Musique. Les ambitions françaises du festival Lollapalooza


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L’artiste Flume se produit sur le stade de Samsung à Lollapalooza, le 31 juillet 2016 à Chicago, Illinois.

Le festival Lollapalooza débarque à Paris par Victor Hache. L’arrivée en juillet à Paris du géant américain, où l’on attend 50 groupes et 120 000 festivaliers, inquiète les producteurs-tourneurs et festivals d’été qui craignent une déstabilisation d’un marché fortement concurrentiel avec cette nouvelle offre.

Cette fois, c’est officiel. Le Lollapalooza aura bien lieu les 22 et 23 juillet à l’hippodrome de Longchamp. L’un des plus mythiques festivals itinérants nord-américains débarque à Paris avec du lourd côté têtes d’affiche, où seront présents Red Hot Chili Peppers, The Weeknd, Pixies, IAM, Imagine Dragons, mais aussi London Grammar, DJ Snake, Alt-J, The Roots, Liam Gallagher, LP, The Hives, Editors ou encore Glass Animals. Une cinquantaine de groupes principalement anglo-saxons qui se produiront durant deux jours sur quatre scènes devant des milliers de personnes, dans un contexte musical estival déjà fortement concurrentiel sur la région parisienne.
L’arrivée du Lollapalooza est en passe de redessiner le paysage des musiques actuelles en France.L’objectif est de favoriser la venue des jeunes et des famillesNé à l’initiative de Perry Farrell, leader du groupe de rock Jane’s Addiction, ce festival créé en 1991 s’est rapidement installé à Chicago en 2003, où il a connu un énorme succès avec plus de 120 000 personnes par jour chaque été. Le Lollapalooza, qui ne cache pas ses ambitions mondiales, est déjà implanté à São Paulo, Buenos Aires, Santiago mais aussi à Berlin, où il est arrivé en 2015. Le concept ? Proposer une affiche des plus grandes stars pop-rock pour des spectacles fédérateurs capables de réunir les plus grandes foules. Tout y est pensé, du prix des places qui va de 25 euros à 149 euros le passe deux jours donnant accès à l’ensemble des concerts, à l’entrée gratuite pour les enfants de moins de 10 ans. L’objectif étant de favoriser la venue des jeunes et des familles sur le site. À l’intérieur, outre les concerts et spectacles, on trouvera un espace dédié à l’environnement et au développement durable, un village gastronomique dédié à l’art culinaire, un espace kids destiné au partage en famille avec ateliers créatifs ou sportifs.
Bref, tout a été étudié pour vivre une expérience unique entre musique et loisirs. Un concept d’entertainment (divertissement) bien rodé qui a fait ses preuves à l’étranger. Le tout décliné comme une marque à travers le monde qui pourrait faire de l’ombre aux festivals déjà nombreux se déroulant durant les deux mois d’été à Paris, de We Love Green à Solidays, Download, Rock en Seine ou Fnac Live, événement gratuit prévu le même week-end que le Lollapalooza, qui a dû déplacer ses dates (6-7-8 juillet) pour éviter d’être face à ce mastodonte.
« C’est l’Amérique qui impose encore une fois »
Le Lollapalooza Paris est organisé par Live Nation France, déjà producteur du Main Square d’Arras, du festival parisien de rock metal Download, de I Love Techno à Montpellier, de nombreux grands concerts au Stade de France, U2, Depeche Mode…, qui a aussi racheté en 2016 Nous Productions, l’un des deux tourneurs, avec Radical Production, qui programmaient Rock en Seine. Filiale hexagonale de la multinationale du spectacle américaine qui produit 22 000 shows par an et plus de 2 300 artistes, elle est avec Fimalac – qui a dans son portefeuille des sociétés comme Gilbert Coullier (Johnny, Polnareff), Auguri (Jain, Julien Doré…), Thierry Suc (Mylène Farmer…), cent salles de spectacles (Pleyel, Zéniths) – le groupe de Marc Ladreit de Lacharrière également coté en Bourse, l’un des deux plus grands producteurs de l’industrie de loisirs et des spectacles en France.
Un phénomène de concentration de capitaux doté d’une puissante envergure financière dont la position dominante inquiète les acteurs du métier : « Ce qui arrive était inéluctable, confie ce tourneur indépendant sous couvert d’anonymat. On va de plus en plus vers une consommation de masse sur un certain type de concerts. Ce n’est pas étonnant qu’il y ait davantage de grosses structures qui s’occupent de ces événements énormes. C’est sûr que cela risque de déstabiliser le marché parisien. » Aujourd’hui les enjeux sont tellement lourds que des producteurs indépendants sont souvent rachetés par les grands industriels du spectacle, car « il devient difficile d’être compétitif dans un marché de la musique où il faut sortir des sommes énormes pour garder un artiste dans son écurie et organiser des tournées ».
Angelo Gopee, directeur général de Live Nation France à l’origine de la manifestation, considère a contrario qu’il y a de la place pour tout le monde et que le Lollapalooza ne gênera pas les autres festivals : « Regardez tout ce qui se passe en termes d’événements aujourd’hui. Depeche Mode, Guns N’ Roses, Coldplay, U2, Céline Dion… il y a des concerts tout le temps et ça ne gêne personne. Il faut savoir que plus de 50 % des billets, on les a vendus sur l’international, la moitié des billets restants est de province et 20 à 25 % ont été achetés par des Parisiens. Sur un bassin de population de 14 millions de personnes, sur 120 000 personnes attendues, ça signifie que 30 000 Parisiens vont venir. Je ne vois pas en quoi cela mettrait en danger les autres festivals, que ce soit We Love Green, Solidays ou Rock en Seine. L’idée n’est pas de se mettre en concurrence, mais d’arriver intelligemment à répartir des artistes sur des événements qui ont chacun leur identité. »
Dominique Revert, d’Alias, producteur indépendant des festivals Beauregard, Garorock, Musilac (tourneur de Muse, Cure, Franz Ferdinand, Noel Gallagher, Lou Doillon, Last Train), a un avis plus tranché sur le Lollapalooza, qu’il compare aux blockbusters dans le domaine du cinéma : « On voit que c’est une affiche qui a été faite par les Américains. Ils ont visiblement demandé à la société parisienne Live Nation de compléter avec des artistes français. Ça veut dire quoi ? Que les Français ne sont plus maîtres d’une programmation sur leur sol. C’est l’Amérique qui impose encore une fois, comme ça été le cas avec Netflix. » Le producteur-tourneur évoque aussi le problème des subventions accordées par la ville et la région aux festivals, qui risquent « d’être divisées » avec cette nouvelle offre : « La Mairie de Paris a autorisé la venue du Lollapalooza parce que ça va faire bouger la ville. Mais on est en France, on n’a pas le même potentiel de festivals que les Anglais, qui ont la culture de la musique. Entre We Love Green (10-11 juin), Rock en Seine (25-27 août) et les événements de fin d’été, les gens n’ont pas le porte-monnaie extensible. »
 
Le festival We Love Green justement, Marie Sabot, sa directrice, estime que sur un marché fragile il faut que chacun puisse trouver sa place, « échanger et collaborer plutôt que d’être en concurrence ». La jeune patronne qui coproduit avec le label indépendant Because Music l’événement, qui se déroule depuis l’an dernier au bois de Vincennes, souligne que We Love Green n’a pas les moyens d’avoir de grosses stars du calibre du Lollapalooza : « On est un festival défricheur, où se sont produits pour la première fois des groupes et des artistes comme La Femme, Flavien Berger, Jacques ou Christine and The Queens, qui maintenant portent ce drapeau de la jeune scène française. » Plutôt que de lutter contre le rouleau compresseur Lollapalooza, le festival entend travailler ses particularités en proposant un programme culturel plus large : « On est un événement pluridisciplinaire (concerts, conférences sur l’environnement, start-up de jeunes entreprises d’économie solidaire) là où d’autres alignent les scènes musicales. Je crois que la seule solution, c’est l’exception culturelle. »
 
Un point de vue partagé par cet autre producteur-tourneur indépendant qui préfère rester anonyme : « L’arrivée du Lollapalooza, c’est un peu comme les supermarchés et les commerces de proximité, ça va chambouler l’ADN des autres festivals. Ils vont être obligés de se positionner différemment et repenser leur concept pour s’adapter au fait que les têtes d’affiche c’est fini, que c’est Live Nation qui les a et compte les garder pour ses festivals. Plutôt que de lutter contre, je pense qu’il y a intérêt à comprendre comment fonctionne une entité comme Live Nation, de manière à trouver sa place sur des marchés qu’ils ne vont pas couvrir. » Autant dire une vaste mutation qui touche un secteur contraint ces dernières années à s’adapter et à revoir son modèle économique depuis la baisse du marché du disque : « Pour entrer dans la compétition, quand un artiste est sur le marché et qu’il cherche une production, s’il n’a pas Fimalac ou Live Nation avec lui, ce n’est pas la peine d’y aller. Ils font des coups, leur font gagner un maximum d’argent en très peu de temps, car aujourd’hui les carrières d’artistes sont de plus en plus courtes. »
Lollapalooza Paris 2017Les samedi 22 et dimanche 23 juillet 2017.
 
 Les artistes de la première édition du Lollapalooza Paris:
  • RED HOT CHILI PEPPERS
  • THE WEEKND
  • IMAGINE DRAGONS
  • LANA DEL REY
  • DJ SNAKE
  • LONDON GRAMMAR
  • ALT-J
  • PIXIES
  • THE ROOTS
  • MARSHMELLO
  • IAM
  • LIAM GALLAGHER
  • THE HIVES
  • MARTIN SOLVEIG
  • EDITORS
  • LA FEMME
  • SKEPTA
  • GLASS ANIMALS
  • WALK OFF THE EARTH
  • LP
  • MILKY CHANCE
  • YELLOW CLAW
  • DON DIABLO
  • OLIVER HELDENS
  • KALEO
  • CRYSTAL FIGHTERS
  • RIVAL SONS
  • JAUZ
  • ALAN WALKER
  • SLUSHII
  • NGHTMRE
  • TOM ODELL
  • SEASICK STEVE
  • JOYRIDE
  • OSCAR AND THE WOLF
  • BEAR’S DEN
  • TIGGS DA AUTHOR
  • BLACK TIGER SEX MACHINE
  • JEREMY LOOPS
  • ANNA KOVA
  • DON BROCO
  • TESS
  • MOKSI
  • MAX JURY
  • HENRI PFR
  • CINNAMON
  • DUSTYCLOUD

 

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Emilie Simon : « Le Paris du début du siècle est magique »


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Après avoir privilégié les ambiances électro, la chanteuse revient avec Mue. Un album marqué par la poésie de la Ville Lumière qui lui permet de se réinventer grâce à un son plus ample et à la présence d’un orchestre à cordes.

Le nouvel album d’Émilie Simon va surprendre ses fans. La chanteuse originaire de Montpellier, qui commencé sa carrière en 2003 en explorant toutes les possibilités offertes par la musique électronique, revient avec Mue. Un disque extrêmement bien produit, au son ample et organique dû à la présence d’un orchestre à cordes, réalisé avec la complicité du musicien électro français Tahiti Boy ou encore du producteur et réalisateur anglais Ian Caple (Tindersticks, Alain Bashung…).

Alors que son album The Big Machine avait bénéficié des climats urbains de New York, où elle a longtemps vécu, celui-ci s’imprègne d’atmosphères plus rétro, propres à Paris, où la chanteuse vit désormais. Trois ans après Franky Knight et ses tonalités mélancoliques, Émilie est aujourd’hui plus radieuse, émue par la poésie de la Ville Lumière, capitale fantasmée des années 1900 à laquelle elle déclare sa flamme : « Il y a une poétique du Paris du début du siècle dernier, que je trouve sublime, confie-t-elle. Ça me fait rêver de penser à la construction de la tour ­Eiffel, du métro, à l’art nouveau. C’est une période magique. »

Une nouvelle odyssée pour Émilie Simon, trente-six ans, chanteuse voyageuse et romantique qui se réinvente en étant à l’origine d’une palette musicale aux teintes plus chaudes que celles de ses premières chansons, où elle apparaissait technoïde, femme orchestre aux claviers-synthés commandés depuis son bras électronique : « Je me suis éloignée des machines parce que j’avais envie de cordes. C’est une autre façon d’écrire. »

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Auteure de la BO du film la Marche de l’empereur, elle a toujours été exigeante dans ses choix artistiques, qu’il s’agisse des compositions, des arrangements ou de ses collaborations musicales : « Chaque choix modifie le chemin, ouvre des portes. Avec toujours cette question : jusqu’où je veux aller ? » Une mue naturelle dans laquelle Émilie se révèle sereine et plus féminine au cœur d’un univers « moins conceptuel », souligne-t-elle. « J’ai toujours été féminine. Simplement, la féminité s’exprimait de manière éthérée. Là, elle est plus incarnée. C’est davantage ancré dans le côté humain. » Un album dont les thèmes témoignent du sentiment amoureux et de ses différentes météos intérieures, « la fascination, l’amour idéalisé, la déception, les larmes ». À l’image du single Menteur : « C’est l’idée que nous n’avons pas qu’un seul visage. C’est intéressant de voir quelle facette on veut bien montrer, à quel moment on joue un rôle. »

Il y a des ambiances presque funky ou orientales, des tempos afro-cubains et des ballades féeriques au piano où l’on retrouve sa voix enfantine à la Kate Bush. Un registre qui confirme son talent et son originalité dans le paysage des musiques actuelles. Il va permettre de redécouvrir la chanteuse qui, après s’être longtemps protégée derrière ses instruments sur scène, entend maintenant aller vers les gens. Pour s’ouvrir au monde. Une vraie renaissance.

Album Mue chez Barclay. Tournée du 17 avril au 4 juillet, dont Printemps de Bourges le 25 avril.

Patrice, fils du soleil, célèbre le «sweggae music» au lever du jour


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Pour accompagner le lancement de son nouvel album, The Rising of the Son, le chanteur a donné cet été une série de concerts acoustiques dans plusieurs villes très tôt le matin, pour mieux évoquer l’idée de renaissance.

Qui l’eût cru ? Il y a des artistes qui aiment se lever tôt ! C’est le cas de Patrice qui adore se produire aux aurores : « Pourquoi ne pas changer tout et remettre en question la manière dont on fait les choses ? confie le chanteur. Le matin, les gens ont un esprit superpositif. On est comme des enfants parce qu’il y a quelque chose de nouveau qui nous attend. » À l’occasion du lancement de son nouvel album The Rising of the Son, il a donné cet été, très tôt le matin, quelques concerts acoustiques dans plusieurs villes (Lyon, Strasbourg, Berlin, Cologne, Arcachon…), accompagné d’une simple guitare.

 

Lundi, c’est à Paris, sur les marches du Sacré-Cœur, qu’il a chanté à l’aube, devant un parterre de 1 000 personnes qui avaient fait le déplacement pour l’écouter, en regardant le soleil se lever sur la capitale. « C’est juste pour célébrer le dieu soleil, sourit-il. Quand on se lève tôt, on a toute la journée devant nous. On peut tout faire et même changer le monde ! »

The Rising of the Son est un disque dans lequel il évoque l’idée de renaissance : « Chaque jour, c’est comme une nouvelle façon de voir la vie. C’est un peu comme la naissance d’un enfant, une lumière, une nouvelle conscience. » Pour Patrice, chanter en étant au plus près de son public, c’est une manière de partager et d’échanger encore plus. Une relation basée sur la recherche de l’authenticité à laquelle il tient beaucoup : « Dans un monde où tout va vite, c’est important de pouvoir voir quelqu’un dans toute sa vérité, sa sincérité. Je fais aussi des concerts devant des milliers de gens. C’est une autre émotion, mais ce n’est pas aussi spécial qu’un concert acoustique au lever du jour. Il y a des gens que j’adore comme Stevie Wonder ou Bob Dylan. Si c’était possible, j’aimerais les voir de cette façon, proches, sans micro, sans artifice. Pour moi, c’est la meilleure façon de voir un artiste. »

Né près de Cologne, d’une mère allemande et d’un père sierra-léonais, Patrice Bart-Williams est au croisement d’un métissage musical, où se mêlent reggae, dub, hip-hop, électro, soul et pop, qui traduit son appartenance afro-européenne. « Ma culture est métissée, dit-il. Avant, les frontières musicales étaient bien définies. Aujourd’hui, tous les styles se mélangent. Mon album, c’est un best of de tout ce que j’aime. » Il a inventé un mot pour définir son univers, le « sweggae music », qui fait écho à la mixité culturelle de l’époque alliée à une cool attitude. Résultat, un album très groovy, comprenant de nombreux invités (Busy Signal, Cody Chesnutt, Selah Sue, Don Corleon, Ikaya), porté par des titres qui connaissent déjà un beau succès en radio. À l’image du dansant Cry Cry Cry ou encore de Alive et Boxes.

 The Rising of the Son. Because music.

Patrice à Rock en Seine 2013

Sierra Leone au cœur 

Pour Patrice, son album est aussi un retour vers le père, écrivain sierra-léonais engagé, réalisateur de films, décédé lorsqu’il avait douze ans. « Il m’a beaucoup inspiré » dit-il. Il garde des liens avec la Sierra Leone, pays d’Afrique de l’Ouest dont il est originaire et où il se rend souvent. « J’y ai donné un concert, lors d’un hommage à mon père. J’ai fait des ateliers dans une école musicale et tourné un court métrage avec des jeunes. Je garde ce pays dans mon cœur. »