Souchon-Voulzy : « L’humanité est le plus beau mot qu’on puisse employer »


souchonvoulzyAlain Souchon et Laurent Voulzy à la Fête de l’Humanité par Victor Hache. Derrière les mots et les chansons d’Alain Souchon et de Laurent Voulzy, il y a une complicité artistique de plus de quarante ans. Une amitié que les deux chanteurs vont célébrer, dimanche, pour la première fois ensemble à la Fête, où ils se produiront pour la dernière de leur tournée commune.

Alain, quel souvenir gardez-vous de votre dernier concert à la Fête de l’Humanité en 2010 ?

Alain Souchon Il faisait très beau, c’était très agréable. Le soleil était à droite et, au bout de deux heures, j’avais la joue toute rouge ! (Rires.) C’est bien que cette Fête soit traditionnellement toujours là. C’est sympa. Tout le monde y va, tous les chanteurs aiment bien faire la Fête de l’Huma. Notre métier, c’est un métier populaire, et la Fête de l’Huma, c’est comme ça. Ce n’est pas snob, c’est des idées généreuses. Bien sûr, on n’est pas communiste, mais ça ne fait rien, c’est sympa.

Laurent Voulzy Moi, je ne l’ai jamais faite. J’y suis allé dans les années 1960-1970 avec des copains, dont deux avaient des parents communistes, très militants. Des gens d’ailleurs formidables. Je ne me souviens plus très bien, mais peut-être qu’il y avait The Kinks, à l’affiche.

Dimanche, ce sera la dernière de votre tournée qui a commencé il y a un an. Qu’avez-vous appris mutuellement de cette aventure ?

Alain Souchon Ça a été une expérience très sympathique de travailler à deux comme ça sur scène. On a l’habitude de faire des chansons, de s’isoler. Laurent et moi, on est des gens très différents. On apporte chacun un truc et ça fait une chanson avec nos deux sensibilités différentes. Mais, sur scène, c’est à l’envers, on se montre et ça part. On a des rythmes différents, donc il a fallu s’adapter et ça nous a liés encore plus. Ça a été beaucoup de bonheur. Du travail aussi et une espèce de discipline de faire attention à l’autre. Sur scène, moi, je suis très vif, Laurent est plus posé, ça apporte du respect de l’un à l’autre. C’est la première fois que je me retrouve avec lui sur scène. On se découvre un peu même si ça fait quarante ans qu’on se connaît dans la vie.

Laurent Voulzy On se connaît tellement tous les deux. Depuis les années 1970, on en a passé des heures ensemble à s’éloigner pendant deux mois, pour écrire des chansons dans une maison isolée. C’est des mois de balades, de réflexion, de pitreries et d’écriture. Alain, plus ça va, plus il tend vers la sobriété. Moi, j’ai un côté avec des fantasmes parfois plus sophistiqués, étoffés dans les arrangements sur scène. On a eu de longues discussions et on a trouvé quelque chose qui nous satisfait tous les deux.

À quel moment vous êtes-vous rencontrés ?

laurent Voulzy C’était en 1973. Ce qui m’a plu chez Alain, c’était certainement tout ce qui était différent de moi. J’étais introverti, Alain, je le trouvais beaucoup moins timide, un peu fou, rebelle. Moi, j’avais un côté très retenu et, lui, il était déjà barré. Ça me fascinait. Quand on a commencé à écrire des chansons ensemble, je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. Cela a donné J’ai dix ans, la première chanson qu’on a écrite ensemble, ensuite, quand on a fait Bidon, je me suis dit : « Il a quand même une façon d’écrire les mots, un peu dingue. » Peut-être qu’il a trouvé que je lui apportais quelque chose en musique et on ne s’est plus jamais posé de questions. On a continué à se dire : « Tiens, si on continuait à écrire des chansons ensemble. »

Alain Souchon Laurent, je le respecte beaucoup. Il est extraordinaire comme créateur de musique, moi pas. On est chacun admiratif l’un de l’autre. Laurent est très pur dans sa manière de composer. Jamais il ne ferait quelque chose pour être à la mode ou plaire particulièrement. C’est son truc, un mélange d’influences qui viennent d’Amérique du Sud, d’Angleterre, du Moyen Âge, de la musique du XIVe siècle. On était dans la même maison de disques, apprentis chanteurs et on sortait des 45 tours qui ne marchaient pas. Un jour, Bob Socquet, qui était directeur artistique, nous a fait travailler ensemble et on a créé J’ai dix ans. C’est là qu’on s’est aperçu que les chansons qu’on écrivait seul n’intéressaient personne et que, quand on se mettait à deux pour faire une chanson, elle se classait dans les hit-parades ! (Rires.) Cela nous a fascinés. Après, on a fait Bidon, Y a d’la rumba dans l’air, Rockollection et ça marchait. Comme quoi, comme dirait Jean-Jacques Goldman, « ensemble, on réussit ».

Qu’est-ce qui vous a poussé à vouloir devenir chanteur ?

Alain Souchon J’en rêvais vaguement comme une fille de 12 ans rêve de devenir mannequin. Je me disais : « Qu’est-ce que je fais sur la terre ? Qu’est-ce que je vais pouvoir faire ? » Les études, je n’y arrivais pas. J’étais dans un monde intellectuel avec des parents formidables dans une maison pleine de bouquins. J’étais un élève appliqué et je n’arrivais à rien. C’était atroce ! (Rires.)

Et vous Laurent, la musique a toujours été votre première passion ?

laurent Voulzy J’avais des choses qui m’attiraient particulièrement comme l’histoire avant que je fasse de la musique vers 14-15 ans. Ensuite, j’ai découvert la musique. J’ai fait un peu de batterie, un peu d’harmonica et, en quelques mois, j’ai découvert la guitare, qui est devenue ma première occupation. À partir de 15 ans, la guitare est la chose que j’ai probablement le plus tenue dans mes mains. C’est la musique qui m’attirait le plus et qui a été le centre de ma vie.

Quels artistes vous ont marqué adolescent ?

Laurent Voulzy Tout l’univers de la guitare me plaisait. J’écoutais les Shadows, ensuite les groupes anglais qui ont commencé à chanter. Little Richard pour moi a été une révélation rock. C’est le premier disque que j’ai écouté toute la journée avec mes cousines et mes cousins chez mon oncle. Après j’ai été attiré par la musique classique, brésilienne et par la musique pop. J’étais fasciné par Baden Powell, les Beach Boys ou par les Beatles, les Who, les études de Bach…

Alain, ce sont les mots et la poésie qui ont été le déclencheur de vos rêves ?

Alain Souchon En pension, j’ai été accro aux livres de Lagarde et Michard. Mes heures d’études, je les passais devant la Nuit d’octobre d’Alfred de Musset, ses rimes, cette cadence des mots me fascinaient. Je lisais le Lac de Lamartine, Victor Hugo avec une admiration pour ces images qui surgissaient et ces rimes un peu emphatiques, dingues. Ça me fascinait, plus que Madame Bovary et les grands romanciers, Flaubert et tout ça, du XIXe. Après, j’ai découvert Apollinaire, Rimbaud, tous ces gens dont j’admirais la musique des mots. Ensuite, j’ai découvert Brassens, Guy Béart, Léo Ferré qui aimaient, comme moi, tous ces poètes qu’ils mettaient en musique. Ça me plaisait. En même temps, j’allais dans les surprises-parties pour voir les filles, écouter I can’t get no satisfaction des Rolling Stones. J’aimais bien le côté voyou de ces groupes anglais.

Que recherchez-vous à travers votre écriture ?

Alain Souchon J’essaie d’être simple, en même temps, je n’y arrive pas toujours. Je regarde le monde, je vois des gens couchés dans la rue, je fais une chanson qui s’appelle Petit tas tombé. On est tous touché par les mêmes choses. Il faut que les chansons soient compréhensibles. Il faut être populaire, ne pas vouloir être snob. On vient de Nougaro, de Gainsbourg, de Brel, de Béart, de Barbara, la chanson française, c’est quand même quelque chose. C’est magnifique, merveilleux. Regardez Stromae, Christine and The Queens, c’est formidable. Ils ont su épouser ce qui se fait de mieux à l’étranger et en faire quelque chose de français. C’est magnifique. Il y a aussi Vincent Delerm, Mathieu Boogaerts, Jeanne Cherhal, plein de gens qui continuent d’écrire en français, qui ont ce goût. C’est merveilleux.

Laurent, sauriez-vous dire ce qui fonde votre démarche musicale ?

Laurent Voulzy Je n’ai pas inventé la musique. On écoute des gens et, après, on amène sa personnalité. J’essaie de tendre vers l’absolu dans la musique. Elle a un côté mystique. Je cherche certainement quelque chose de religieux dans la musique. Il y a un sentiment qui nous dépasse, une espèce de perfection et d’émotion absolue, d’harmonie parfaite. C’est une quête.

Comment expliquez-vous que des artistes comme vous, Renaud, Michel Polnareff, Eddy Mitchell, Johnny, occupiez une place privilégiée dans le cœur des gens. Un besoin de nostalgie ?

Laurent Voulzy Je ne sais pas si c’est de la nostalgie. Quand on écrit une chanson comme Jeanne avec Alain, qui est devenue la chanson de l’année, je ne crois pas que les gens qui ont voté l’ont fait par nostalgie. Probablement que cette chanson a quelque chose d’intemporel. L’album que j’ai fait, Lys and Love, qui est un disque inspiré par le Moyen Âge, n’a rien à voir avec de la nostalgie. Bien sûr, il y a des gens qui viennent nous voir pour écouter les anciennes chansons. Là, la nostalgie joue absolument. Il y a aussi le fait qu’Alain est un auteur génial et d’exception avec des chansons intemporelles. Et peut-être que j’écris des musiques qui peuvent aussi avoir un côté intemporel.

Vous êtes très fusionnels tous les deux, en totale harmonie. Vous auriez presque pu faire une carrière de groupe finalement ?

Laurent Voulzy Je ne suis pas sûr parce qu’on est extrêmement différents dans nos rêves et nos fantasmes Alain et moi. On n’est pas pareils du tout et, en même temps, on s’apporte des choses. On a fait des chansons l’un pour l’autre pendant longtemps et, un jour, on a décidé de faire un album ensemble pour sceller et créer une troisième personne. Au départ, c’était juste l’envie d’être sur scène tous les deux. Ensuite, c’est moi qui ait dit à Alain : « Pourquoi on ne ferait pas un album ? » Le pari, c’était de parvenir à chanter quelque chose ensemble.

Alain Souchon Cela m’aurait plu au départ, après non. Il y a les ego, c’est difficile. J’aime bien les Rolling Stones, lire leur histoire, mais c’est compliqué entre eux, les Beatles aussi. C’est des métiers où l’on met en avant sa personnalité et, je ne sais pas pourquoi, mais quand ça se heurte à d’autres trucs, c’est dur à vivre. C’est un mystère, mais c’est plus difficile la scène à faire à deux, et ça, moi, ça m’a fait du bien par rapport à la gentillesse qu’il faut avoir l’un avec l’autre dans la vie en général.

Auriez-vous pu imaginer que vos carrières durent aussi longtemps ?

Laurent Voulzy On ne pense pas à cela. Je ne fais aucun plan de carrière. Je ne pouvais pas imaginer ça. D’ailleurs, je ne me rends même pas compte que ça a duré longtemps. Avec Alain, des fois, on se dit quarante ans, c’est dingue !

Alain Souchon J’ai eu de la chance. Je me dis que j’ai été comme pris en main par la vie, le destin. Je ne sais pas expliquer, mais ça me dépasse. C’est bien d’avoir ce don de faire des chansons qui séduisent les gens.

Vous avez respectivement 72 ans et 67 ans. Le temps qui passe, ça évoque quoi pour vous ?

Laurent Voulzy Jusqu’ici, je ne m’en suis pas occupé. J’ai une tendance à être carpe diem. On aimerait que le temps s’arrête. J’essaie de vivre chaque instant comme il vient. Je sais que tout est éphémère. On ne peut pour l’instant rien y faire. Peut-être que la science un jour fera en sorte que la vie pourra se prolonger, un peu, puis beaucoup. J’y crois. Pour l’instant, la vie, elle est courte. Elle paraît éternelle jusqu’à l’âge de 20 ans et, avec l’échéance, les événements s’accélèrent. Aujourd’hui, j’ai conscience du temps qui passe un peu plus qu’avant. En attendant, essayons de vivre ! (Rires.)

Alain Souchon On trouve ça injuste que le temps passe si vite. On est révolté. J’ai un goût pour la nature, la santé, la montagne… J’aime tout ça et, en même temps, je me sens affaibli par l’âge. Ça m’agace, mais c’est comme ça.

Vous avez toujours porté un regard teinté de tendresse sur le monde. Un message au public de la Fête ?

Alain Souchon Ce qui est important dans la Fête de l’Humanité, c’est le mot humanité. C’est l’un des plus beaux mots qu’on puisse employer, plus que le mot amour qui est placé dans tous les feuilletons américains à la con. Il faut prendre soin de l’humanité. Ça, c’est beau ! Il faut que ça continue. Ça fait partie de notre monde. Et tous ces gens merveilleux que j’ai tellement aimés dans mes années 1960. Ça fait partie de mon univers. J’adorais Louis Aragon : « La rose et le réséda, celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas. » J’ai fait une chanson qui s’appelle l’Oiseau malin. Le monde appartient aux gens qui n’ont rien. C’est eux qui le font. L’abbé Pierre, c’était bien. C’était un homme de lumière. Comme Théodore Monod. Ce sont des gens qui ont le mot humanité en eux.

Laurent Voulzy Moi, je n’ai pas de message à donner. Je trouve que le monde est gouverné par le mépris et l’économie. Les groupes comme Monsanto qui pourrissent la terre, ça me met en colère. Je suis révolté par plein de choses, les problèmes d’extrémisme de tous bords. On vit un monde très spécial. Il y a toujours eu des guerres à toutes les époques depuis l’Antiquité. Avec les armes de plus en plus puissantes et Internet, qui peut être un outil à la fois formidable et terrible. La catastrophe peut arriver très vite. La surpopulation du monde, la mépris d’une poignée de gens qui peuvent polluer la planète avec des produits, la surconsommation…Tout cela me dégoûte et me révolte. Je suis comme tout le monde. J’ai l’impression que le bonheur pourrait être facile à atteindre. En tout cas, ce qui serait facile à atteindre, c’est une grande partie du malheur du monde dû à la malnutrition, au pourrissement de la Terre, au manque de soins. Avec peu d’efforts et un peu de bonne volonté, on pourrait y arriver.

  • Alain Souchon et Laurent Voulzy seront sur la grande scène de la Fête de l’Humanité, dimanche 11 septembre à 17h30.
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Souchon, Voulzy à quatre mains et deux voix magiques.


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Cela fait des années qu’ils écrivent ensemble mais jamais ils n’avaient enregistré de disque commun. Ils sortent aujourd’hui un magnifique premier album aux influences britpop. Un petit bijou à écouter en boucle qui couronne quarante ans d’amitié entre les deux chanteurs.
C’est une nouvelle aventure dans leur carrière respective. Si Alain Souchon et Laurent Voulzy ont souvent composé et écrit l’un pour l’autre, jamais ils n’avaient enregistré de disque commun. C’est chose faite avec ce premier album écrit à quatre mains et chanté à deux voix qui vient couronner quarante ans d’amitié et de chansons à succès. Un disque aux ambiances britpop teinté de musiques médiévales ou celtes d’une incroyable beauté, très addictif. À écouter en boucle pour se consoler des malheurs du monde.

Vous n’aviez jamais sorti d’album commun. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

ALAIN SOUCHON On n’a pas attendu. On a chacun notre vie artistique différente. Laurent chante ses chansons dans un certain contexte, moi dans un autre. Comme on va souvent à la campagne, dans les églises ou sous les ponts où ça résonne, on s’arrête et on chantonne pour le plaisir. L’air vibre d’une certaine manière et ça nous plaît beaucoup. Un jour, Laurent a dit : « Et si on faisait un disque chanté ensemble ? »

C’est difficile d’écrire à quatre mains ?

ALAIN SOUCHON Musicalement, tout ce que fait Laurent me plaît. Donc, le choix musical a été assez facile. Par contre, pour les paroles, c’est quand même un peu le reflet de l’âme de quelqu’un. On a des personnalités, des préoccupations différentes dans la vie. Il fallait que cela nous convienne à tous les deux sans que ce soit fade.

Quand on vous écoute chanter, on sent 
une harmonie et une parfaite osmose entre vous. Vous n’avez jamais de visions contradictoires ?

LAURENT VOULZY Ce n’est pas une question d’avis, mais de ressenti, de goût artistique. C’est l’image du verre à moitié vide et à moitié plein. Alain a une vision du monde un peu désespérée. Moi, je trouve que le monde est parfois désespérant, mais j’ai un peu plus d’espoir. On a trouvé une façon de le dire et surtout des sujets sur lesquels on est « étale », à l’aise, comme avec la chanson Consuelo ou Bad Boys par exemple…

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Laurent, sauriez-vous dire ce que vous aimez chez Alain  ?

LAURENT VOULZY Sa façon de voir les choses. Je suis lent en tout, non seulement lorsque je cherche à composer, mais je suis lent dans la vie. Alain, lui, est extrêmement rapide, cela m’oblige à me bouger. Il m’a appris beaucoup sur les choses simples, l’esthétique. Il y a peu de gens qui s’arrêtent devant un mur de pierres en Bretagne, qui disent « regarde, comment ils ont construit tout ça, tu te rends compte, des murs en pierres sèches ! ». Il a été un accélérateur pour moi. Et, depuis quarante ans qu’on écrit ensemble, je trouve que son écriture est bluffante.

Et vous, Alain, qu’aimez-vous de Laurent  ?

ALAIN SOUCHON J’étais très moyen musicalement et j’ai été ébloui par sa culture musicale, sa façon de faire de la musique, de créer des airs, des suites harmoniques raffinées. Ça m’a toujours impressionné et beaucoup apporté. Grâce à ma rencontre avec lui, ma vie a changé. Je faisais des chansons qui n’intéressaient personne et dès que j’en ai écrit une avec lui, J’ai 10 ans, on a eu beaucoup de succès. On a fait J’suis bidon, c’était pareil. Après, on fait Rockollection pour Laurent, et les filles ont commencé à hurler après lui (rires). J’ai toujours admiré le créateur, le musicien et l’homme dans la vie. Laurent est tellement bienveillant et agréable à vivre.

L’album mêle différentes ambiances, chanson, pop anglaise, musiques médiévales, celtes… Votre palette musicale est très large !

LAURENT VOULZY J’ai été influencé par tout ce que j’ai entendu dans ma vie. Je rentre toutes les musiques dans mon panier de cuisinier, avec de plus en plus d’ingrédients. La pop anglaise m’a marqué, la musique brésilienne quand j’apprenais la guitare m’a marqué et plus tard la musique médiévale et la musique celtique. La musique antillaise de la Guadeloupe a été la première que j’ai entendue. J’ai tout ça en moi avec en plus la chanson française que j’écoutais petit, sur Radio Luxembourg. André Claveau, Charles Aznavour… Tout cela est dans tous mes disques. Par exemple, la chanson les Fleurs du bal est extrêmement celtique en même temps avec des influences de Mark Knopfler. Un autre morceau va être beaucoup plus british pop « beatlesien ». Dans Oui, mais, quand on a orchestré, j’ai mis une guitare douze cordes, d’un seul coup, ça nous a rappelé l’ambiance de Lady Jane. Parfois la musique est inspirée par le XIIIe, XIXe siècle, comme sur le texte d’On était beau. C’est un mélange de tout.

Dans Derrière nos voix, vous chantez « est-ce que l’on voit nos cœurs et les tourments à l’intérieur » … C’est important, quand est artiste, de savoir comment les gens 
entrevoient réellement les sentiments derrière les mélodies ?

ALAIN SOUCHON Bien sûr que c’est important ! Est-ce qu’on voit ce qu’on veut dire vraiment dans nos chansons, que c’est plus profond qu’on ne croit ? Est-ce qu’on fait bien notre travail ? Les êtres humains ne se comprennent pas, c’est pour ça qu’ils se battent tout le temps. Ils ont une apparence et il y a le reste derrière, qui est souvent bouleversant.

Il peut y avoir aussi des envies de refaire le monde…

ALAIN SOUCHON C’est ce qu’on dit dans la chanson : « On était beau, on avait des idéaux. » On avait envie de refaire le monde à partir du moment où les Rolling Stones sont arrivés avec le rock, ils avaient envie de montrer à la bourgeoisie dominante : « Vous voyez, on s’habille comme des pirates, et on dit aux filles “venez baiser avec nous !” » (rires). C’était la révolution qui a amené petit à petit à 1968, au mouvement hippie, ce désir que le monde bascule, change. Qu’il y ait plus de liberté, d’amour, de sexe, de gentillesse.

Quelle lecture faites-vous de l’Oiseau malin où vous chantez « prenez garde à ceux qui n’ont rien, à ceux qu’on laisse au bord du chemin » .

ALAIN SOUCHON Les révolutions sont faites par les gens qui n’ont rien. Ce sont eux qui font que le monde avance, qu’il y a des lois sociales. Les nantis qui vont bien, ils n’ont pas envie que ça change. Les gens qui n’ont rien sont extrêmement importants. Il faut les prendre en compte. Je ne veux donner de leçon à personne, je ne sais pas comment résoudre les problèmes, mais je vois bien que ça ne va pas, qu’il y a des tas de zones d’ombre dans nos sociétés et que c’est difficile à vivre pour certains. LAURENT VOULZY J’écoute avec attention ce que dit Alain. Mais dans ce « prenez garde à ceux qui n’ont rien », on pourrait presque entendre « ça va péter », comme une révolte sourde qui peut exploser.

Ca fait quoi d’être comparés à Lennon- McCartney ou Simon and Garfunkel ?

ALAIN SOUCHON Vous nous comparez à des géants alors que nous ne sommes que des lilliputiens puisqu’on est français. Ce sont des gens qui ont inondé la planète avec leur musique. J’ai été influencé bien sûr par la musique anglo-saxonne. Mais au départ les chansons françaises m’ont bouleversé, de Gainsbourg, Brassens. Je trouvais même que c’était supérieur à la musique anglo-saxonne qui était belle et donnait souvent envie de bouger. S’il n’y a pas de paroles, je m’ennuie. Il faut que je comprenne. Je me disais quand même avec une chanson comme Locomotive d’or, de Nougaro, ils peuvent s’accrocher, les mecs ! LAURENT VOULZY Moi, Penny Lane me donne plus d’émotion. Chez les artistes qu’Alain a cités, la musique est toujours magnifique. Il n’y a pas de grande chanson française s’il n’y a pas une musique formidable comme avec Charles Trénet, Brassens, Léo Ferré, Guy Béart. Sinon, c’est de la poésie…

Album Alain Souchon & Laurent Voulzy (Warner Parlophone). 
Tournée du 20 avril au 17 décembre 2015. Concerts du 4 au 7 mai au Palais des Sports de Paris (15e). Rens. : 01 48 28 40 10.

Pierre-Dominique Burgaud « Le Soldat Rose 2, c’est un peu un éloge de la différence »


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Rencontre avec Pierre-Dominique Burgaud, auteur du Soldat Rose. Un joli conte musical pour enfants dont le deuxième volet a été composé par Francis Cabrel, à écouter en disque et à découvrir au Trianon à Paris, en février.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire la suite du Soldat Rose ?

Pierre-Dominique Burgaud. Dans le Soldat Rose 1, on avait créé un ton, des personnages que j’avais envie de faire vivre. Pour le 1, on ne savait pas que cela allait être un succès car on l’avait fait de façon vraiment artisanale. On a un ton enfantin, poétique, naïf, plein de bons sentiments revendiqués et des personnages que les gens ont aimés. Je voulais une suite qui ne soit pas une resucée, un peu comme un Harry Potter 1, 2, 3, que ce soit un autre épisode aussi bien que le premier. Mon angoisse était de gâcher le truc.

Ce ne doit pas être facile de se glisser dans l’imaginaire des enfants ?

Pierre-Dominique Burgaud. Je n’essaie pas de faire ça. J’essaie juste d’écrire une histoire qui me plaît en me disant que, si c’est bien fait, les enfants entreront dedans. L’idée que le Soldat Rose change de couleur et devienne bleu est venue très vite avant même de penser au 2. Les chansons abordent des thèmes comme la notion de bonheur, de malheur, l’amour, la couleur, la différence. Dans cette histoire qui, au début, se déroule dans un grand magasin de jouets, et se poursuit aujourd’hui dans un orphelinat, le personnage se sent mal parce qu’il n’est pas vendu, et une fois qu’il est comme les autres, il se rend compte qu’il n’a plus aucun intérêt. C’est un peu un éloge de la différence en filigrane de l’intrigue, même s’il n’y a pas la volonté d’écrire une morale.

Après Louis Chedid qui 
avait écrit les musiques 
du Soldat Rose 1, vous 
avez fait appel à Francis Cabrel pour les compositions du deuxième volet. 
Pourquoi ce choix ?

Pierre-Dominique Burgaud. Je l’ai rencontré à Astaffort. J’avais écrit la suite. Je pensais qu’il dirait non. J’aime sa poésie, son côté populaire. Il jouait dans le Soldat Rose 1. Il fait partie des gens qui l’ont porté, assumé. Sa chanson le Gardien de nuit est celle qui a été la plus diffusée. Il l’a d’ailleurs mise dans sa compilation. Ça l’excitait de travailler sur le projet. Il y a de nouveaux personnages, une nouvelle histoire, on a donc renouvelé le casting des interprètes. Francis Cabrel est entouré de sa famille musicale. Il y a Thomas Dutronc et 
Nolwenn Leroy avec les chansons le Blues du rose et Bleu, et on a des interprètes peut-être moins attendus, tels Camélia Jordana, Élodie Frégé, Gad Elmaleh, Oldelaf, Helena Noguerra, des associations auxquelles on ne s’attendait pas, avec également les voix de Tété, Renan Luce, Ours, Pierre Souchon, Laurent Voulzy, Francis Cabrel. Quant à Isabelle Nanty, elle est la conteuse et elle fait le lien avec l’imaginaire enfantin. C’est la colonne vertébrale. Dans le Soldat Rose 1, Catherine Jacob était une voix plus neutre volontairement et là, pour le 2, c’est une voix avec des dialogues, pour essayer de rendre vivante l’histoire.

 Album le Soldat Rose 2 
chez BMG-Sony music.

Spectacle le 5 février au Trianon, 
80, boulevard de Rochechouart, 
Paris 18e. Tel.  : 01 44 92 78 00.

Tryo, haut les chœurs aux Nuits de Champagne


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Le groupe emmené par Christophe Mali 
est l’invité d’honneur du festival de Troyes où ses chansons seront reprises par 1 500 choristes.

Pour la première fois dans l’histoire des Nuits de Champagne, l’invité d’honneur est un groupe. Comment vivez-vous cela ?

Christophe Mali. Notre premier contact avec les Nuits de Champagne s’est fait grâce à Bernard Lavilliers, qui nous avait invités quand il était parrain du festival. Lorsqu’on nous a proposé d’y participer en tant qu’invité d’honneur il y a plus d’un an, on a été touché. Quand on regarde les différents parrains depuis la création du festival, ce sont tous des artistes confirmés : Alain Souchon, Maxime Le Forestier, Jean-Louis Aubert, Charles Aznavour, Laurent Voulzy. On prend ça très à cœur, on est hyperfier.

 Votre répertoire va être repris par 700 collégiens du Chœur de l’Aube et 850 choristes du Grand Choral. Ça va être un grand moment !

Christophe Mali. C’est vraiment magnifique. On ouvre le festival avec l’Aube à l’unisson avec tous ces jeunes avec lesquels on va interpréter quelques morceaux. Pour le Grand Choral, le principe est que l’invité devient le spectateur de son propre répertoire. On va écouter sans connaître à l’avance les morceaux qui seront repris, ce que les choristes vont chanter de Tryo et les arrangements qui vont être faits. Ça va être une surprise pour nous. Laurent Voulzy, qu’on a rencontré récemment, nous disait qu’il avait eu deux grandes émotions dans sa vie, la naissance de ses enfants et la reprise de son répertoire au Grand Choral. Cela donne une idée de l’ambiance qu’il va y avoir. Ça va être énormément d’émotion. Dans Tryo, il n’y a pas de chanteur lead, on est trois chanteurs, les harmonies vocales sont très importantes dans le groupe.
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Je pense que ça se prête à la reprise par une chorale. Ce ne sont que des passionnés de chant qui viennent de toute la France. Des gens qui ont un autre métier, qui prennent sur leur temps de vacances. Ils reçoivent les morceaux chez eux qu’ils travaillent avant de se retrouver. Ils viennent pendant une semaine, répéter au Grand Choral, tous âges confondus, de toutes catégories sociales et se retrouvent sur une scène à participer avec un artiste et un orchestre. Le principe est hypergénéreux, très ouvert. Ça nous plaît et ça nous ressemble, en plus.

Autre originalité du festival, l’invité d’honneur a carte blanche pour la programmation. Quels sont 
les artistes que vous avez voulu inviter ?

Christophe Mali. On a fait venir des gens qui ont une histoire, pour la plupart, avec Tryo. Je pense à Jacques Higelin, qui nous a énormément inspirés, à des artistes comme Féfé, Alpha Blondy, Ayo, M, aux Ogres de Barback, Loïc Lantoine. Il y a aussi beaucoup de découvertes, des artistes qui ont fait des premières parties de Tryo, tels Cabadzi, Le Pied de la Pompe ou DJ Catman. On est très fiers de faire découvrir ces artistes. Pour nous, c’est un honneur de participer aux Nuits de Champagne, qui correspondront à la fin de la tournée de Tryo. On voulait finir en point d’orgue !

Entretien: Victor Hache 

Jusqu’au 26 octobre,Troyes. Rens : http://www.nuitsdechampagne.com/