Étienne Daho, dandy d’une audacieuse pop psychédélique


Daho1Etienne Daho sort Blitz par Victor Hache. Le chanteur se réinvente magnifiquement dans Blitz, l’album de l’année. Un disque lumineux et poétique aux dansantes ambiances pop psyché, en attendant l’expo « Daho l’aime pop ! » à la Philharmonie et son retour sur scène cet été. Rencontre.

 

Que mettez-vous derrière Blitz, un mot qui renvoie à une période sombre de l’histoire anglaise ?

Étienne Daho On peut y voir plusieurs choses. C’est l’éclair, la foudre, la mise en lumière de soi-même. Le disque a été écrit à Londres. C’est un mot qui revient souvent chez les Anglais, qui sont marqués par cette période. Il y a un trauma collectif du Blitz, même pour les nouvelles générations. Trauma réveillé par les attentats récents, le Brexit. Les gens n’avaient pas ressenti cela depuis longtemps, l’Angleterre étant sur un mode exponentiel de succès, de réussite. Ils sont un peu ébranlés par tout cela. Il y a une énergie dans Blitz qui est forte. C’est une chanson de résistance via une espèce de chant militaire. Un hymne collectif dansant pour résister au danger, à la peur.

Une façon aussi de résister à la morosité ambiante ?

Étienne Daho Je trouve qu’on en sort. Il y a deux ou trois ans, on était au fond de quelque chose de sombre, de blocages collectifs. La nuit dans une ville est toujours très instructive. Là, il se passe plein de choses, les gens sortent. Le climat a changé. Il y a plus légèreté.

Qu’aimez-vous de Londres, une ville que vous connaissez bien ?

Étienne Daho J’y ai vécu à plusieurs reprises. La période la plus longue, ça a été cinq ans, dans les années 1990, au moment de l’album Éden. J’y suis resté deux ans pour les Chansons de l’innocence retrouvée et deux ans pour Blitz. Londres, c’est un fantasme adolescent qui se prolonge indéfiniment. C’est à deux heures de Paris. C’est la cinquième ville française ! (Rires.)

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La photo de la pochette de l’album est très belle, dans des ambiances un peu cuir, Marlon Brando…

Étienne Daho Le pouvoir du cuir ! (Rires.) C’est une image un peu 1970, un mélange de plein de trucs, Lou Reed avec son deuxième album, Transformer, l’Équipée sauvage avec Brando. Toutes mes pochettes sont une histoire, même si elles illustrent plus ou moins ce qu’on entend. Si on suit la logique de cette image, il y a un côté presque militaire qui pourrait faire écho à BIitz. Mais ça pourrait être aussi Portier de nuit.

Il y a des ambiances musicales très différentes dans les arrangements aux contours psychédéliques. Ce qui donne au final un Daho complètement réinventé. Une manière de sortir de vos marques ?

Étienne Daho À vrai dire, ce sont mes véritables marques. Le premier album que j’ai acheté c’est The Piper at the Gates of Dawn de Pink Floyd. C’est le disque le plus psychédélique qu’on puisse imaginer. L’écriture de Syd Barrett et le son du Floyd ont été déterminants, avec le Velvet Underground, quand j’étais adolescent. Ce sont des albums tellement puissants que l’idée était d’en sortir et de trouver sa propre musique. C’est pour cette raison que je me suis tenu à l’écart pendant très longtemps. Depuis quelques années, il y a toute cette nouvelle vague psychédélique à Los Angeles, San Francisco, avec des groupes comme The Holy Wave, Froth. J’en avais envie, comme une manière de me glisser dans quelque chose de très familier.

On remarque la présence de Calypso Valois dans certains chœurs, la fille d’Elli et Jacno, qui étaient là à vos débuts…

Étienne Daho De grands amis. Ils sont essentiels, les premières personnes à qui j’ai dit que je faisais de la musique. Ils ont accompagné mon premier album. Jacno a réalisé mon disque, Elli a fait la pochette. Elle a été la muse de l’album, même s’il y avait les musiciens de Marquis de Sade qui jouaient pour m’accompagner. Ils ont été là, vraiment. Et Calypso, je la connais depuis qu’elle est bébé. Il y a un lien familial. Mais, si elle est dans Blitz, ce n’est pas pour des raisons d’amitié. C’est parce qu’artistiquement je trouve qu’elle est bien, singulière.

Que pensez-vous de l’époque qui est très tournée vers la consommation et assez peu vers la créativité ?

Étienne Daho Vous trouvez ? On est dans un moment où ça revient. Les périodes de frustrations dont on sort permettent justement aux artistes de pouvoir émerger et de s’ouvrir. C’est peut-être encore dans l’underground, mais il y a tout un pan de la société où ça bouge. Au sommet de l’iceberg, c’est de la consommation. Il y a toujours eu une musique « pop-ulaire », et pas trop « pop » d’ailleurs, qui envahit les médias. Il faut plaire à la masse. En même temps, il y a un regain de créativité émergente et une énergie qui est très puissante.

On parle souvent de vous comme d’un dandy souverain de l’élégance française. Ça vous va comme définition ?

Étienne DAHO On a tendance à mélanger dandysme et élégance. Ce sont deux choses différentes. Le dandysme, c’est Beau Brummell, ça se termine par la mort. C’est très violent. Ce sont des choix radicaux d’aller vers des extrêmes. J’ai une petite tendance vers ça.

Que raconte la magnifique ballade les Flocons de l’été  ?

Étienne Daho C’est l’oxymore entre le chaud et le froid. Le clip se passe dans une boule à neige. Il y a un côté un peu floconneux. Cette chanson est à double lecture. Elle a un côté confortable et elle évoque quelque chose de très inconfortable. Un moment compliqué de mon parcours à la suite d’un problème de santé grave que j’ai eu il y a trois ans. Elle évoque ça, et en même temps c’est embêtant de lui coller cette énergie-là pour les gens qui l’écoutent parce qu’ils vont la ressentir d’une manière beaucoup plus sombre. Une chanson, c’est la liberté de pouvoir la prendre comme on la ressent.

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À la Philharmonie en décembre, il va y avoir une belle expo de photographies « Daho l’aime pop ! ». À quand remonte votre passion pour la photo ?

Étienne Daho Je suis passionné par l’image. Je photographie la ville, mais ce qui m’intéresse le plus, c’est le portrait. Le plus beau des paysages. J’ai pris quelques photos de la nouvelle scène pop française depuis 2014. C’était l’occasion de photographier des artistes, des musiciens. Il y a un lien, un regard, une espèce de cohérence. Mais je n’avais assez d’images pour en faire une exposition où il y a beaucoup de photographes, Avedon, Jean-Marie Périer, Richard Dumas, Pierre Réné-Worms, Antoine Giacomoni… Les gens de la Philharmonie qui m’ont proposé ce projet m’ont demandé de raconter mon parcours de la pop française, tous les artistes qui m’ont plu. C’est un choix subjectif d’artistes qui m’ont touché sur lesquels je veux mettre de la lumière, sur ceux qui ont croisé mon chemin. Je suis le narrateur et le guide de la pop française des années 1950 à aujourd’hui.

Album Blitz chez Virgin Mercury. Expo « Daho l’aime pop ! » à la Philharmonie du 5 décembre au 29 avril. Lire la biographie Une histoire d’Étienne Daho de Christophe Conte chez Flammarion et Avant la vague – Daho 78-81 de Pierre René-Worms, Sylvie Coma aux éditions RVB Books.
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David Bowie. Le rock pop art


Bowie1.jpgLa mort de David Bowie par Victor Hache. Légende du rock britannique et artiste aux mille visages, David Bowie est mort des suites d’un cancer deux jours après la sortie de son dernier album, Blackstar. Il laisse une œuvre avant-gardiste qui a marqué l’histoire en mariant musiques expérimentales et populaires. 
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Cela faisait plusieurs années qu’il se battait contre la maladie, et les rumeurs les plus alarmantes couraient sur lui. Mais à chaque sortie d’album, comme en 2013 avec The Next Day, on espérait que tout cela n’était pas vrai. David Bowie avait réussi à faire croire qu’il était immortel. Mais depuis lundi 11 janvier au matin et l’annonce de son décès, c’est toute la planète musicale qui est plongée dans le deuil, sous le choc de l’immense perte de celui qui restera comme l’un des plus créatifs musiciens du siècle : « David Bowie est mort paisiblement aujourd’hui entouré de sa famille à l’issue d’un courageux combat de dix-huit mois contre le cancer », pouvait-on lire sur les comptes Twitter et Facebook de la pop star anglaise décédée dimanche à soixante-neuf ans, quelques jours après la sortie de son 25e album, Blackstar. Un disque aux atmosphères étranges de pop-rock teinté de free jazz, où Bowie explore des esthétiques souvent sombres au travers d’une voix presque fantomatique interprétant « je suis une étoile noire » comme s’il se savait arrivé au bout du chemin. Artiste aussi génial qu’hors norme, il n’a eu de cesse durant près de cinquante ans de chercher des sonorités nouvelles, qui étaient pour lui une façon de toujours se renouveler. Sa musique n’était en fait qu’un prétexte à une démarche plus globale qui alliait le théâtre, la mode et le pop art à la Andy Warhol. Une théâtralité dans laquelle réside la clé d’un artiste protéiforme qui fut tout à la fois chanteur, comédien, metteur en scène et créateur de costumes de scène. Un homme élégant, aux mille visages, qui influença aussi bien les artistes punk-rock comme Lou Reed ou Iggy Pop, avec qui il collabora durant sa période berlinoise avec notamment le titre China Girl, que le public qu’il a su amener vers les tendances musicales les plus avant-gardistes.

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David Robert Jones était né le 8 janvier 1947 dans une famille modeste de Brixton à Londres, quartier populaire du sud de la capitale britannique. C’est son frère aîné qui lui fait découvrir le jazz et la littérature avec des auteurs comme Allen Ginsberg ou Jack Kerouac.

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Il quitte l’école très tôt et commence une carrière semi-professionnelle à l’âge de seize ans, où il joue du saxophone dans des clubs de Soho. Une époque prolifique où celui qui n’est encore qu’un mod londonien forme le groupe Kings Bees avec lequel il sort son premier 45tours, qui n’aura aucun succès. Mais il parvient à se faire remarquer. En 1965, il prend alors le nom de David Bowie, https://www.facebook.com/davidbowie, en référence au capitaine Jim Bowie dans le film Alamo et au couteau Bowie-Knife, utilisé pendant la guerre de Sécession.

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L’importance de l’apparence

Après une série de singles plutôt décevants, il traîne sa solitude, continue de composer à la guitare et s’exerce à un style plus personnel, tout en hésitant encore entre la musique, les techniques théâtrales qui allaient fonder son œuvre et le cinéma. Il sera acteur dans le court-métrage Image de Michael Armstrong, avant de mener plus tard une carrière au cinéma, jouant dans de nombreux films comme l’Homme qui venait d’ailleurs, Furyo, les Prédateurs, la Dernière Tentation du Christ, ou encore Basquiat. Il travaillera aussi pendant trois ans dans la troupe du mime Lindsay Kemp, où il découvre le théâtre d’Antonin Artaud et les livres de Jean Genet, qui auront une grande influence sur son œuvre.

Puisant dans le cabaret et le rock, il comprit très vite l’importance de l’apparence et du look. Au début des années 1970, il fut l’une des plus grandes stars britanniques. Une icône glam la plus adulée et la plus critiquée par les médias, la plus ridiculisée aussi. Bowie s’amusait à provoquer la conservatrice société anglaise, devenant l’une des figures les plus singulières du rock. Il va connaître le succès en 1969 avec la sortie de Space Oddity, titre inspiré par la conquête spatiale, faisant écho aux premiers pas sur la lune de Neil Armstrong et au film 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick en 1968. Véritable caméléon, adepte des tenues les plus extravagantes, il s’invente des personnages qui vont fasciner des armées de fans et plusieurs générations d’amoureux d’un rock audacieux qui savait emmener les gens très loin. À l’image de son alter ego, Ziggy Stardust, qui va subjuguer l’Angleterre dès 1972 lors du show télévisé Top of the Pops, où il interprète Starman en cheveux orange et platform boots en vinyle. Il y aura le Major Tom, Aladdin Sane, Halloween Jack… autant de personnages qui lui permettent de créer un formidable kaléidoscope dédié aux expériences musicales les plus inventives. Passant d’un univers à l’autre, il est cet artiste novateur qui ne vit qu’à travers les métamorphoses et masques qu’il se plaît à imaginer. Il est l’homme mystère : « Je veux faire de moi-même un véhicule pour mes chansons, disait-il. (1)

Un être futuriste

D’où vient cet être futuriste ? S’agit-il d’un extraterrestre, d’un homme, d’une femme ? Il joue de son androgynie et casse les codes, persuadé qu’un artiste ne doit en aucun cas s’enfermer dans un style. Quitte à faire le grand écart entre musiques expérimentales et registre populaire, à l’instar des titres qui lui permettent de faire une percée aux États-Unis, Fame, l’album Young Americans ou encore Let’s Dance, qui, en 1983, fera danser la planète entière. Après sa période américaine, fuyant les démons de la drogue et de la dépression, il s’installe à Berlin, où il va produire, de 1976 à 1979, avec Brian Eno, la trilogie Low, Heroes et Lodger. Autant d’expériences qui ont fait de lui un précurseur de la cold wave, comme de l’électro et donné naissance à une pop éminemment moderne.

Bowie, c’est 140 millions d’albums vendus. Un artiste qui s’était adapté au Web, autorisant le téléchargement de l’intégralité de son album Hours en 1999. Il avait également fait sensation à Wall Street en 1997 en lançant des titres obligataires gagés sur sa musique, les « Bowies Bonds », qui avaient permis au chanteur d’empocher immédiatement 55 millions de dollars. Un mélange rock et finance, auquel on préférera l’avant-gardisme d’une musique qui a marqué l’histoire et qu’on n’a pas fini de redécouvrir.

Hommages

Iggy Pop, chanteur punk-rock qui a collaboré avec David Bowie : « L’amitié de David était la lumière de ma vie. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi brillant. Il était le meilleur. »

Kanye West, rappeur : «  David Bowie était l’une de mes principales sources d’inspiration, tellement courageux, tellement créatif, il nous a donné de la magie pour toute une vie. »

Pharrell Williams, chanteur : « David Bowie était un véritable innovateur, un véritable créatif. Puisse-t-il reposer en paix. »

Russell Crowe, acteur : « J’aimais ta musique. Je t’aimais. L’un des plus grands artistes de scène à avoir jamais vécu. »

Brian Eno, musicien qui a collaboré avec David Bowie : « Les mots me manquent, repose en paix David Bowie. »

Johnny Hallyday, chanteur : « Tristesse David Bowie nous a quittés. Au revoir l’ami. »

Catherine Ringer, chanteuse : « C’était un exemple d’inventivité, de fantaisie et en même temps de rigueur esthétique. »

Madonna, chanteuse : 
« Je suis effondrée ». « Talentueux. Unique. Génie. L’homme qui venait d’ailleurs. Ton esprit vit pour toujours. »

Boris Johnson, maire de Londres : « Terrible nouvelle que la mort de David Bowie, né à Brixton. Personne de notre époque ne mérite autant que lui d’être appelé un génie. »

En référence à Heroes, chanson phare de la guerre froide, le ministère allemand des Affaires étrangères a tweeté : « Au revoir David Bowie. Tu es maintenant parmi les #Heroes. Merci d’avoir aidé à faire tomber 
le Mur » (de Berlin).

Paul Smith, styliste « Il était une star depuis des décennies, son talent était évident, très impressionnant. »

*Philippe Manoeuvre, critique rock: « David  Bowie a fait son laboratoire en public »:
(1) Le Rock de A à Z chez Albin Michel
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David Bowie. Dans le kaléidoscope d’un visionnaire rock et chic


Bowie2David Bowie is – Après Londres, Berlin, Chicago, Sao Paulo et Toronto, « David Bowie is » fait étape à Paris à la Philharmonie jusque fin mai. Une magnifique exposition conçue par le Victoria & Albert Museum qui retrace le parcours fascinant de l’avant-gardiste artiste anglais aux multiples visageshttps://doublenote.wordpress.com/

David Bowie est un mutant. Un artiste aux multiples visages qui n’a cessé de se transformer pour se réinventer. L’exposition « David Bowie is » montre ainsi toutes les facettes du chanteur qui, adolescent, passe ses journées dans le quartier branché de Soho à Londres. David Robert Jones, son vrai nom, tente de percer le milieu musical avec son premier groupe The Kon-rads, affichant un look sage d’étudiant anglais des années 1960, costume étroit et cravate. Conçue par le Victoria & Albert museum à Londres, l’exposition retrace le parcours du chanteur né le 8 janvier 1947 à Brixton, quartier sud-londonien. Une période d’insouciance marquée par l’explosion musicale des Beatles et des Rolling Stones. Des rêves plein la tête, il quitte l’école à l’âge de seize ans, décide de se lancer dans la musique et enregistre un premier single Liza Jane aux sonorités rock sixties sous le pseudonyme de Davie Jones and The King Bees. Entre 1963 et 1969, il cherche, écrit, compose, enregistre sans parvenir à se faire un nom.

Ce sont les images du premier voyage sur la Lune de la mission Apollo 11 et de la Terre vue du ciel, qui vont faire décoller sa carrière. Il écrit alorsSpace Oddity, morceau qui fait écho au film 2001, l’Odysée de l’espace de Stanley Kubrick en 1968. Accompagnant les images de l’alunissage qui tournent en boucle sur la BBC quelques mois après le début de la mission Apollo, le titre aux résonances spatiales va connaître un immense succès.

Il est à l’origine d’un monde qui fait fi de tout sectarisme culturel

Inspiré par la conquête de l’espace, Bowie devient cet artiste hors normes vêtu de costumes étranges. https://www.facebook.com/davidbowie . Il s’invente des personnages qui lui permettent de s’échapper du réel et de repousser les frontières de la mode masculine. S’agit-il d’un extraterrestre, d’un homme, d’une femme ? Son alter ego Ziggy Stardust est né et fascine l’Angleterre en 1972 quand, dans l’émission Top of the Pops, il chante Starman, cheveux rouges et platform boots en vinyle.

Il aime la musique et toutes les formes d’art, s’intéresse à la littérature, à la peinture, au théâtre, au cinéma. Son imagination ne connaît aucune limite et il s’entoure de collaborateurs d’avant-garde (chorégraphes, designers, stylistes, photographes, scénographes, décorateurs…) avec lesquels il travaille pour exprimer son processus créatif. Le Major Tom, Aladdin Sane, Halloween Jack… chaque personnage qu’il crée est une façon pour lui d’explorer le kaléidoscope de son univers qu’il ouvre à toutes les expériences. Il s’invente des masques et donne ses lettres de noblesse au glam-rock. Silhouette élégante, David Bowie, qui affirma dès les seventies sa bisexualité au magazine Melody Maker, n’impose aucun mode de vie mais fait bouger les mentalités quand il invite les gens à vivre comme ils l’entendent.

Ce qui frappe chez lui c’est la modernité et le goût du futur inspirés aussi bien par le film Orange mécanique que par le théâtre Kabuki, faisant appel au créateur de mode japonais Kansai Yamamoto pour le futuriste costume de scène d’Aladdin Sane en 1973. Il est à l’origine d’un monde qui fait fi de tout sectarisme culturel et réalise le grand écart entre la mode asiatique, le théâtre inspiré par le mime et danseur Lindsay Kemp, les chansons de Brel dont il reprend Ma mort et Amsterdam en 1971, la pop-rock britannique, la soul ou l’expressionnisme du cabaret allemand né de sa période « Black and White » à Berlin.

Qu’il utilise la technique du cut-up de William S.Burroughs pour l’écriture de ses chansons ou s’en remette au hasard par le biais d’un générateur aléatoire de mots, il est cet artiste visionnaire porteur d’une bouillonnante contre-culture dans laquelle s’est reconnue toute une génération jusqu’à son dernier album The Next Day en 2013. À travers les 300 objets présentés (vêtements, clips, pochettes d’albums, photos…) on a vraiment l’impression de voyager à l’intérieur de l’esprit de Bowie. L’expo se clôt en apothéose dans un vaste espace sur les murs duquel sont projetées des images de ses concerts. Un itinéraire qui se prolonge dans David Bowie is le film, visite de l’exposition qui sera diffusé au cinéma le 12 mars et le 1er juin. À voir également Wiebo, concert performance (du 3 au 8 mars à la Philharmonie 2) imaginé par Philippe Decouflé et composé de reprises de chansons de Bowie interprétées par Sophie Hunger, Jehnny Beth et Jeanne Added avec artistes de cirque et danseurs.

« David Bowie is » jusqu’au 31 mai 
à la Philharmonie, 221, avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris. Tél. : 01 44 84 44 84. 
Site Internet : http://philharmoniedeparis.fr/fr

Charlie Winston, retour à une pop électro plus british


winston1Charlie Winston – Le chanteur anglais, qui entretient une relation privilégiée avec la France depuis son premier album à succès Like a Hobo, sort Curio City. 
Un album pop-rock aux contours personnels et aux ambiances urbaines inspirées de la poésie de la ville, enregistré à Londres. https://doublenote.wordpress.com/
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On avait un peu perdu sa trace depuis sa dernière tournée et le succès de l’album Running Still en 2011. Charlie Winston avait besoin de souffler et de renouer avec l’Angleterre, le pays qui l’a vu grandir. Après s’être installé en France au début de sa carrière en 2008, il a emménagé à Londres où il vit maintenant depuis deux ans. C’est ici, dans son home studio, qu’il a composé son nouvel album Curio City. Un disque dont le titre fait écho à son besoin d’urbanité : « J’aime la nature, mais aussi la ville, confie le chanteur de passage à Paris. Au moment de la composition de mes nouvelles chansons, j’ai pensé à des films comme Drive ou Blade Runner. Ça a été une source d’inspiration. J’aime l’atmosphère des films qui font décoller l’imaginaire grâce à une grande intensité. C’est ce que je voulais retrouver dans mon disque. »

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Un album plus apaisé

La ville dans ce qu’elle a de poétique a servi de décor à un registre plus personnel que ses précédentes productions. Charlie Winston  https://www.facebook.com/charliewinstonofficial avoue qu’il souhaitait se défaire de son personnage de dandy hobo qui lui colle à la peau depuis ses débuts, afin d’être en phase avec l’homme qu’il est aujourd’hui. À trente-six ans, il livre un album sinon mélancolique du moins plus apaisé : « C’était important d’essayer de me libérer de moi-même. Créer un personnage, c’est aussi s’enfermer dans une cage. »

Résultat, un registre introspectif, reflet d’un état d’esprit plus serein : « Il y a toujours eu plusieurs niveaux dans ma musique, souligne-t-il. Avant, je m’observais d’une manière disons extérieure. Là, je regarde les paysages intérieurs qui m’habitent. En emménageant à Londres, ça m’a permis de faire cette incursion afin de voir ce que cette nouvelle vie allait provoquer en moi. » Curio City n’est pas aussi dansant que les premiers succès du chanteur, Like a Hobo ou Hello Alone, qui ont fait de lui un gros vendeur de disques : « Je rêvais de quelque chose de plus vulnérable et de plus britannique, dit-il. En Angleterre, j’écoute toutes sortes de musique. J’arrive à un moment de ma vie où j’ai besoin d’explorer de nouveau la culture musicale de mon pays. » Un son nouveau et familier à la fois, qui lui ouvre des perspectives nouvelles, en France mais aussi dans plusieurs pays d’Europe du nord sensibles à son univers. Telle l’Allemagne où le public plébiscite le chanteur, bien plus qu’en Grande-Bretagne où il aimerait être reconnu : « Il faut beaucoup de temps pour écrire mes paroles. C’est parfois frustrant de voir que les gens dans mon pays ne profitent pas de l’opportunité pour découvrir mon univers. Mais je veux surtout m’ouvrir des portes pour moi-même et me créer des opportunités dans le monde et pas seulement en Angleterre. » Être honnête avec lui-même, telle a été la principale motivation de Charlie qui n’a pas hésité à se remettre en question : « La vie est plus excitante quand on prend des risques. C’est une question de liberté et de choix de vie. La période n’est pas propice à la prise de risques. On le voit avec les artistes qui souvent craignent de perdre ce qu’ils ont créé. Mais que serait l’existence si on devait toujours jouer la carte de la sécurité ? »

Un artiste généreux

La voix quant à elle est caressante, accompagnée d’un groove pop-rock où se conjuguent balades sentimentales (Truth) et morceaux up-tempo. À l’image de Wilderness, chanson fédératrice qui renvoie au thème des technologies qui nous environnent : « Cela m’est venu après avoir lu le livre The Singularity is Near de Ray Kurtweil (directeur de l’ingénierie chez Google). La croissance exponentielle des technologies et de leurs conséquences, toutes ces inventions qui influencent nos modes de vie, c’est fascinant. » Il y a aussi l’addictive Lately qui pousse Charlie à s’interroger sur le sens de nos existences : « Qui contrôle la vie des gens ? Où est la normalité ? » sourit-il. S’il s’est assagi, il reste cet artiste généreux, qui sur scène met tout le monde d’accord. Le public féminin surtout, majoritairement présent à ses concerts, comme on l’a vu récemment à la Gaîté lyrique à Paris pour le lancement de sa tournée. Un concert aux ambiances électro où il a interprété ses nouvelles compositions, dont A Light en duo avec le jeune chanteur Malo, ainsi que ses tubes, In Your Hands et bien sûr Like a Hobo, numéro un à l’applaudimètre.

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