffit d’être un peu lucide pour se rendre compte que la vie est profondément désespérante. Déjà, ça finit toujours mal. L’idée de vieillir n’est pas une perspective agréable. Je me suis aperçu que les chansons que j’écoute, qui me plaisent le plus, sont souvent celles qui sont tristes, désabusées. Inconsciemment, peut-être que je reproduis ces sentiments-là. C’est très compliqué d’écrire sur une idylle au cinéma, dans les romans. On a besoin de drame pour que les choses existent. Il faut beaucoup de talent pour écrire une chanson d’amour joyeuse. Peu de gens y arrivent sans sombrer dans la mièvrerie. Trénet avait ce talent, Daho quelquefois dans des chansons d’amour un peu exaltées qu’il a comme ça. Sans doute a-t-il plus de candeur que moi.

 


beaupain2Vos chansons rappellent parfois les univers d’Alain Souchon ou encore de Julien Clerc. Vous reconnaissez-vous une filiation avec 
ces artistes ?

Alex Beaupain. Ce sont des gens dans lesquels je me reconnais vraiment parce que je pense profondément que je suis un chanteur de variété, même si c’est un terme un peu galvaudé. Je ne trouve pas que ce soit honteux du tout, au contraire. On manque aujourd’hui de nouveaux chanteurs de variété qui font ce que faisaient, il y a quelques années, des Alain Souchon, Julien Clerc, ou même Francis Cabrel. C’est Alain Chamfort qui disait : « La variété, il ne faut pas laisser ça aux gens qui méprisent le genre. » Je pense qu’on a abandonné le terrain à ces gens-là. Aujourd’hui, soit on est classé dans la musique « indé », soit on est un « commercial qui tache ». Moi, je crois qu’il y a un entre-deux dans lequel des gens talentueux sont allés, avec des textes, des mélodies.

Album Après moi le déluge, 
AZ/Universal. Concert le 13 mai à l’Olympia, 
28, boulevard des Capucines, Paris 9e. Tél. : 0 892 683 368.

Vague À l’âme amoureux 

Révélé en 2008 avec la BO 
du film Chansons d’amour 
de Christophe Honoré et après trois albums, Alex Beaupain revient avec un opus au fort sentiment amoureux. Traversé par le thème de l’amour, son quatrième album, Après moi le déluge, reflète les désillusions d’une génération souvent désenchantée. Un registre sentimental où les « histoires d’A » s’accompagnent de contours mélancoliques ou nostalgiques. Évoquant le temps qui passe, il y fait part de son vague à l’âme dans des ambiances à la Alain Souchon (Ça ne m’amuse plus) ou Julien Clerc, qui lui a composé Coule. Les textes sont justes et les mélodies sensibles, romantiques ou pop. À l’image de Contre le vent signée de la Grande Sophie. Un album très réussi à découvrir à l’Olympia où il sera le 13 mai.

Entretien réalisé par 
Victor Hache