Keny Arkana : «On s’enfonce dans l’obscurantisme»


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Keny Arkana album l’Esquisse 3 par Victor Hache. Keny Arkana est l’une des rares femmes à s’être imposée dans le milieu du rap. L’artiste marseillaise au hip-hop antisystème sort  l’Esquisse 3 et fait la tournée des festivals, avant la sortie début 2018 d’un nouvel opus, Exode. Entretien.

 

Votre dernier album, Tout tourne autour du soleil, remonte à cinq ans. Qu’avez-vous fait entre-temps ?
Keny Arkana J’ai été en tournée jusqu’en septembre 2013. Ensuite, j’ai été invitée par les zapatistes au Chiapas mexicain, pour le projet « Escuelita zapatista ». Cela devait durer trois semaines, au final, je suis restée un an. Quand j’ai voulu me remettre dans la bulle de ma musique, c’était au moment des attentats, du Bataclan. Ça m’a un peu gavée, la pensée unique à ce moment-là. Je me suis dit : où sont les artistes engagés ? Pourquoi n’y a-t-il jamais personne qui s’exprime ? Donc, humblement, j’ai fait un projet avec six titres, État d’urgence, autour des thèmes de la paix.
Vous qui avez écrit la Rage, qu’est-ce qui vous révolte aujourd’hui ?
Keny Arkana Le racisme, qui depuis le 11 Septembre est grandissant. Il n’y a pas une France mais des France, qui sont de plus en plus divisées et ne se comprennent pas. C’est mondial. On a Trump aux États-Unis, l’extrême droite monte un peu partout. On s’enfonce dans l’obscurantisme. Je trouve que la société est de plus en plus intolérante. Tout est fait pour monter les gens les uns contre les autres alors que nos véritables bourreaux, nos ennemis, ce ne sont pas nos voisins de palier.
Vous êtes aussi très énervée par les médias…
Keny Arkana C’est de pire en pire. Jusqu’ici les médias utilisaient les propos de la fachosphère de manière empruntée. Au fur et à mesure, ils les ont digérés et, aujourd’hui, ils les incarnent. La pensée unique, c’est la fachosphère, et c’est devenu normal !Vous avez sorti le titre Dégagez entre les deux tours .
Comment vous apparaît le paysage politique depuis l’élection présidentielle ?
Keny Arkana  Je crois que la société ressent le besoin de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière, à la politique, aux normes établies. Ce n’était pas le cas il y a dix ans. C’est une sorte de mutation dans l’esprit des Français, qu’on sent prêts à autre chose. C’est nouveau. Les hommes politiques ont tellement senti ça qu’ils ont créé En marche !. Mais pour moi Macron, c’est le gérant associé de Rothschild. C’est quelqu’un qui va couler le pays, qui n’en a rien à faire du peuple. C’est le bon élève de l’OMC, de la Banque mondiale. C’est sûr que ce n’est pas le climat de l’extrême droite, mais je ne trouve pas ça soulageant non plus.
Musicalement, on sent dans votre album l’Esquisse 3 que vous vous affranchissez de plus en plus des codes de la planète hip-hop…
Keny Arkana  Je ne suis jamais trop restée dans les clous. Quand j’ai sorti le morceau la Rage, la communauté rap se demandait si j’avais fait un revirement dans le punk-rock ou si je restais bien ancrée dans le hip-hop. J’aime la musique et c’est vrai que je ne me suis jamais mis de barrières. Si l’instru me parle, j’y vais. Je m’interdis juste de ne pas vomir mon mal-être pour ne pas transmettre mes pensées parfois glauques. Je n’ai pas envie de partager des trucs sombres, de plomber les gens. J’essaie de donner de la force aux miens comme je le chante dans Abracadabra. Le monde est suffisamment morose et je trouve que c’est un peu facile de cracher son spleen sur les autres.
 

Album l’Esquisse 3, chez Because Music. Tournée des festivals jusqu’ au 27 août.

 

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Patrice, fils du soleil, célèbre le «sweggae music» au lever du jour


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Pour accompagner le lancement de son nouvel album, The Rising of the Son, le chanteur a donné cet été une série de concerts acoustiques dans plusieurs villes très tôt le matin, pour mieux évoquer l’idée de renaissance.

Qui l’eût cru ? Il y a des artistes qui aiment se lever tôt ! C’est le cas de Patrice qui adore se produire aux aurores : « Pourquoi ne pas changer tout et remettre en question la manière dont on fait les choses ? confie le chanteur. Le matin, les gens ont un esprit superpositif. On est comme des enfants parce qu’il y a quelque chose de nouveau qui nous attend. » À l’occasion du lancement de son nouvel album The Rising of the Son, il a donné cet été, très tôt le matin, quelques concerts acoustiques dans plusieurs villes (Lyon, Strasbourg, Berlin, Cologne, Arcachon…), accompagné d’une simple guitare.

 

Lundi, c’est à Paris, sur les marches du Sacré-Cœur, qu’il a chanté à l’aube, devant un parterre de 1 000 personnes qui avaient fait le déplacement pour l’écouter, en regardant le soleil se lever sur la capitale. « C’est juste pour célébrer le dieu soleil, sourit-il. Quand on se lève tôt, on a toute la journée devant nous. On peut tout faire et même changer le monde ! »

The Rising of the Son est un disque dans lequel il évoque l’idée de renaissance : « Chaque jour, c’est comme une nouvelle façon de voir la vie. C’est un peu comme la naissance d’un enfant, une lumière, une nouvelle conscience. » Pour Patrice, chanter en étant au plus près de son public, c’est une manière de partager et d’échanger encore plus. Une relation basée sur la recherche de l’authenticité à laquelle il tient beaucoup : « Dans un monde où tout va vite, c’est important de pouvoir voir quelqu’un dans toute sa vérité, sa sincérité. Je fais aussi des concerts devant des milliers de gens. C’est une autre émotion, mais ce n’est pas aussi spécial qu’un concert acoustique au lever du jour. Il y a des gens que j’adore comme Stevie Wonder ou Bob Dylan. Si c’était possible, j’aimerais les voir de cette façon, proches, sans micro, sans artifice. Pour moi, c’est la meilleure façon de voir un artiste. »

Né près de Cologne, d’une mère allemande et d’un père sierra-léonais, Patrice Bart-Williams est au croisement d’un métissage musical, où se mêlent reggae, dub, hip-hop, électro, soul et pop, qui traduit son appartenance afro-européenne. « Ma culture est métissée, dit-il. Avant, les frontières musicales étaient bien définies. Aujourd’hui, tous les styles se mélangent. Mon album, c’est un best of de tout ce que j’aime. » Il a inventé un mot pour définir son univers, le « sweggae music », qui fait écho à la mixité culturelle de l’époque alliée à une cool attitude. Résultat, un album très groovy, comprenant de nombreux invités (Busy Signal, Cody Chesnutt, Selah Sue, Don Corleon, Ikaya), porté par des titres qui connaissent déjà un beau succès en radio. À l’image du dansant Cry Cry Cry ou encore de Alive et Boxes.

 The Rising of the Son. Because music.

Patrice à Rock en Seine 2013

Sierra Leone au cœur 

Pour Patrice, son album est aussi un retour vers le père, écrivain sierra-léonais engagé, réalisateur de films, décédé lorsqu’il avait douze ans. « Il m’a beaucoup inspiré » dit-il. Il garde des liens avec la Sierra Leone, pays d’Afrique de l’Ouest dont il est originaire et où il se rend souvent. « J’y ai donné un concert, lors d’un hommage à mon père. J’ai fait des ateliers dans une école musicale et tourné un court métrage avec des jeunes. Je garde ce pays dans mon cœur. »