Emilie Simon : « Le Paris du début du siècle est magique »


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Après avoir privilégié les ambiances électro, la chanteuse revient avec Mue. Un album marqué par la poésie de la Ville Lumière qui lui permet de se réinventer grâce à un son plus ample et à la présence d’un orchestre à cordes.

Le nouvel album d’Émilie Simon va surprendre ses fans. La chanteuse originaire de Montpellier, qui commencé sa carrière en 2003 en explorant toutes les possibilités offertes par la musique électronique, revient avec Mue. Un disque extrêmement bien produit, au son ample et organique dû à la présence d’un orchestre à cordes, réalisé avec la complicité du musicien électro français Tahiti Boy ou encore du producteur et réalisateur anglais Ian Caple (Tindersticks, Alain Bashung…).

Alors que son album The Big Machine avait bénéficié des climats urbains de New York, où elle a longtemps vécu, celui-ci s’imprègne d’atmosphères plus rétro, propres à Paris, où la chanteuse vit désormais. Trois ans après Franky Knight et ses tonalités mélancoliques, Émilie est aujourd’hui plus radieuse, émue par la poésie de la Ville Lumière, capitale fantasmée des années 1900 à laquelle elle déclare sa flamme : « Il y a une poétique du Paris du début du siècle dernier, que je trouve sublime, confie-t-elle. Ça me fait rêver de penser à la construction de la tour ­Eiffel, du métro, à l’art nouveau. C’est une période magique. »

Une nouvelle odyssée pour Émilie Simon, trente-six ans, chanteuse voyageuse et romantique qui se réinvente en étant à l’origine d’une palette musicale aux teintes plus chaudes que celles de ses premières chansons, où elle apparaissait technoïde, femme orchestre aux claviers-synthés commandés depuis son bras électronique : « Je me suis éloignée des machines parce que j’avais envie de cordes. C’est une autre façon d’écrire. »

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Auteure de la BO du film la Marche de l’empereur, elle a toujours été exigeante dans ses choix artistiques, qu’il s’agisse des compositions, des arrangements ou de ses collaborations musicales : « Chaque choix modifie le chemin, ouvre des portes. Avec toujours cette question : jusqu’où je veux aller ? » Une mue naturelle dans laquelle Émilie se révèle sereine et plus féminine au cœur d’un univers « moins conceptuel », souligne-t-elle. « J’ai toujours été féminine. Simplement, la féminité s’exprimait de manière éthérée. Là, elle est plus incarnée. C’est davantage ancré dans le côté humain. » Un album dont les thèmes témoignent du sentiment amoureux et de ses différentes météos intérieures, « la fascination, l’amour idéalisé, la déception, les larmes ». À l’image du single Menteur : « C’est l’idée que nous n’avons pas qu’un seul visage. C’est intéressant de voir quelle facette on veut bien montrer, à quel moment on joue un rôle. »

Il y a des ambiances presque funky ou orientales, des tempos afro-cubains et des ballades féeriques au piano où l’on retrouve sa voix enfantine à la Kate Bush. Un registre qui confirme son talent et son originalité dans le paysage des musiques actuelles. Il va permettre de redécouvrir la chanteuse qui, après s’être longtemps protégée derrière ses instruments sur scène, entend maintenant aller vers les gens. Pour s’ouvrir au monde. Une vraie renaissance.

Album Mue chez Barclay. Tournée du 17 avril au 4 juillet, dont Printemps de Bourges le 25 avril.

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Pete Seeger, la conscience américaine d’un working-class hero


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Légende du folk américain Pete Seeger est mort à New-York à l’âge de 94 ans. Sa musique puisait sa poésie et sa conscience du côté de l’histoire de la classe ouvrière des Etats-Unis.

 Il portait haut la chanson humaniste dont il se servait comme d’un drapeau contre tous les sectarismes. Pete Seeger est mort lundi à New-York. Il avait quatre-vingt-quatorze ans. Icône de la musique populaire aux  Etats-Unis, légende du folk américain, il était à l’origine de la protest song, puisant son inspiration du côté de la classe ouvrière de l’Amérique. Humble, refusant les honneurs et le star-système, il n’aimait rien d’autre que faire partager sa musique au plus grand nombre.  Il chanta jusque très tard, se produisant aussi bien dans les clubs que devant des foules immenses. Lors de son 90ème anniversaire au cours d’un concert organisé au Madison Square Garden de New-York,  Bruce Springsteen lui rendit hommage. Le Boss le présenta comme une «légende vivante de la musique et la conscience de l’Amérique» avait-il confié au New-York Times.

De fait, le folk singer fut un sacré témoin de l’histoire de son pays. Il a su toucher la conscience des Américains et son style influença de nombreux artistes tels Bruce Springsteen, Bob Dylan ou  Joan Baez.

Né à New-York le 3 mai 1919, il fut éduqué à la musique très jeune par ses parents, musicologues. Il n’était pas rare de le voir accompagner son père, jouant du ukulélé ou du banjo.  Pris de passion pour la musique, il s’intéresse au folk et à la chanson traditionnelle américaine. Forcément, sa route croisa un jour celle d’un autre géant du folk song, Woody Guthrie, qui deviendra son ami. Ensemble, ils écriront notamment «If i had a hammer» ou encore «Where have all the flowers gone». Des classiques aux Etats-Unis qui furent repris plus tard dans le monde entier par des chanteurs comme Claude François («Si j’avais un marteau») ou Graeme Allwright («Petites boites»).

Avec Woody Guthrie il fonde le groupe Almanac Singers interprétant des chansons militantes lors des meetings syndicaux ou pacifistes contre la guerre du Vietnam, à l’image de «Waist Deep in the Big Muddy», censurée à sa création en 1967.  Pionnier de la folk music, il s’engagea dans la lutte pour les droits civiques des Noirs américains et composa son  hymne «We shall overcome» souvent repris par Joan Baez. Ses chansons étaient son porte-voix, sa seule arme avec laquelle il tenta de rapprocher les gens. Une philosophie humaniste qui  rencontra un large écho dans la  communauté noire américaine et lui valut l’amitié du leader Martin Luther King. 

Il fut à l’origine de l’éclosion du mouvement folk, en marge de la société conformiste de l’époque. Un renouveau de ce genre tombé en désuétude qu’il favorisa, créant en 1959 le festival de  Newport où se révélèrent des artistes tels que Bob Dylan ou Joan Baez. Pete Seeger reste une référence  non seulement pour ses compatriotes mais aussi pour les générations de chanteurs émus par le caractère sensible et visionnaire de son  œuvre.

Songwritter progressiste aux paroles  subversives, il dérangeait les pouvoirs conservateurs. Membre  du parti communiste américain dans les années 1940-50, il fut lui-même victime de la chasse aux sorcières à l’époque du Maccarthysme. Son refus de témoigner lui vaudra plusieurs condamnations à la peine de prison pour outrage au Congrès, heureusement annulées en appel et non exécutées.

Il épousa les causes qui lui semblaient justes, sur fond de luttes émancipatrices. A new-York en 1966, il popularisa la chanson «Jose Marti Guantanamera», qui ira droit  au cœur des Cubains. Il s’engagea aussi dans la lutte pour l’environnement en créant l’association «Hudson River Sloop Clearwater» dénonçant les rejets de pesticides dans les rivières américaines. Autant de combats pour un monde meilleur qui forcent le respect. Lors de l’investiture de Barak Obama le 18 janvier 2009, Bruce Springsteen l’invita à chanter «This land is your land» qu’il avait composé avec  Woody Guthrie. «Ce pays est le vôtre», un hymne qui n’a pas fini de parcourir le monde. 



Mort de Lou Reed. Ce rock’n’roll animal qui marchait du côté sauvage


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Le chanteur américain, auteur de Walk on the Wild Side et de Perfect Day, est mort dimanche à Long Island, au nord de New York, à soixante et onze ans. Fondateur du groupe The Velvet Underground, il laisse l’image d’un artiste avant-gardiste 
à l’univers sombre 
et tourmenté.

« Lou Reed est le poète du New-York de la perversion. » Frank Zappa avait trouvé les mots pour décrire celui qui, dans les années 1970, a hanté les bas-fonds de l’Amérique. Musicien prolifique, Lou Reed laisse derrière lui l’image d’un artiste dont le parcours singulier, protéiforme embrasse aussi bien la musique que la peinture, la photo, le cinéma ou le théâtre. Figure de la contre-culture américaine, il était devenu une légende aussi insaisissable que créative. Fondateur en 1965 du groupe The Velvet Underground avec John Cale, sous l’égide de la Factory d’Andy Warhol, Lou Reed inventait un rock teinté d’une noirceur lumineuse sur un mode provoc salutaire, qui entendait faire bouger les mentalités d’une Amérique conservatrice. Lou Reed fut punk bien avant l’heure, personnage caché derrière des lunettes fumées, dont la voix grave ou rugueuse continue de fasciner et de charmer. En témoigne le tube Walk on the Wild Side, chanson aux sonorités jazzy, écrite en 1972 pour son deuxième album solo Transformer, produit par David Bowie.
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Malade, le chanteur avait subi une opération au printemps dernier. Lou Reed est mort dimanche à Long 
Island, au nord de New York, certainement suite aux « complications dues à sa greffe du foie », a indiqué son agent Andrew Wylie. Lewis Alan Reed était né le 2 mars 1942 dans le quartier de Brooklyn à New York, de parents juifs. Il étudie le piano très jeune, mais c’est la guitare qui le conduira à l’adolescence vers le rock qui remplit sa vie. Il composera des chansons qui traduisent son quotidien. À l’image de Kill Your Sons évoquant ses séances traumatisantes d’électrochocs, conseillées par un obscur psychiatre à ses parents, afin de traiter « ses attirances homosexuelles ». Reed parle de son vécu pour mieux exorciser son spleen. Il suivra des cours à l’université de Syracuse, dans l’État de New York, auprès d’un enseignant, Delmore Schwartz, qui l’encouragea en le poussant sur le chemin de l’écriture et de la poésie. Dès le début de sa carrière, il s’applique à mettre en lumière le rock et la littérature inspirée de la beat generation. « On ne peut pas expliquer la musique », disait-il. Pourtant, dans ses premiers poèmes, il fait tomber les tabous, traitant de sujets douloureux. Comme dans la chanson Heroin, où il fait part de sa dépendance à la drogue d’une voix métallique et cafardeuse. Présente sur le premier album du Velvet Underground and Nico en 1967, à la pochette mythique représentant une banane dessinée par Andy Warhol, elle reflète l’univers souvent sombre mais furieusement inventif de Lou Reed, où l’on retrouve également des chansons telles I’m Waiting for the Man ou Sunday Morning.
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Aux côtés de John Cale, Sterling Morrison, Moe Tucker ou Nico, il vivra une période artistiquement bouillonnante entre 1965 et 1970, date à laquelle il décide d’entamer une carrière solo. Une aventure musicale qui se traduira par la sortie du disque Transformer, qui contenait Satellite of Love, mais surtout deux titres qui allaient lui permettre de toucher le grand public,Walk on the Wild Side ou encore Perfect Day, qui sera repris par de nombreux groupes à l’image de Coldplay. Une chanson aux contours sentimentaux que Patti Smith interprètera magnifiquement dans son album Twelve et dont on retrouve la mélodie dans le film Trainspotting de Danny Boyle. Lou Reed aimait être en marge. Il ne rencontra pas souvent le succès commercial. Mais, son phrasé « chanté-parlé », sa vision anticonformiste de la musique feront de lui un artiste devenu culte, dont des générations de musiciens s’inspirent encore aujourd’hui.
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David Bowie, qui a produit Transformer, fut de ceux qui l’admiraient et aida le chanteur quand il était au fond du gouffre après l’échec de son premier album solo. Lou Reed, alors âgé d’un peu plus de trente ans, continue d’explorer ses tourments en musique. On se souvient ainsi de Berlin. Paru en 1973, cet album fondateur a pour cadre la capitale allemande à l’époque du mur, et campe l’histoire d’un couple, Caroline et Jim, sur le thème du désespoir sentimental. Sur fond de piano et de sa voix mélancolique, les titres Lady Day, The Kids, The Bed ou Sad Song dessinent une fresque contemporaine et noire, descente aux enfers de personnages pris dans la spirale de l’incommunicabilité amoureuse. L’enregistrement aussi original soit-il ne rencontrera pas le succès. Une malédiction de plus. Il ne fut d’ailleurs jamais joué sur scène. Mais plus de trente ans après sa création, il l’interpréta plusieurs soirs de suite en 2006 à New York, au St-Ann’s Warehouse de Brooklyn, accompagné d’une chorale et d’un orchestre classique. D’autres disques suivront au registre parfois plus radical tels Rock’n’roll Animal, Metal Machine, New York, Magic and Loss, Set the Twilight Reeling, Ecstasy ou The Raven.

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Entre rêverie crépusculaire et riffs de guitare, il multipliait les expériences artistiques. Toutes les disciplines l’intéressaient, de la littérature de William Burroughs au pop art d’Andy Warhol. Au sein de la Factory, lieu de création new-yorkaise foisonnante où se croisaient la musique, la danse, la peinture ou les arts plastiques, il aura été au cœur d’une démarche avant-gardiste. L’esprit en effervescence, il savait dresser des passerelles entre le rock underground, l’art contemporain et le spectacle vivant. Il avait joué au cinéma dans Si loin, si proche de Wim Wenders, écrit pour le Théâtre Poetry, hommage à Edgar Allan Poe, mis en scène par Bob Wilson. On l’avait vu aussi à Pleyel dans The Yellow Pony and Other Songs and Stories aux côtés de son épouse Laurie Anderson. Leur premier spectacle ensemble. Entre tendresse et côté sombre de Lou Reed, l’émotion était au rendez-vous. Comme toujours chez cet artiste dont la vie tumultueuse avait été l’objet d’un documentaire, Rock’n’roll Heart, présenté en 1998 à Sundance, festival nord-américain créé par Robert Redford.