Stromae «Formidable» au Printemps de Bourges !


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Sromae4Le chanteur belge a donné mardi 22 avril le coup d’envoi du printemps de Bourges par un concert très festif. Il a enflammé le public qui n’aurait manqué pour rien au monde sa prestation sous le chapiteau W, la plus grande salle du festival. Une première pour Stromae en tant que tête d’affiche au Printemps de Bourges.

Stromae n’a eu aucun mal à remplir le W, (6500 personnes) pour sa première venue au Printemps de Bourges. L’occasion pour le chanteur belge de transformer le chapiteau en vaste dancefloor, auquel a participé un large public, réunissant toutes les générations, des enfants aux sexagénaires. Un show très festif teinté de mélancolie, à l’image du tempérament de Stromae qui a interprété sur fond de décors et de lumières graphiques, les chansons de ses deux albums (Cheese  et Racine Carrée): La Fête,  Quand c’est ?, Tous les mêmes, Silence, Moule Frites et bien sûr Alors on  danse, Formidable ou encore Papaoutai.

Victime de son succès, Stromae est tellement populaire qu’il n’arrive plus à satisfaire toutes les demandes d’interview. Afin de ne frustrer personne, juste avant son concert au W, il a donné une conférence de presse qui pouvait s’apparenter à celle d’un homme politique. Stromae, qui s’est excusé « pour le caractère peu personnel de ce genre d’événement » s’est prêté au jeu des questions-réponses, avec humour et gentillesse. Extraits :

-Contrôle de son image : «Je ne suis pas tout seul, loin de là. En l’occurrence on parle directement d’Universal puisque c’est eux qui s’occupent de la promotion. Nous travaillons en  corrélation. On essaie d’être le plus impliqués et son se fait confiance mutuellement. Comment on contrôle son image ? Eh bien, quand ça devient trop, on essaie d’aller ailleurs. Il n’y a pas vraiment de règle. Cela débouche souvent sur des compromis».

-Les festivals: « Je ne les connaissais pas très bien avant de faire la tournée du premier album. C’est à là que j’ai commencé à connaître surtout les festivals français. Forcément, c’était un peu difficile de passer à côté du Printemps de Bourges. C’est un festival assez connu en Belgique. Sinon, moi, je n’ai jamais été très festival à la base, parce ce que je sortais beaucoup en boite de nuit ! (rires) Après, je me suis rendu que c’était tout aussi chouette que d’aller en club,  un festival. Mais ce qui me faisait surtout peur à l’époque, c’était la boue, la saleté ! (rires). Rentrer chez moi avec de la boue jusqu’au genou, c’était un truc que je pouvais  imaginer mais que je ne voulais pas vivre. Ensuite, on s’y fait parce qu’on se rend compte que des fois, il y a du soleil aussi ! (rires) ».

-Pas d’album en anglais: « Il faut garder ce patchwork de différentes langues. C’est ce qui est enrichissant. Même si l’anglais a  souvent cette image internationale, je pense que c’est très nocif de vouloir résumer la musique à une langue. Peut-être qu’un jour  je ferai un album en anglais mais s’il n’y a pas de réelle sincérité, spontanéité, si c’est juste l’ambition internationale, pour moi ce n’est pas des raisons qui me pousseraient à écrire en anglais.»

-Le Printemps de Bourges « C’est mon premier vrai Printemps de  Bourges dans le sens où je suis vraiment  dans le festival. J’étais déjà venu sur un plateau de France 4 dans le cadre du Printemps sur la scène Région Centre. C’est un comme une première. Je me sens un peu stressé avec les premiers festivals de cette tournée. C’est nouveau et comme tout ce qui est nouveau, ça fait un petit peu peur. »

-Le succès: «Je crois qu’on n’est jamais arrivé. Le jour où on croit qu’on est arrivé, c’est le début de la fin. J’espère que je garderai ça bien en tête. J’espère continuer à faire ce métier avec passion et avec autant de sincérité que j’ai essayé de le faire jusqu’ici. J’aime toujours chanter, être sur scène. Des fois, je suis un peu fatigué, c’est un nouveau danger que je découvre. Parfois la fatigue peut faire passer à  côté de plein de choses. Il faut juste un peu se réserver de temps en temps. » Le métier d’artiste: «J’ai envie de dédramatiser. Je préfère m’appeler artisan. Star, artiste… toutes ces appellations, je trouve qu’elles pètent un peu plus haut que leur derrière. Notre métier est moins utile que le boulot d’un boulanger, d’un gars de sécu, d’un fermier. Notre métier est encore moins important que celui  de n’importe qui. C’est sans aucune  fausse modestie, c’est complètement sincère. Cela m’aide à me soigner au quotidien. »

-Sa marionnette aux Guignols et sa statue au musée Grévin: «Les deux sont drôles, mais je ne sais pas si ce sont des consécrations, ça fait bizarre ».

-La scène: « J’essaie d’avoir  un œil sur tout, même si je ne fais pas tout. Il n’y a pas de scénographe. On a écrit des chansons avec une suite plus ou moins logique, des tableaux, en essayant de garder une cohérence entre les morceaux. Avec la maquette du spectacle, on a regardé les écrans, la disposition de chaque décor pour voir l’échelle pour voir si c’était raisonnable, trop ou trop  peu. A quel moment on commence à  devenir un peu trop mégalo. Ce n’est pas parce qu’il y a succès qu’il faut déployer tous les effets spéciaux. Il faut essayer de garder le juste milieu. Il y a l’aspect graphique, épuré, minimaliste. Je garde constamment à l’idée Kraftwerk. Et il y a la danse. J’ai rencontré Marion Motin, une super chorégraphe qui m’a montré que ce qu’on pouvait aimer dans la danse, c’était la sincérité. Ne pas être dans la performance et dans la frime, mais essayer d’exprimer des choses avec son corps. Des choses qui m’ont permis de me familiariser avec la danse. »

-Toutes les générations dans son public : « C’est le plus beau compliment d’avoir des gens qui sont complètement différents de ce qu’on peut imaginer. On s’imagine toujours avoir soit des gens plus jeunes, soit des gens de son âge. J’avoue que le plus beaucoup compliment c’est d’avoir quelqu’un de super âgé, qui fait deux fois son âge. C’est un honneur. »

-Son morceau préféré : «Moule frites», parce que c’est peut-être le moins premier degré. C’est un peu difficile de se prendre au sérieux. Je crois que c’est le morceau qui me représente le mieux en ce moment. »

Lire aussi::
http://www.humanite.fr/le-printemps-et-les-francofolies-font-cause-commune-pour-une-nouvelle-histoire-du-festival-521358
http://www.humanite.fr/catherine-ringer-le-tango-ca-swingue-ca-tangue-521367
http://www.humanite.fr/winston-mcanuff-et-fixi-reggae-et-rock-musette-dans-la-place-522457

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Catherine Ringer au Printemps de Bourges: « Le tango, ça swingue, ça tangue… » (Plaza Francia)


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On la savait passionnée de musiques sud-américaines depuis « Marcia Baila » au sein des Rita Mitsouko. Catherine Ringer revient avec l’album « Plaza Francia » aux côtés d’Eduardo Makaroff et Christoph Müller du Gotan Project, dans lequel elle se révèle magistrale en chanteuse de tango.

C’est une véritable fête latino-américaine qui vient d’avoir lieu au  Printemps de Bourges durant trois soirs. Une fête du tango avec dans le rôle de la diva argentine la prêtresse rock Catherine Ringer. Eduardo Makaroff et Christoph Müller, deux des membres fondateurs du Gotan Project, ont imaginé un écrin à sa mesure et ont fait appel à elle pour interpréter les chansons qu’ils ont composées tout spécialement pour l’album Plaza Francia. Ils forment un trio en totale osmose, réunis autour d’une seule cause, le tango, entre bandonéon, guitares jazzy, ambiances électro-pop et voix magistrale de la chanteuse des Rita Mitsouko, qu’on n’aurait jamais imaginée à ce point pétrie de culture sud-américaine même si son interprétation de Marcia Baila pouvait laisser envisager le meilleur. Catherine Ringer a tout ce qu’il faut, la gouaille, l’accent argentin, l’autorité et le tempérament, pour se glisser dans la peau de la chanteuse de tango. Après la mort du guitariste et compositeur Fred Chichin en 2007, son compagnon avec qui elle a créé les Rita Mitsouko, elle a poursuivi sa route en solo. La voici émouvante et troublante reine de la milonga. Une nouvelle aventure et un répertoire qui lui vont comme un gant. Elle vient de triompher à Bourges lors d’un concert magnifique au Théâtre Jacques-Cœur. Rencontre.

Comment est née l’idée de créer Plaza Francia ?

Eduardo Makaroff Plus qu’une idée, c’est l’impulsion, le désir de continuer à faire évoluer le travail sur le tango que l’on fait avec Christoph. Après avoir travaillé sur le tango électronique, nous avions envie d’aller vers le tango-chanson. On a eu la chance de rencontrer Catherine Ringer pour interpréter ces chansons.

Christoph Müller Quand on a commencé à écrire, elles étaient destinées à plusieurs interprètes. Quand est apparu le nom de Catherine, on a pensé que ce serait fantastique. Aujourd’hui, cela paraît évident, mais au début c’était juste une idée mise sur le papier. Personne ne savait que ça pourrait donner ça.

Catherine Ringer Moi non plus ! (rires). J’ai reçu un coup de téléphone d’Eduardo qui me demandait si je voulais participer au projet. Je lui ai demandé de m’envoyer les chansons, pour voir. Comme ça me plaisait beaucoup, on a fait un essai. On s’est tout de suite bien entendu. Je crois qu’ils ont été charmés par mon interprétation et l’idée est née dans leur cœur et leur âme de musiciens que ça pourrait être moi qui fasse toutes les chansons. J’ai toujours considéré la musique comme un travail d’équipe et j’étais ravie de pouvoir faire partie de cette équipe.

On vous connaît surtout pour votre expérience rock au sein des Rita Mitsouko, puis en solo.On imagine que cela n’a pas dû être facile

de vous glisser dans le rôle de chanteuse de tango ?

Catherine Ringer Je suis connue pour mon expérience rock, mais ce que l’on sait moins, c’est que je suis une chanteuse qui travaille sur des tas de choses. Quand j’ai commencé à chanter professionnellement à l’âge de dix-sept ans, je chantais de la musique contemporaine. J’ai chanté des comédies musicales, du Bertolt Brecht. Après, j’ai rencontré Fred (Chichin) à l’âge de vingt et un ans. On s’est mis à composer des chansons ensemble, ce que je ne savais pas faire. Il m’a appris. Quand on m’a proposé de chanter du tango, ça ne m’a pas paru quelque chose d’impossible. D’autant plus que la voix, quand j’interprète de vieilles chansons françaises, de Fréhel ou de Piaf, ce n’est pas très éloigné du timbre du tango. Ce qu’il fallait voir surtout, c’est comment ça sonne.

Il a aussi fallu que vous appreniez à chanter avec l’accent argentin…

Catherine Ringer J’ai appris, comme tous les interprètes lorsqu’ils travaillent une partition. Il arrive aux chanteurs d’opéra de chanter en latin, en allemand, en italien, en français sans forcément parler la langue. On peut apprendre une chanson de trois minutes avec un refrain qui se répète, trois couplets, faire la traduction de manière à bien saisir le sens de chaque mot. Ce n’est pas comme toute une pièce de théâtre. Ce sont des poésies courtes, qu’on peut apprendre par cœur pour bien s’imprégner du texte. Mon défi, c’est aussi de pouvoir faire écouter ces chansons sans 
nécessairement que les gens comprennent 
les paroles. Le tango, c’est une sensation, une impression.

Vous possédez une véritable âme de chanteuse de tango. Comment expliquez-vous que sa musicalité soit aussi présente en vous ?

Catherine Ringer Le tango est une musique universelle qui s’est baladée à travers le monde. À Paris, où il est très présent, il est arrivé au début du siècle dernier. Je suis née dans les années 1950, et j’ai assisté à l’essor du rock, du yé-yé, des musiques qu’on entendait partout mais il y a toujours eu énormément de chansons à base de tango en France. J’ai écouté Astor Piazzolla que j’aimais beaucoup, Carlos Gardel. Peut-être suis-je capable de me plonger dans d’autres univers parce que j’aime le voyage musical.

Eduardo, vous êtes argentin. Considérez-vous que Paris est une bonne place pour le tango ?

Eduardo Makaroff C’est plus que ça ! C’est la deuxième capitale historique du tango. Il est né du côté du rio de la Plata à Buenos Aires et à Montevideo mais très vite, il est devenu à la mode à Paris, puis est revenu et accepté par l’establishment argentin. Il y a bien sûr eu Carlos Gardel, Astor Piazzolla, qui a développé sa carrière ici, et beaucoup d’autres. Des paroliers, des danseurs, des réalisateurs de cinéma, comme Pino Solanas, etc. À la brasserie La Coupole, il y a eu un orchestre de tango depuis les années 1920 qui a duré quatre-vingts ans.

 Le célèbre pianiste argentin Gustavo Beytelmann, arrangeur d’une grande partie de l’album, dit que Catherine Ringer a « le caractère tango ». Vous êtes d’accord ?

Christoph Müller Elle a la gouaille. C’est ce que l’on sent aussitôt. Par rapport à ce qu’on voulait faire, c’est devenu l’idéal. Elle a une supervoix, une oreille extraordinaire. Catherine n’a pas que le tempérament du tango, elle a du tempérament tout court ! (rires). On a fait appel à elle en pensant à son passé de musicienne et de chanteuse des Rita Mitsouko que nous connaissions. Le résultat a largement dépassé ce que nous pouvions imaginer. Elle s’est révélée être une chanteuse de tango !

 Catherine, on vous sent tellement bien dans ce nouveau répertoire qu’on a l’impression que vous pourriez vivre longtemps avec en tournée…

Catherine Ringer C’est vrai que c’est une belle aventure. Je me sens bien avec cet univers. Eduardo et Christoph sont des musiciens merveilleux. Ca swingue, ça tangue ! C’est émotionnel, on peut faire des variations. Il n’y a pas de raison que l’ennui me guette. J’espère pouvoir interpréter ces chansons durant un bon moment. Surtout que ce sont des auteurs-compositeurs prolifiques. Je suis sûre d’ailleurs qu’ils vont encore amener très rapidement de nouvelles chansons ! (rires).

Entretien réalisé par Victor Hache

Album : « Plaza Francia » chez Because  Music.

Les concerts de Catherine Ringer au Printemps de  Bourges ont eu lieu les 23, 24 et 25 avril au Théâtre Jacques Cœur.

Concert aux Folies Bergère le 29 avril: 32 rue  Richer Paris 9ème et tournée partout en France jusqu’au 5 août.

 

 

Miossec, regard tourné vers l’océan


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Trois ans après «Chanson Ordinaires», le Brestois Miossec sort  Ici-bas, ici même». Magnifique album aux climats intimistes enregistré chez lui face à l’océan, comme pour mieux s’imprégner de la « poésie ultime » de la mer.

Longtemps Miossec a paru tourmenté, en proie au doute et aux rêveries dépressives. Trois ans après «Chansons Ordinaires», il revient avec «Ici-bas, ici-même», album relativement lumineux, reflet d’une vision plus optimiste sur l’existence. «La vie, elle a passé et on l’a comme pas vécue/ ou peut-être pas assez, pas comme on aurait dû » chante-il dans «On vient à peine de commencer». A cinquante ans, il tire un premier bilan de sa vie, regard tourné vers l’océan : «On ne sait pas si on est en train de réussir ou de gâcher sa vie à l’instant où nous parlons, confie-t-il. A cinquante ans, on commence à compter. Le temps imparti n’est plus infini. C’est fabuleux d’avoir cette conscience. J’ai toujours eu ce rapport au temps. Qu’est-ce qu’on en fait ?».
Le temps justement, il a passé depuis «Boire» son premier album il y a vingt ans. Jamais, il n’aurait pensé que cela durerait autant : «C’est chouette qu’on m’ait permis de survivre. Je suis étonné, heureux non. Un parcours, c’est plein d’accidents. Il y a eu des choses malheureuses dans ces vingt ans de boulot. La musique, c’est une matière dangereuse quand on essaie de se remuer un peu le ventre. C’est très violent le prix qu’on doit payer pour grimper sur l’estrade et avoir la prétention d’être chanteur. On ne sait jamais si on tient le coup où si on est une anomalie. Ce n’est pas rationnel. Pourquoi un chanteur plait alors qu’il ne sait pas bien chanter? Il  y a encore plein de trucs à faire. J’ai hâte de voir la suite, hâte de batailler».

La suite aujourd’hui s’appelle «Ici-bas, ici-même», un album dans lequel il invite à se «raccrocher à la poésie» pour mieux se sentir vibrer : «Souvent, la réalité se transforme en cauchemar. J’ai longtemps hésité à mettre le mot  «poésie»  que je le trouve lourd de conséquence. Heureusement, il y a la capacité de  chaque être humain à sécréter sa propre poésie, dès lors on ne connait plus l’ennui et surtout l’envie de posséder des choses matérielles. C’est une certaine sensibilité, une sorte d’auto-défense».

Réalisé en trio aux côtés d’Albin de la Simone et de Jean-Baptiste Brunhes, le disque a été composé à la maison, permettant au sensible de s’exprimer: «Je ne suis pas le roi du studio ! (rires). Le fait que toutes les bases ont été enregistrées chez moi a été vraiment important. J’avais envie de quelque chose de cool, d’avoir les deux pieds sur terre et de maîtriser le processus. Je me suis souvent retrouvé dans des studios loin de chez moi, et tout d’un coup ce qu’on dit a beaucoup moins de poids». Enfin, il y a son cher Finistère- nord où il vit et Brest tout près, la  ville qui l’a vu naître : «J’habite face à l’océan. La mer, c’est une poésie sans fin, la poésie ultime. Je me suis rendu compte qu’au cours de mes voyages, j’ai toujours suivi les rivages, les îles».

Vivre à un bout du monde, cela permet «un bon point de vue» sur la vie.  C’est sans doute ce qui donne ce souffle tranquille et ce sentiment de liberté qui parcourt son opus. Miossec est ici presque serein, voix chaude et caressante, évoluant entre ballades et ambiances parfois  jazzy. Soit onze chansons teintées de simplicité sur fond de guitares acoustiques, de claviers et de chœurs aériens. Un Miossec plus assagi? : «Non, ce ne serait pas drôle! (rires). Au début, il y avait une violence, j’ai fait beaucoup pour saborder. Etre là que pour plaire et séduire, c’est horrible. C’est faire sa pute. Mon but premier, c’était de faire de la musique. Je me suis mis à chanter parce que j’avais un huit pistes et que je n’osais demander à personne. C’est du boulot d’arriver à être cohérent et surtout  à savoir s’exprimer».

Album «Ici-bas, ici même» chez  Pias Le Label. Concert 22 avril à La Cigale Paris 18ème. Tel : 0142231515

 

 

 

Christophe : « Plus le son est magique, plus tu es ailleurs »


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Ex-star yéyé devenu icône rock, Christophe sort Intime. Un magnifique album piano-voix proche de l’épure où il revisite ses grands classiques. 

C’est un mythe qui nous reçoit. Alors forcément, on a des émotions de simple terrien, impressionné et honoré d’être là. Christophe est un des derniers géants de la chanson, un artiste culte, passé de l’ère yéyé aux expériences musicales les plus novatrices. Est-ce qu’on demande à une légende comment elle va ? Non. On cherche par quoi commencer, par où engager la conversation avec un artiste qui en a tellement vu au long de cinquante ans de carrière. Christophe avait dit oui à l’idée d’une rencontre, à une condition, que l’interview se déroule dans son home parisien, de nuit et tard forcément, à l’heure où les grands fauves du showbiz sont depuis longtemps endormis. Lui est une espèce à part, un chanteur du genre nocturne qui ne se sent revivre qu’à la nuit tombée : « J’aime la nuit, sa lumière, ses ombres, son mystère, sa poésie. » Lunettes fumées, santiags, veste croisée, il a toujours ce look improbable, mélange d’élégance et de branchitude. Christophe nous accueille chez lui avec la gentillesse propre aux gens qui ont un cœur gros comme ça. Une âme d’enfant aussi. Il vit entouré de juke-box des années 1950-70, dont un ayant appartenu à Coluche, offert pour ses cinquante ans. Il y a un piano demi-queue, des radios américaines en Bakélite, ses premières peintures, une collection de têtes d’Indiens en bronze, une table de mixage, des synthés, des guitares électriques.

Amateur de design et chineur de rêve

Tout un univers d’objets hétéroclites qui le rassurent et dont parfois il rêve de se défaire, histoire de respirer un air nouveau : « J’ai envie de tout vendre aux enchères à Drouot et de faire un petit concert en même temps. Je donnerai tout aux impôts en avance, comme ça je serai tranquille ! » (rires).

Amateur de design, il a toujours chiné des objets qui, pour lui, sont autant de vecteurs de rêve. « J’ai exposé plusieurs fois à Automédon, le salon auto-moto de collection. J’ai même fait les marchés quand j’étais jeune vers l’âge de treize ans. Je vendais des chaussons pour me faire 50 balles. Je les ai connus, les vrais camelots ! »

Né Daniel Bevilacqua à Juvisy-sur-Orge (Essonne), il se souvient de sa jeunesse en banlieue, de son grand-père ouvrier, de son père artisan. « Il possédait une petite entreprise de réparation de chauffage. En banlieue, ce n’était pas facile, surtout quand tu t’appelles Bevilacqua. Je me rappelle qu’on me faisait des remarques. » Christophe garde un souvenir ému de cette époque, mais c’est à Paris qu’il s’est forgé : « Ce n’est pas la banlieue qui m’a fait, c’est Paris et sa magie. » S’il lui arrive parfois de s’aventurer et de voyager hors de l’Hexagone, c’est souvent vers la lumière du Sud, celle de Tanger, où il aime séjourner : « Il y a l’une des plus belles lumières du monde à Tanger. C’est une ville dont je rêve depuis que j’ai vingt ans. J’ai beaucoup traîné en Espagne, en Andalousie, vers Tarifa, Gibraltar. Je ne pouvais pas ne pas voir Tanger. Je me sens bien là-bas et j’ai toujours été attiré par la musique marocaine, algérienne, égyptienne. »

Christophe vit, pense et respire musique, sa maîtresse, le grand amour de sa vie. La plupart de ses chansons ont été peaufinées ici, dans son appartement. Mais il est tout aussi capable de composer en déplacement : « J’ai un studio mobile. Avec la technologie, je peux créer partout, sur un bateau, dans un champ, à la montagne. Il y a un plaisir à chercher une couleur de son. En ce moment, ça bouge beaucoup du côté des technologies et des Suédois notamment, qui créent plein de machines intéressantes. Tel l’OP-1, un petit clavier que j’ai toujours avec moi. C’est le départ d’un nouveau mouvement de synthétiseurs. » Après Aimer ce que nous sommes, il revient avec Intime.

Un album entièrement arrangé et interprété au piano, un instrument auquel il s’est véritablement attelé en septembre 2013. Une approche nouvelle pour le chanteur, marquée par un parti pris de lenteur et de dépouillement sonore, qui est aussi un retour à la pureté originelle des perles de son répertoire. Aline, les Mots bleus, Comme un interdit, Paradis perdu, semblent ainsi renaître sous l’effet d’ambiances minimalistes proches de l’épure sur lesquelles plane sa voix féminine. « Je n’ai pas encore le niveau au piano pour aller là où je souhaiterais aller mais, après plusieurs concerts d’Intime Tour, je me sens plus à l’aise. Dans les années 1960, c’est le blues et la guitare qui m’ont attiré, même si je suis un très mauvais guitariste. En fait, je suis primaire en tout. Je suis ma route, c’est tout. Sinon, il n’y a pas de jouissance. »

Guidé vers un ailleurs galactique

L’aventure en solo a commencé l’an dernier en janvier au Théâtre Marigny. Un spectacle onirique comme en suspension où Christophe, entre piano et lumière tamisée, paraissait guidé vers un ailleurs galactique : « Plus le son est magique, plus tu es ailleurs, dit-il. C’est la résonance des mots qui te reviennent comme un boomerang, puis repartent et permettent les moments d’oubli. Récemment lors d’un concert en Alsace, j’ai fait une version d’Alcaline où j’étais vraiment en connexion avec Alain (Bashung). » Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Christophe a tenu à graver Alcaline sur le disque Intime, une chanson que Bashung avait écrite en pensant à lui. Tous les deux se comprenaient à demi-mot : « J’aimais le feeling d’Alain. C’était un mec habité par son mystère que lui-même avait envie de comprendre ou de ne pas comprendre. C’est quelque chose qui appartient à l’intime. »

Dans sa tête, Déjà son prochain album

Au studio Davout à Paris, où Christophe a enregistré son nouveau disque, il a revisité 70 chansons : « C’était presque comme un match de boxe. Je me suis battu contre quelque chose de fort, en restant debout pour d’autres combats. » Christophe ne vit pas dans le passé. Il est toujours sur le coup d’après. Déjà, il songe à son prochain album, à paraître en janvier 2015. Un disque de chansons originales qui occupe tout son esprit : « Je suis dans la création pure, dans l’inconnu. Je rentre dans l’histoire comme dans un film. Une chanson intro-couplet-refrain, pour moi, c’est démodé. Je suis dans un truc plus barré, plus gonflé. » Il a déjà composé 15 nouvelles chansons : « Maintenant, il faut créer la robe pour chacune d’entre elles. C’est un travail incroyable. » Pour les collaborateurs, il pense à Vincent Delerm : « J’ai découvert ce mec, on a un vrai point de rencontre. J’ai reçu un texte de lui, il est pile dans mon film. » Il avait songé un temps à Nick Cave, mais aujourd’hui il penche plus pour Trent Reznor, le leader du groupe américain de metal industriel Nine Inch Nails : « J’ai toujours été attiré par sa pensée. Aucun instrument n’a de secret pour lui. Il est exactement dans ce que j’entends par création. Pour moi, c’est le patron, comme l’était David Bowie à une époque ou Lou Reed dans sa période solo. Il serait encore là, j’aurais aimé qu’il soit dans mon album. On s’aimait bien. » Magicien du son et sorcier rock, il se projette déjà dans son prochain spectacle, pour lequel il pense à mille détails : « J’ai une idée de mon allure en tête. Depuis un mois, je chine des tissus laqués enduits pour mes vestes. » Un parcours unique et « très biseauté » : « C’est ce qui le rend original. J’ai ma différence, ma couleur. Ce n’est pas la musique qui m’a rendu heureux, mais la création musicale, la route, les rencontres, l’inspiration. Et ça ne fait que commencer ! »

Album Intime (Capitol Music France). Concerts le 7 avril au Théâtre Antoine, Paris 10e et tournée dans toute la France jusqu’en janvier 2015, dont le 27 novembre au Trianon, Paris 18ème.

  • Parcours du Beau Bizarre:
    1945 : Naissance à Juvisy-sur-Orge (Essonne).
    1964 : Premier 45-tours, Reviens Sophie.
  • Albums :

1965 : Les Marionnettes.
1965 : Aline.
1970 : BO La Route de Salina.
1973 : Les Paradis perdus.
1974 : Les Mots bleus.
1975 : Olympia (album live)
1976 : Samouraï.
1977 : La Dolce vita.
1978 : Le Beau bizarre.
1980 : Pas vu pas pris.
1983 : Succès fou ; 
Clichés d’amour.
1996 : Bevilacqua.
2001 : Comme si la terre penchait.
2002 : Olympia.
2008 : Aimer ce que nous sommes.