Last Train, un rock au train d’enfer


LastTrain1Par Victor  Hache. Last Train va donner un concert événement ce samedi 19 décembre à Mulhouse sa ville d’origine, à l’occasion de la centième date de sa tournée. En pleine ascension, le groupe brûle tout sur scène grâce à un registre fiévreux avant la sortie très attendue d’un premier album en 2016.

Ils viennent d’Alsace et seront samedi 19 décembre à Mulhouse dans leur fief pour la centième date de leur tournée. Un concert très attendu où Last Train https://www.facebook.com/lasttrainofficial  et ses quatre musiciens Jean-Noël (chant, guitare), Julien (guitare), Tim (basse) et Antoine (batterie) vont retrouver le public qui les a vus si souvent jouer ici, avant d’être connus.
Depuis le début de sa tournée en avril 2015 marquée par le prix découverte des Inouïs au Printemps de Bourges, le groupe bouscule le paysage par un rock très racé à la fois élégant et fiévreux. Un registre magnétique et bourré d’énergie, qui a mis tout le monde d’accord à Rock en Seine en août, puis au festival Mama à Paris où de mémoire de festivalier, on n’avait pas pris une aussi grosse claque musicale. Et ce n’est pas fini puisque le groupe s’apprête à partir pour une tournée à l’étranger en février qui passera par l’Angleterre, avant un concert à la Maroquinerie le 10 mars suivi d’une série de festivals en France cet été.

 

Un parcours sans faute qui n’empêche pas les membres de Last train de garder la tête froide : «On vit un rêve, confie Jean-Noël le chanteur, mais toute ces scènes, on les considère comme des étapes». La force du groupe repose sur un véritable esprit de famille. Une entité qui témoigne de l’amitié de quatre musiciens de 20-21 ans, qui se sont rencontrés sur les bancs de l’école vers l’âge de 11 ans. Il y eut les années collège, le lycée et cette envie folle un jour de faire de la musique ensemble. Un projet qui ne les a plus quitté jusqu’à la création de Last Train : «humainement, on a trouvé un équilibre ensemble, dit Tim. On est quatre dans la vie de tous les jours et de la musique, on se complète !». Des engueulades ? «Il y en a, comme dans toute famille, mais ça ne dure jamais longtemps. Ça fini toujours par un compromis». Sur scène, leur complicité est visible : «On a appris à jouer ensemble souligne Jean-Noël, et aujourd’hui on ne vit plus que pour la musique qui est toute notre vie». Originaires de villages des environs de Mulhouse, ne baignant pas dans le milieu de la musique, jamais ils n’auraient pu imaginer fonder un groupe qui partirait en tournée. Le talent et le travail ont fait la différence et permis à Last train de se faire remarquer et surtout de se construire un public qui ne jure que par le rock : «Aujourd’hui, pour trouver des groupes de rock, il faut aller dans les clubs «indé» de 200 places en France, là où ça déchire bien la tête et c’est encore rock n’roll !» assurent-ils. Comme quoi le rock n’est pas mort ! En témoignent les riffs de guitare de Last Train qui a créé son propre label «Cold Fame Records» et son agence de tour pour exister. Une démarche d’indépendance indispensable aux yeux de Julien: «Personne n’était là au début pour nous aider. C’est pour cela qu’on s’est lancés dans cette aventure qui nous a permis de booker seuls notre tournée européenne, d’essayer de produire d’autres groupes et d’envisager notre album».

Pour l’instant, ils ont sortis deux EP «Cold Fever» et «The Holy Family» et on attend maintenant un premier disque qui devrait sortir courant 2016: «On n’est pas pressés dit Jean-Noël. Trop de groupes font l’erreur de sortir des albums alors qu’ils n’ont pas de public. Nous, on a voulu l’inverse en allant d’abord à la rencontre des gens avant d’enregistrer». A suivre.

  • Concert le 19 décembre à Mulhouse au Noumatrouff. Renseignements : 0389329410

 

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Rover dans la lumière


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Par Victor Hache. Le chanteur revient avec l’excellent Let it Glow,dont l’univers glam-rock invite au lâcher-prise.

Et si on changeait d’air pour respirer un peu ? Révélé en 2012 avec un premier album éponyme aux ambiances pop-rock à la Bowie-Lennon, Timothée Régnier alias Rover, revient avec Let it Glow (label cinq 7). Un disque qui brille, où il invite à laisser entrer la lumière d’une voix aérienne ou rocailleuse, sur fond de riffs de guitares rock et de synthés des années 1970. C’est en Bretagne qu’il a enregistré son nouvel opus, dans un lieu atypique, un ancien internat transformé en studio rempli d’instruments analogiques : « Ils sont capricieux mais ouvrent des portes et des univers sonores uniques, confie Rover. Le fait d’être autodidacte, d’aborder les instruments de façon presque naïve, cela permet de garder une espèce de fraîcheur et de maladresse. »

Rover est depuis ses débuts à la recherche d’un lâcher-prise qui passe aujourd’hui par un son plus brut et une écriture directe traduisant un désir de « moins intellectualiser (sa) musique et de faire confiance dans (ses) chansons et dans ce qu’on est ». L’expérience de Let it Glow et ses rêveries glam-rock lui ont permis de redécouvrir sa musique à la faveur de tous ces filtrages vintage : « Ce que je reproche aux techniques numériques, c’est que ça favorise une musique d’informaticiens plus que de musiciens. Ça fait appel à une technique de programmes et ça va plus vite que le temps de réflexion que demande l’art en général. Un musicien a besoin de cette respiration avant d’enregistrer. Il ne faut pas aller plus vite que la musique. C’est une vraie expression avec une chaleur et une âme. »

En cela, Rover n’est pas un artiste de son époque. Il aime sortir du cadre pour mieux se mettre en danger. Cela donne des concerts fascinants comme au Printemps de Bourges en 2013, où il était au piano au côté d’un trio à cordes dirigé par le violoncelliste Gaspar Claus ou au théâtre de l’Athénée en 2014 en formule solo, s’accompagnant d’une guitare électrique et d’un piano. Une démarche très créative qui fait l’essence de Let it Glow où les effets démonstratifs et la réverb’ du premier disque ont disparu, de manière à conserver la vérité des sentiments et le grain qui fait l’émotion. Rover revendique un certain romantisme qui « est un mélange de nostalgie, d’espoir et de rock’n’roll ». Un univers qui fait écho aujourd’hui à l’angoisse de du quotidien et à la peur de l’avenir : « L’actualité dont on nous bombarde tous les matins gangrène et gèle les gens. Inconsciemment, j’ai le fantasme que ma musique puisse un peu rassurer. » On le suit volontiers

Album Let It Glow chez Cinq7 Wagram,  Concert à l’Olympia, le 24 mars.

https://www.facebook.com/musicrover/

Claire Diterzi au Théâtre des Bouffes du Nord


Diterzi1Claire Diterzi revient avec 69 battements par minute, au Théâtre des Bouffes du Nordhttp://www.bouffesdunord.com/

Un spectacle et un album où elle avance au rythme de son imagination, entre tension artérielle, vidéo et tempo venant du cœur. Être une chanteuse « normale » avec disque, promo, tournée, ce n’est pas son truc. « Moi, mon métier, c’est concert ! » lance celle qui se préfère artiste contemporaine.

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Un tour de chant théâtral où elle se raconte à la lecture d’un journal de création, faisant part de sa passion pour les textes de l’Argentin Rodrigo Garcia. Elle joue de la guitare électrique entourée de trois musiciens et sa voix est aérienne ou nasillarde. C’est rock, fêlé, crispant et fascinant. L’esprit Diterzi est là, ouvert à toutes les expériences.

 https://www.facebook.com/Claire.Diterzi.Officiel

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jusqu’au 14 février 69 battements par minute au Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis Boulevard de la Chapelle Paris 10è  01 46 07 34 50

Slow Joe, crooner de rue indien à la vie rock’n’roll très destroy


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Le groupe The Ginger Accident a imaginé un paysage sonore étonnant, avec quelques « crooneries » portées par la voix cabossée de Slow Joe

Slow Joe – Trois ans après »Sunny Side Up », le chanteur vagabond originaire de Goa revient avec « Lost For Love ». Un album aux originales ambiances 
rock-indies, composé avec la complicité de l’inventif groupe lyonnais The Ginger Accident emmené par le guitariste Cédric de la Chapelle.

Àquoi tient l’amitié ? Au hasard sans doute, à quelques atomes crochus sûrement. Le reste appartient au mystère de la vie. On fait route ensemble parce que l’on regarde dans la même direction. Dans le cas du chanteur indien Slow Joe et du guitariste Cédric de la Chapelle, c’est l’histoire d’une rencontre. C’était à Goa, en Inde, en 2007, où le musicien lyonnais décide de faire un voyage pour y trouver l’inspiration. C’est là qu’il fait la connaissance de Slow Joe, alors âgé de soixante-quatre ans, qui vit de petits boulots et de quelques roupies. La musique va les réunir quand Slow Joe, séduit par le jeu de guitare inventif de Cédric, se met à chanter à ses côtés. Cédric découvre alors la voix incroyable de Joe, marquée par l’empreinte d’une existence difficile souvent passée à vivre dans la rue.

une vie de poète vagabond,
de Delhi à l’île de Chorao

On sait peu de chose sur cet ancien toxicomane, Joseph Manuel Da Rocha, de son vrai nom, sinon qu’il est né en mars 1943 à Bombay. Il a longtemps mené une vie 
de poète vagabond, allant où ses pas 
le guidaient, de Delhi à l’île de Chorao, sur la côte de Goa.

S’il a survécu à tout, à la drogue comme à l’alcool, c’est sûrement grâce à sa façon particulière de s’en remettre à sa bonne étoile, avec cette volonté de rester libre, toujours en marge de la société. « Une philosophie qui résume tout ce qu’est Joe, confie Cédric de la Chapelle, cette liberté 
qu’il questionne de manière viscérale. » Les choses auraient pu en rester là s’ils n’avaient choisi de poursuivre l’expérience en se lançant dans une aventure musicale commune. Joe prend un billet d’avion pour la France et s’installe à Lyon où vit Cédric, lequel compose un répertoire sur mesure pour Joe avec la complicité d’Alexis Morel Journel (basse), Josselin Varengo (batterie) et Denis Troufleau (claviers), musiciens du groupe The Ginger Accident, créé pour l’occasion, dont le crooner de rue de Goa deviendra le leader.

La suite, ce sera un concert remarqué aux Transmusicales en 2009 et surtout un excellent premier album, Sunny Side Up, aux sonorités inclassables, mêlant rockabilly, R’n’B et pop-rock psyché. Un registre décalé aux accents Bollywood destroy qui amènera Slow Joe et The Ginger Accident à se produire sur de nombreuses scènes. Un peu partout en France, mais aussi à l’étranger. Ils reviennent avec le disque Lost For Love, dont les contours autobiographiques font écho au parcours marginal et solitaire du chanteur indien. En témoigne le titre No Caramel Custards qui, pour Joe, est une manière de dire que la vie ne fait pas de cadeau : « Elle n’offre jamais de 
dessert ni de crème caramel », sourit-il.

Pour Cédric, le titre générique de l’album renvoie à l’idée de quête et de perte : « C’est comme un combattant qui se bat pour l’amour et se perd par amour. C’est un peu un truc de junkie, que rechercher un plaisir immédiat à travers la drogue, on s’y perd fatalement. » Slow Joe, qui signe la plupart des textes, ne livre pas un album sombre pour autant. Voir le lumineux morceau d’ouverture You don’t have to tell me, où il rappelle qu’il ne faut jamais se laisser dicter ses choix, chantant : « Faut pas venir me dire ce que j’ai à faire. » « Ce n’est pas juste moi qui pense ça, précise-t-il. Je voulais écrire sur l’idée d’oppression, d’autorité et à partir de quel moment quelqu’un décide de ce qu’on doit faire ou non. » Un état d’esprit sans concession qu’apprécie Cédric : « Ce que j’aime chez Joe, c’est qu’il n’attend de reconnaissance de personne. Il a une vraie force de caractère. C’est quelqu’un qui s’abandonne complètement et à l’intérieur de cet abandon, il sait ce qu’il veut. »

Pour Lost For Love, les membres de The Ginger Accident ont imaginé un paysage sonore très varié. On a délaissé les références garage-punk et rockabilly façon Elvis Presley (héros de Slow Joe) du précédent opus, pour des atmosphères où se croisent morceaux bluesy, cordes indies, tonalités presque orientales. Il y a aussi quelques « crooneries » où la voix cabossée de Slow Joe fait merveille, tel Cover Me Over, reprise du premier album, ici en duo magnifique avec la chanteuse franco-israélienne Yael Naim. Un mix aussi unique qu’original où Slow Joe ne triche pas et donne tout ce qu’il a. À découvrir sur scène où son charisme naturel emmène les gens très loin. Pour 
le plus insolite des voyages.

Album Lost For Love, chez Tôt ou Tard.
 En tournée jusqu’au 20 mars.