Alain Chamfort : « Ma vie a été faite de hasards »


chamfort1Alain Chamfort – À 66 ans, le chanteur du tube « Manureva » revient avec un nouvel opus. Un album élégant aux mélodies envoûtantes, qu’il interprétera cet été aux Francofolies avant une tournée en octobre.

Alain Chamfort https://www.facebook.com/alainchamfortofficiel n’est pas un artiste qui squatte les médias. Sauf que tout le monde a son nom en mémoire depuis l’énorme succès en 1980 deManureva, chanson écrite en collaboration avec Serge Gainsbourg, en hommage au navigateur Alain Colas disparu en mer : « Ça a été le succès d’une chanson », confie le chanteur qui n’a jamais voulu saturer l’espace de sa présence par goût de la discrétion. « Quand vous avez du succès, d’un seul coup votre vie change et vous ne la maîtrisez plus de la même manière », souligne celui qui a toujours préféré sa liberté et exister à travers les opportunités artistiques : « Je me suis adapté et ma vie a souvent été faite de hasards et de rencontres. Je ne suis pas quelqu’un qui a un plan dans la tête et veut l’imposer à tout le monde. »

Ses disques se sont souvent situés sur le terrain de l’affect

En 2003, Chamfort a sorti le Plaisir chez Emi/Delabel. Un album qui n’a pas eu le succès escompté, la major du disque n’ayant pas voulu l’exploiter après avoir rendu son contrat au chanteur qui ne vendait pas assez : « Ça coupe un peu les jambes. On a l’impression de ne pas être allé au bout des choses et que l’album n’a pas eu sa chance. Il y a le sentiment de quelque chose d’avorté. » Être artiste ? « C’est compliqué pour mille raisons. Il y a eu l’évolution des technologies, les propriétaires des maisons de disques ont laissé passer le train Internet et ont été dépassés par des modèles comme iTunes. Ils perdaient la base qu’est le support physique et n’avaient pas verrouillé les possibilités d’exploitation par le téléchargement. L’économie du disque s’est effondrée et les artistes en subissent les conséquences. » Depuis, il y a eu Une vie Saint-Laurent, album écrit avec Pierre-Dominique Burgaud sur le parcours du couturier, ou Elles et lui, disque de duos féminins (Vanessa Paradis, Camélia Jordana, Keren Ann, Jenifer, Élodie Frégé…) de reprises de ses plus grandes chansons. Aujourd’hui, il revient avec un nouvel opus (Pias Le Label), réalisé par l’arrangeur Frédéric Lo (Daniel Darc, Stephan Eicher..), qui a su se glisser avec bonheur dans son univers : « Il a essayé d’être dans la continuité de mes albums. J’ai trouvé son approche bienveillante et intelligente. » Pour les textes, Chamfort a fait appel à son complice Jacques Duvall avec lequel il a écrit de nombreux tubes (la Fièvre dans le sang, Traces de toi, Clara veut la lune…) : « On a créé ensemble une identité, dit-il. Lui a trouvé l’interprète, moi l’auteur. C’est rare de trouver une personne qui vous permet d’avoir une cohérence, un langage, un point de vue qui s’installe. » Musicien, compositeur, il a accompagné à ses débuts Jacques Dutronc dans ses tournées, croisé la route de Claude François au sein de son label Flèche et a travaillé avec Serge Gainsbourg qui lui a écrit des titres restés dans l’inconscient collectif tels Bambou ou Chasseur d’ivoire, extraits de l’album Amour année zéro. Ses disques se sont souvent situés sur le terrain de l’affect. D’où ses nouvelles chansons qui parlent d’amour-haine (Le diable est une blonde), de créatures troublantes (Deux Poignards bleus), de vie de couple (Ensemble) : « Ça parle des différentes possibilités qu’on a de réagir dans ce qui nous arrive en termes de relations amoureuses. » Chamfort invite à danser sur la solaire et pop Joy, chante Où es-tu ? en duo avec Charlotte Rampling et évoque la fragilité de l’existence dans On meurt qui, explique-t-il, est « un hymne à la vie ». Un registre élégant aux mélodies envoûtantes. Une nouvelle aventure pour le chanteur qui s’apprête à retrouver la scène avec un concert aux Francofolies le 14 juillet, prélude à une tournée à la rentrée.

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Festival : Ma parole, c’est Mythos!


festival-mythos1Festival Mythos – Depuis près de vingt ans, le festival Mythos de Rennes défend la question de l’oralité au travers des histoires qu’il met en avant de manière originale. Aujourd’hui l’événement a élargi sa proposition pour englober les arts de la parole au sens large du conte, au récit, du théâtre à la chanson (1). Une programmation délibérément éclectique qui propose une cinquantaine de spectacles à l’occasion de la 19è édition de Mythos https://www.facebook.com/mythosfestival. Rencontre avec Mael Le Goff, son directeur artistique.

– Mythos depuis sa création met en valeur les arts de l’oralité. En quoi est-ce important de défendre la parole dans nos sociétés contemporaines?

Mael Le Goff : J’ai le sentiment qu’aujourd’hui on communique beaucoup mais qu’on ne se parle plus vraiment. On voit bien qu’un certain nombre de propositions artistiques mettent en avant la forme, les images. On reproduit ce qui   attire les gens par des images un peu choc et des choses  à consommer facilement. Aujourd’hui il s’agit de reformer le  cercle, de redonner place  à cette parole millénaire qui a toujours  existé, que les sociétés traditionnelles entretenaient de génération en génération. La  question des histoires, comment elles circulent,  se transmettent, tout cela est au cœur de nos préoccupations.  Quand les publics  se trouvent face à des raconteurs d’histoires, on observe aussitôt l’intérêt, le voyage qui s’opère, la magie.

– Vous revendiquez le droit à l’éclectisme artistique à travers une programmation qui repose sur le récit, le conte, le théâtre ou la chanson. Existe-t-il un dénominateur commun à toutes ces formes d’art?

Mael Le Goff : C’est la question de comment on continue à raconter des histoires. Au fil de la programmation cette année, il y a peut-être un dénominateur à trouver à travers des paroles engagées. Des paroles non pas forcément  «militantes », mais qui regardent la société contemporaine. C’est un changement qui s’opère depuis quelques années. On voit des artistes qui avaient tendance à raconter des histoires  en lien avec des contes, des mythes, des légendes, qui commencent à faire résonner les questions de la société contemporaine  – par exemple le conflit israëlo-palestinien – avec  un certain nombre de mythes fondateurs et d’histoires universelles.

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– Des thèmes qui font écho à l’évolution du monde…

Mael Le Goff : Ils peuvent aller du politique au sociétal. Pendant un moment, on a vu un certain nombre d’artistes s’élever et c’était salvateur, pour dépeindre les maux de la société avec une parole plus politique. Aujourd’hui, il  y a tout un mouvement qui va vers une parole sociétale, parfois scientifique.  Je pense à Sébastien Barrier et à son dernier spectacle «Savoir enfin qui nous buvons » où il évoque la question des vignerons qui font tout un travail autour du vin naturel. Tout à coup, par ce prisme-là, il nous emmène dans la petite histoire des gens qui racontent la grande histoire de la société contemporaine. On est en prise avec le réel et on voyage à travers un univers poétique,  onirique.

– Quels sont les spectacles qu’il ne faut pas manquer ?

Mael Le Goff : C’est toujours difficile de faire un tri dans l’ensemble des propositions qui regroupent une cinquantaine de spectacles et près de soixante-dix représentations. Mais c’est vrai qu’il y a des choses qui nous tiennent particulièrement à cœur. Il y a des spectacles qu’on a inscrit comme des événements parce qu’ils sont originaux. Je pense à «Please, continue» de Yan Duyvendak et Roger Bernat sur le vrai-faux procès d’Hamlet (2).  C’est intéressant parce que ça met en prise à la fois des comédiens et des professionnels  de la profession. Des gens de la société civile, du barreau de Rennes en l’occurrence, de vrais avocats, de vrais juges, un vrai huissier , qui vont venir plaider en étant «pour »  ou «contre» Hamlet.  Chaque soir, il y a un jury qui est tiré au sort et le public rend son verdict. On voit comment un procès se déroule, la machine judiciaire est exercée. D’un soir à l’autre, c’est très étonnant puisque les protagonistes changent. Ainsi on peut voir comment en fonction de l’avocat général, du juge ou de l’avocat  de la défense, le verdict n’est pas du tout le même.

– Un artiste à découvrir ?

Mael Le Goff : Je mettrais l’accent sur Sergio Grondin. C’est un conteur réunionnais dont j’avais vu un spectacle en créole à la Réunion. J’ai senti dans son univers une énergie, une force tellurique qui ressemble à cette île. Cela m’a donné envie d’accompagner ce jeune artiste. Aujourd’hui, il créée son deuxième spectacle «Les chiens de Bucarest » (3). Il s’est aperçu qu’il y avait plein de questions qui se posaient dans cette ville postcommuniste, qui à la fois cachait ses chiens errants et repoussait ses Roms. On part de l’histoire d’un chien pour dépeindre à la fois la société contemporaine roumaine  des trente dernières années et parler des exclus, des turpitudes de l’humanité, avec là aussi un regard original et sensible.

    • (1) Festival Mythos Rennes du 7 au 12 avril.  Renseignements
    • Seront présents Ben Mazué, Arthur H, Jean-Louis Murat, Charlie Winston, Faada Freddy, Yael Naim, Stephan Eicher, Sanseverino, Oldelaf, Alexis HK, Radio Elvis, Vianney…
    • (2) «Please, continue» le 9/04, 10/04, 11/04 (Salle de la Cité)
    • (3) «Les chiens de Bucarest» 9/04 (Théâtre de la Parcheminerie)

Selah Sue, la voix magique d’une diva soul


Selah sue1Selah sue –  Cinq ans après son premier disque et le tube « Raggamuffin », la chanteuse belge sort « Reason » 
et part en tournée. Un album très groovy et dansant sur fond de R&B, de hip-hop et d’électro.

Pour son premier album en 2010, Selah Sue https://www.facebook.com/SelahSue avait laissé parler son instinct. Résultat, une série de titres aux ambiances de soul music portés par le tube Raggamuffin avec, à l’arrivée, un disque de platine (300 000 exemplaires). La jeune artiste belge avait des rêves plein la tête et des envies de faire connaître son univers très groovy au monde entier : « Avant la sortie du premier album, j’avais des hauts et des bas d’un point de vue émotionnel, dit-elle. Le disque a eu du succès et j’ai vécu avec beaucoup de passion. Cela m’a obligée à faire face à des responsabilités et j’ai dû faire appel à une forme de raison pour vivre cette nouvelle vie. » Aujourd’hui, elle est l’une des chanteuses les plus demandées, que les festivals s’arrachent (Printemps de Bourges, Europavox, Francofolies de La Rochelle).

Blues sentimental

Un parcours qui la rend heureuse, même s’il y a chez elle cette veine de mélancolie qui traverse la plupart de ses chansons pourtant très dansantes : « Le succès n’a pas soigné mes plaies, écrit-elle dans la bio de son nouvel album, Reason. Rien n’a vraiment changé, c’est un voyage, une bataille qui durera toute mon existence. » Explication : « Le succès du premier album m’a aidée à m’accepter, confie-t-elle. Parfois, les gens peuvent penser que le côté émotionnel disparaît. Mais ce n’est pas vrai. La vie est une bataille. Je me sens toujours dans le doute et l’insécurité. Je préfère dire la vérité à ce sujet, même si c’est tabou pour un artiste. Il y a des moments où je me sens moins forte, et je peux me sentir facilement déprimée. » Et d’ajouter : « Aujourd’hui, je fais attention à ne pas être trop triste et j’arrive mieux à combattre ces moments-là parce que je me sens mieux dans ma vie. »

À 25 ans, Selah Sue est une jeune femme bien dans sa peau, que le succès a épanouie. Dans Reason, elle évoque son bonheur de vivre, mais aussi son blues sentimental comme dans Alone, le single de l’album : « Il faut prendre le morceau au sens littéral. Je l’ai écrit au moment où je faisais de la promo aux États-Unis, où je me sentais seule, loin de mon ami, de ma famille. Les paroles de la chanson sont tristes. Comme je ne voulais pas que la chanson sombre dans la mélancolie, mon producteur a utilisé des arrangements un peu plus funky, de manière à ce que le morceau soit plus puissant. »

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Métissage sonore

Enregistré en Belgique, en Angleterre et à la Jamaïque, Reason est un savant mélange de sonorités teintées R&B, hip-hop ou électro. Un registre où sa magique voix soul évolue entre tempo afro-américain, bossa et jazz-funk avec élégance : « C’est difficile de mettre une étiquette sur un disque pour le définir. Je dirai que c’est un disque assez éclectique du point de vue de ses ambiances. J’ai mis davantage l’accent sur la voix et j’ai travaillé sur l’harmonie des compositions. Pour moi, ce qui compte, c’est d’être à l’origine de bons morceaux. » Un métissage sonore qui plaît au public français avec lequel Selah Sue se sent en totale osmose : « Je me suis absentée quelques années pour écrire, et les gens sont contents de me retrouver. Ici, le public est loyal et a un bon feeling. Ce n’est pas forcément la même chose en Belgique où, lorsqu’on arrive au top, le public essaie plutôt de vous déloger ! (Rires.) Je me sens aimée en France, où je me sens chez moi. »

Album Reason, chez Because Music. Concert à l’Olympia le 30 mars 
et tournée jusqu’au 20 novembre, dont 
le Printemps de Bourges le 24 avril, 
le festival Europavox (Clermont-Ferrand) le 23 mai, l’Art-Rock (Saint-Brieuc) le 24, 
les Nuits de Fourvière (à Lyon) le 19 juin, les Francofolies de La Rochelle le 11 juillet, le Zénith de Paris le 24 octobre.

Dominique A : « Je suis un animal plutôt solitaire »


DOMINIQUE A(c)Richard Dumas(sdp)Dominique A – Le chanteur revient avec « Eléor ». Un album voyageur, poétique et sentimental qui invite à prendre le large entre océan et paysages mélancoliques. Un registre marqué par l’idée d’horizon et d’espace, où l’onirisme des textes permet à l’imaginaire de s’envoler.

Il y a des rêveries dont on ne saurait se passer. Dominique A https://www.facebook.com/DominiqueAofficiel  revient avec Eléor, un bijou de poésie et de chansons qui se plaisent à prendre le large sur fond de mélancolie sentimentale (Au revoir mon amour). Un album voyageur où l’océan n’est jamais loin, qui nous emmène du côté du cap Farvel au Groenland, au Canada, en Oklahoma ou en Nouvelle-Zélande. Un registre aux mots caressants qui agit comme un baume.

Quel est ce pays imaginaire Eléor ?

Dominique A La chanson qui donne son titre à l’album est assez mystérieuse. Au départ Elléor est un îlot au large du Danemark. Le fait de reprendre le mot en changeant l’orthographe a permis d’en faire un lieu irréel. La chanson est une divagation poétique sur l’idée de fuir par l’imaginaire, mais pas seul avec la conscience de la mortalité. En fait, c’est l’écriture qui mène la barque et les mots que j’ai plaisir à chanter.

Un processus d’écriture qui fait souvent appel à l’abstraction poétique…

Dominique A C’est un appel à l’imagination de l’auditeur. Les chansons sont des portes ouvertes. L’appropriation est d’autant plus forte que l’on ne ferme pas les verrous. Chez moi, il y a deux types de chanson. Soit des divagations, oniriques, poétiques comme Cap Farvel, un lieu à l’extrême sud du Groeland dont j’aime le nom. Soit des chansons plus thématiques comme Une autre vie, Passer nous voir, Oklahoma, où il y a un sujet et où j’essaie de me tenir à un fil narratif, si ténu soit-il.

Groenland, Nouvelle-Zélande où est née une chanson comme Central Otago, Canada… C’est important pour vous de partir et de vous sentir loin de tout ?

Dominique A C’est un besoin de s’isoler. Je suis attiré par les paysages où la présence humaine est ténue. Peut-être ai-je une idée misanthrope du voyage ! (Rires.) Dans la rencontre, lorsque je suis à l’étranger, je trouve qu’il y a toujours un côté artificiel parce qu’on ne reste pas, qu’on ne fait que passer.

Les gens ne vous intéressent pas ?

Dominique A Je ne dirais pas cela. Je suis un animal sociable, mais un animal plutôt solitaire avec des aspirations à la communauté. C’est ce que dit la chanson Oklahoma ou Une autre vie. Je suis un individualiste qui se soigne ! (Rires.) Mais c’est vrai que je préfère être saisi par les impressions paysagères.

Un besoin d’espace, peut-être ?

Dominique A C’est le fait de vivre à Bruxelles depuis des années, qui est une ville agréable mais que je ne trouve pas à mon goût sur le plan architectural. J’y ai mes attaches familiales mais j’ai une sensation d’étouffer là-bas. C’est pourquoi toutes mes chansons sont des sortes d’appel d’air.

On a l’impression que l’atmosphère de Nantes, où vous avez grandi, a marqué votre vision des choses…

Dominique A C’est une ville que je trouvais morne au départ avec cette réputation de « belle endormie » qui n’était pas usurpée. Aujourd’hui, elle a une cote pas possible parce qu’il y a eu beaucoup d’investissements. Ce qui me manque à Bruxelles c’est qu’il n’y a pas de fleuve. J’ai besoin de ce rapport à l’eau et de ne pas être loin de la mer.

D’où ce désir d’horizon marin que vous chantez « si ma ligne de vie venait à se casser / J’aimerais pour finir regarder l’océan »  ?

Dominique A Quand je me projette sur les dernières années de ma vie, souvent je me vois seul dans un bar et m’asseoir sur un banc face à la mer. C’est flippant comme image ! (Rires.) Ce désir d’horizontalité est lié à mon enfance, au fait d’avoir été au cœur de la plaine, en Seine-et-Marne où je suis né. Être au milieu des champs a sûrement laissé des traces et la mer répond à ça. Pour moi, c’est la notion de plaine idéale, où il y a une vraie ouverture.

Les ambiances de vos albums sont souvent mélancoliques. Doit-on y voir le reflet de votre tempérament ?

Dominique A Je suis plutôt joyeux, mais je suis aussi quelqu’un d’inquiet, qui a peur de plein de choses qui me font flipper. C’est un combat permanent. La mélancolie, en tant qu’auditeur, je l’ai toujours cherchée chez les autres. En tant qu’auteur de chansons, je cherche à transmettre ça et à me libérer de certaines inquiétudes, sans doute.

  • Album Eléor chez Cinq 7/Wagram. 
Tournée à partir du 21 avril, 
dont le 26 mai au Grand Rex, Paris 2e.