Ayo, belle nomade à l’âme reggae-folk-soul


Ayo2Nouvel album de Ayo  par Victor Hache. De passage à Paris, la chanteuse nous parle de son nouvel album. Un disque porté par les titres Paname et I’m a Fool qu’elle s’apprête à dévoiler au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris du 24 au 28 octobre.

 

Née à Cologne en 1980 d’un père nigérian et d’une mère d’origine tzigane roumaine, Ayo a l’âme nomade. « Je suis une vraie gitane », chante-t-elle dans son dernier clip, Paname, où elle danse sur les toits de Paris sur fond de Sacré-Cœur. Elle a vécu à Hambourg, où elle a écrit ses premières mélodies, à Londres et à Paris, en 2000, où sa carrière s’est envolée : « Mes chansons ont appris à marcher à Paris », confie la chanteuse, qui a longtemps habité dans le quartier des Halles, se produisant dans de petites salles à ses débuts. Elle a connu le succès avec son premier album, Joyful (double disque de platine) et le tube Down on my Knees. Il y eut aussi Gravity at Last, et son single Slow Slow (Run Run), où elle parlait d’amour, mais aussi de politique et de corruption, puis Billie-Eve. Et aussi Ticket to the World, quatrième album, où soufflait un vent de liberté à travers la musique, qu’elle a toujours considérée comme un passeport pour le monde.

« J’avais envie de faire de manière instinctive ce que je ressentais »

Ayo revient aujourd’hui avec un disque éponyme, porté par le titre I’m a Fool, aux chaudes et douces ambiances reggae-folk-soul, et majoritairement chanté en anglais : « Il y a toutes les émotions, des chansons joyeuses et d’autres plus mélancoliques, dit-elle. Je parle de tout ce qui me touche. J’avais juste envie de faire de manière instinctive ce que je ressentais. »

Un album qu’elle a composé chez elle, à Brooklyn, New York, où elle s’est installée : « Je préfère vivre là qu’à Manhattan, où tout va trop vite. C’est aéré, familial. Il y a une culture du street art et beaucoup d’espaces verts. Il y a un esprit un peu hippie dans des styles très différents, hip-hop, rock, pop, que j’aime bien. Les gens sont très ouverts. » Lui arrive-t-il de regretter l’Europe et Paris, où tout a commencé pour elle ? « New York, ça ne représente pas l’Amérique, tellement le mode de vie y est européen. Mais c’est vrai que Paris me manque. C’est ma mémoire. Tout ce que j’ai vécu ici en tant qu’artiste est incroyable. »

Son nouvel opus est comme une renaissance

Onze ans après ses débuts et de nombreux concerts à travers le monde, Ayo a su garder sa simplicité grâce à un regard lucide sur la vie : « Je suis quelqu’un d’humble, avoue-elle. Quand on est trop sûr de soi, c’est là que tout risque de se finir. La seule chose dont je suis certaine, c’est l’amour que je porte à mes enfants. Je sais que ça durera toujours. Je ne peux pas dire ça pour le reste, même pour la musique. On ne sait jamais ce qui peut arriver. » Après dix ans sous contrat chez Universal Music, la chanteuse a quitté la major afin de s’accorder une pause et de prendre du recul par rapport à tout ce qu’elle avait vécu jusqu’ici. Une période d’espoir et de doute qu’elle évoque dans la chanson I Pray, écrite sur son piano : « Je n’avais plus de maison de disques et je ne savais pas ce qui allait se passer. Allais-je continuer à exister comme artiste ? Dans cette chanson, je parle de la peur que je ressens. »

Paru sur le label indépendant Believe, son nouvel opus est comme une renaissance pour Ayo, qui s’apprête maintenant à partager ses chansons sur scène, « où s’exprime la vérité des sentiments ». Comme on le verra au Théâtre des Bouffes du Nord, où elle va se produire pour la première fois : « Un endroit magique. J’ai hâte d’y jouer et, en même temps, je me sens intimidée tellement cette salle est chargée d’histoire. Même vide, ce théâtre est rempli d’une âme incroyable. »

Album Ayo chez Believe. Du 24 au 28 octobre au Théâtre des Bouffes du Nord, Paris 10e. Tél. : 01 46 07 34 50.
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Entretien. Bernard Lavilliers : «J’ai toujours écrit sur l’exil »


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Bernard Lavilliers 5 Minutes au Paradis par Victor Hache. Éternel voyageur et exilé dans l’âme, le chanteur baroudeur revient avec 5 Minutes au paradis. Un album de journaliste-poète qui témoigne des maux du monde, porté par le titre Croisières méditerranéennes, sur le drame des réfugiés, et l’Espoir, beau duo avec Jeanne Cherhal. L’artiste fait son retour à l’Olympia en novembre.

 

 

Vous évoquez beaucoup Paris dans votre album. Vous, le Stéphanois, est-ce qu’il vous arrive de vous sentir parisien ?

Bernard Lavilliers: J’aime Paris. Je ne sais pas ce que c’est qu’être parisien parce que, au fond, on est tous d’ailleurs. Avant, il y avait les Parigots qui étaient de Belleville et de Ménilmontant. Plus personne ne revendique cette histoire. J’ai l’impression que l’idée d’être parisien a disparu ou alors c’est quelque chose d’assez péjoratif pour un Marseillais, par exemple. La dernière fois que je suis revenu de voyage, après douze heures de vol, j’ai pris le taxi qui est passé par les quais tôt le matin. Et c’est vrai que ça a toujours ce charme. J’y vois toujours François Villon, Paul Verlaine. Paris est une ville de poètes du monde entier, de peintres, de musiciens…

Vous avez tenu à ouvrir par la Gloire, un poème écrit par Pierre Seghers. Qu’est-ce qui vous séduit dans ce texte ?

Bernard Lavilliers: J’étais en train d’écrire Vendredi 13, sur les événements, le Bataclan. La Gloire est un poème qui a été écrit pendant la guerre d’Algérie sur des mecs – c’est un parachutiste dont Seghers parle – qui sont aussi des fous de Dieu, de la nation, de la violence, de la France, de Tamanrasset à Dunkerque. Il y a une dinguerie d’être nationaliste à ce point. Par rapport au côté sanguinaire qu’il y a eu, je trouvais qu’il y avait quelque chose comme ça. Il écrit ça en 1954, ça devait être assez mal vu ce genre de texte à l’époque, où on disait qu’on faisait une opération de police dans l’Algérie française. J’ai trouvé que ce poème pouvait être transposé là maintenant. Les guerres économiques, à un moment, ça devient des guerres physiques. Il n’y a plus d’inhibition. C’est ce qu’il raconte, au fond.

Un texte qui vient avant Croisières méditerranéennes. Quel sens donnez-vous à cette chanson ?

Bernard Lavilliers: Au départ, j’avais écrit un texte plus long. Une nouvelle où je compare la croisière Costa en Méditerranée, qui croise fatalement des Zodiac plus ou moins rapiécés. Ce sont des bateaux d’une hauteur incroyable d’où on ne risque pas de voir les réfugiés en dessous qui rejoignent les côtes et essaient de sauver leur peau. Il y a deux mondes qui vivent en parallèle sur la même mer et qui ne se voient pas. J’ai fait une mélodie extrêmement douce pour éviter le tragique. Quand on écrit sur ces thèmes, on peut vite être dans le pathos ou en faire des kilos et devenir ridicule. J’ai toujours écrit sur l’exil. Dans ma tête je suis un voyageur, donc un exilé. Je ne suis pas forcément parti pour fuir quelque chose. Même dans Question de peau, je parle d’un Africain qui débarque seul et qui rase les murs pour ne pas se faire attraper par la police. Maintenant, ce sont des troupeaux d’exilés qui peuvent être des réfugiés climatiques ou qui fuient la faim, la guerre, les barbus ou les dictateurs de toute sorte.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire Vendredi 13 ?

Bernard Lavilliers Il fallait que j’écrive sur le Bataclan. C’est du témoignage, ce que je ressens profondément. J’essaie de traduire ce qu’ont ressenti pas mal de gens, sauf que j’enlève la peur. Je décris ce que c’est : « Ces pantins noirs au captagon (amphétamines – NDLR) vident leur néant sous les néons. » Il ne faut pas oublier cette histoire où il y a eu 130 morts. Je parle de cela, de l’idéologie de ces barbus qui sont très près du gibet de Montfaucon, de l’Inquisition, des assassins de la Commune. Je compare ces crises effroyables d’assassinats. Ils ont une théorie fasciste. Ils ne supportent pas la démocratie, c’est clair. Il y a quelque chose de nazi derrière tout cela. C’est ce que je ressens. Et puis, ça doit attirer les mecs un peu trop jeunes, dérangés dans leur tête. Je vois très bien tout cela.

Quelle lecture faites-vous du titre 5 Minutes au paradis  ?

Bernard Lavilliers: C’est un marchand d’armes, moitié mercenaire, qui est là-bas sur les frontières. Ce ne sont pas des gentils, les mecs que je décris. Je chante : « 5 minutes au paradis avant que le diable n’apprenne ta mort ». Comme s’il y avait une erreur d’aiguillage. C’est presque un polar cette chanson. Dedans il y a les Blackwater, une société militaire, une armée privée. Je les ai rencontrés en Afrique du Sud. 50 000 hommes, des mercenaires. Ils sont forcément par-ci, par-là, parce que tout le monde ne veut pas voir les GI revenir les pieds devant. Je le dis d’ailleurs, « pour Daech, ça dépendra des ogives de Blackwater ». Est-ce qu’ils vont utiliser les bombes qui n’ont que 5 à 10 kilomètres de rayon ou pas ? Pour ne pas tuer tout le monde, du moins c’est ce qu’ils croient, ils ont « miniaturisé » les effets.

Récemment vous chantiez la Loi du marché en duo avec Cyril Mokaiesh. Et là, vous revenez sur la crise et ses ravages à travers la chanson Charleroi…

Bernard Lavilliers: C’est n’importe quelle ville qui part en friche, qui perd de la population, du travail, où s’impose la loi du plus fort. Dans le clip que j’ai tourné, on voit une maison de mineurs calabrais à 500 mètres de la mine qui est devenue un musée. Le père de mon bassiste a vécu là. La Méditerranée est là. Il y a toujours plein d’Italiens dans ce quartier, des gens du Maghreb. Des pauvres. On est sur les effets de la crise avec quelqu’un qui veut rester, comme s’il pouvait sauver la ville tout seul. Et il y un milliardaire qui a racheté une partie du centre-ville. D’accord, il a fait mettre un coup de peinture, mais le chômage est toujours là. Le type qui veut rester, il sait très bien que l’autre lui ment, et pendant ce temps-là, puisqu’il n’y a plus rien, plus de loi, les trafiquants d’armes et de came peuvent s’installer.

Il y a aussi Bon pour la casse, une chanson qui traite du licenciement…

Bernard Lavilliers: C’est la version des Mains d’or pour cadre supérieur. C’est une véritable histoire. Il est numéro 1 dans une entreprise et se retrouve à la rue en une demi-heure, viré sans savoir pourquoi. Tout ce que je raconte, il me l’a dit, même si je l’ai écrit autrement. Il finit en bas d’une tour de la Défense avec ses cartons et les vigiles qui lui disent de ne plus entrer même s’il a oublié un truc. Ils ne le connaissent plus. Peut-être que certains se croyaient à l’abri comme lui, non. Dans le dégraissage, c’est un changement de stratégie. On met un cadre plus neuf, qu’on paiera moins.

Que pensez-vous du paysage politique depuis l’élection d’Emmanuel Macron ?

Bernard Lavilliers: Il paraît sûr de lui jusqu’au moment où ça va se dégrader. La France n’est pas une entreprise. Il y a des êtres humains. La robotisation, les nouvelles technologies, on en est parfaitement conscient. On ne va pas maintenir des emplois qui n’existent plus. Je sais bien qu’on ne vendra plus de CD la prochaine fois, mais je ne vais pas m’obstiner à croire que le vinyle va le remplacer ! Macron a une fâcheuse tendance à prendre les gens pour des cons. C’est sa grande jeunesse peut-être qui fait ça. Là où Michel Onfray a raison, c’est qu’on a eu le choix entre l’extrême droite et lui. Alors ? Voilà l’histoire. Ce que je pense de sa grande entreprise de nettoyage, de transparence, c’est qu’il n’y aura jamais autant de corruption. Parce que ce ne sont pas des gens de métier et que les personnes issues de la société civile gagnaient plus d’argent auparavant. À la limite, il pourrait démontrer que le capitalisme moderne, c’est la solution, qu’il est plus humain. Moi, je ne le pense pas. Ce que Macron a réussi à faire, c’est détruire à peu près le Front national. En fait, on assiste à un grand écart entre un vieux monde avec de vieilles obsessions comme les nationalistes et un monde de geeks, comme mon petit-fils, qui bosse dans une espèce de ruche de cerveaux, sans connexion avec le réel. Le problème est qu’il n’y a pas de production tangible, c’est pour ça que je me moque de Mittal dans la chanson Fer et défaire.

Heureusement, à la fin, il y a une note d’optimisme avec l’Espoir, que vous interprétez en duo avec Jeanne Cherhal…

Bernard Lavilliers: Que j’ai voulue en conclusion de mon album un peu raide, noir. Ce n’est pas un disque romantique, c’est plutôt un album de journaliste. Ça parle beaucoup de choses qui se passent. Il fallait une voix comme celle de Jeanne, que j’aime beaucoup. C’est un peu Le soleil se lève aussi, malgré tout ce qu’on a vécu ces derniers temps, et ce n’est pas fini, cette menace.

 

5 Minutes au paradis, un album fort et émouvant

Son nouvel album traduit la conscience du chanteur, magnifique passeur de poésie qui continue de croire en un monde meilleur.

Bernard Lavilliers, qui va fêter ses 71 ans en octobre, ne vieillit pas, animé par la musique, sa passion depuis plus de cinquante ans, et son envie de toujours boxer le système : « Ça me plaît d’être en colère indéfiniment », s’amuse-t-il. Ses chansons continuent d’accompagner le mouvement du monde, nourries de l’actualité, même quand elle est sombre comme aujourd’hui. Dans son nouvel album, 5 Minutes au paradis, il s’en remet d’abord à la poésie avec la Gloire, poème de Pierre Seghers écrit durant la guerre d’Algérie. Il célèbre Paris et ses poètes (Paris la Grise, Montparnasse-Buenos Aires…), évoque les attentats (Vendredi 13), la crise et la désindustrialisation avec Fer et défaire (« Mittal le serpent minéral ») ou Charleroi, qui rappelle le titre Saint-Étienne, écrit en 1975. Un album « raide, noir », dit-il, celui d’un journaliste-poète qui trempe sa plume dans la réalité de l’époque. À l’image de Bon pour la casse, sur le chômage, ou de Croisières méditerranéennes, qui témoigne de la tragédie des réfugiés mourant en mer. Un disque qui traduit la conscience du chanteur, magnifique passeur de poésie, qui continue malgré tout de croire en un monde meilleur avec l’Espoir, superbe duo avec Jeanne Cherhal, qui conclut un album fort et émouvant réalisé avec la complicité de Romain Humeau, Fred Pallem, Feu Chatterton ! Benjamin Biolay et Florent Marchet. V. H.

 Album 5 Minutes au paradis, chez Barclay. Le chanteur sera en tournée à partir du 3 novembre et à l’Olympia du 24 novembre au 3 décembre.

Musique. Les ambitions françaises du festival Lollapalooza


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L’artiste Flume se produit sur le stade de Samsung à Lollapalooza, le 31 juillet 2016 à Chicago, Illinois.

Le festival Lollapalooza débarque à Paris par Victor Hache. L’arrivée en juillet à Paris du géant américain, où l’on attend 50 groupes et 120 000 festivaliers, inquiète les producteurs-tourneurs et festivals d’été qui craignent une déstabilisation d’un marché fortement concurrentiel avec cette nouvelle offre.

Cette fois, c’est officiel. Le Lollapalooza aura bien lieu les 22 et 23 juillet à l’hippodrome de Longchamp. L’un des plus mythiques festivals itinérants nord-américains débarque à Paris avec du lourd côté têtes d’affiche, où seront présents Red Hot Chili Peppers, The Weeknd, Pixies, IAM, Imagine Dragons, mais aussi London Grammar, DJ Snake, Alt-J, The Roots, Liam Gallagher, LP, The Hives, Editors ou encore Glass Animals. Une cinquantaine de groupes principalement anglo-saxons qui se produiront durant deux jours sur quatre scènes devant des milliers de personnes, dans un contexte musical estival déjà fortement concurrentiel sur la région parisienne.
L’arrivée du Lollapalooza est en passe de redessiner le paysage des musiques actuelles en France.L’objectif est de favoriser la venue des jeunes et des famillesNé à l’initiative de Perry Farrell, leader du groupe de rock Jane’s Addiction, ce festival créé en 1991 s’est rapidement installé à Chicago en 2003, où il a connu un énorme succès avec plus de 120 000 personnes par jour chaque été. Le Lollapalooza, qui ne cache pas ses ambitions mondiales, est déjà implanté à São Paulo, Buenos Aires, Santiago mais aussi à Berlin, où il est arrivé en 2015. Le concept ? Proposer une affiche des plus grandes stars pop-rock pour des spectacles fédérateurs capables de réunir les plus grandes foules. Tout y est pensé, du prix des places qui va de 25 euros à 149 euros le passe deux jours donnant accès à l’ensemble des concerts, à l’entrée gratuite pour les enfants de moins de 10 ans. L’objectif étant de favoriser la venue des jeunes et des familles sur le site. À l’intérieur, outre les concerts et spectacles, on trouvera un espace dédié à l’environnement et au développement durable, un village gastronomique dédié à l’art culinaire, un espace kids destiné au partage en famille avec ateliers créatifs ou sportifs.
Bref, tout a été étudié pour vivre une expérience unique entre musique et loisirs. Un concept d’entertainment (divertissement) bien rodé qui a fait ses preuves à l’étranger. Le tout décliné comme une marque à travers le monde qui pourrait faire de l’ombre aux festivals déjà nombreux se déroulant durant les deux mois d’été à Paris, de We Love Green à Solidays, Download, Rock en Seine ou Fnac Live, événement gratuit prévu le même week-end que le Lollapalooza, qui a dû déplacer ses dates (6-7-8 juillet) pour éviter d’être face à ce mastodonte.
« C’est l’Amérique qui impose encore une fois »
Le Lollapalooza Paris est organisé par Live Nation France, déjà producteur du Main Square d’Arras, du festival parisien de rock metal Download, de I Love Techno à Montpellier, de nombreux grands concerts au Stade de France, U2, Depeche Mode…, qui a aussi racheté en 2016 Nous Productions, l’un des deux tourneurs, avec Radical Production, qui programmaient Rock en Seine. Filiale hexagonale de la multinationale du spectacle américaine qui produit 22 000 shows par an et plus de 2 300 artistes, elle est avec Fimalac – qui a dans son portefeuille des sociétés comme Gilbert Coullier (Johnny, Polnareff), Auguri (Jain, Julien Doré…), Thierry Suc (Mylène Farmer…), cent salles de spectacles (Pleyel, Zéniths) – le groupe de Marc Ladreit de Lacharrière également coté en Bourse, l’un des deux plus grands producteurs de l’industrie de loisirs et des spectacles en France.
Un phénomène de concentration de capitaux doté d’une puissante envergure financière dont la position dominante inquiète les acteurs du métier : « Ce qui arrive était inéluctable, confie ce tourneur indépendant sous couvert d’anonymat. On va de plus en plus vers une consommation de masse sur un certain type de concerts. Ce n’est pas étonnant qu’il y ait davantage de grosses structures qui s’occupent de ces événements énormes. C’est sûr que cela risque de déstabiliser le marché parisien. » Aujourd’hui les enjeux sont tellement lourds que des producteurs indépendants sont souvent rachetés par les grands industriels du spectacle, car « il devient difficile d’être compétitif dans un marché de la musique où il faut sortir des sommes énormes pour garder un artiste dans son écurie et organiser des tournées ».
Angelo Gopee, directeur général de Live Nation France à l’origine de la manifestation, considère a contrario qu’il y a de la place pour tout le monde et que le Lollapalooza ne gênera pas les autres festivals : « Regardez tout ce qui se passe en termes d’événements aujourd’hui. Depeche Mode, Guns N’ Roses, Coldplay, U2, Céline Dion… il y a des concerts tout le temps et ça ne gêne personne. Il faut savoir que plus de 50 % des billets, on les a vendus sur l’international, la moitié des billets restants est de province et 20 à 25 % ont été achetés par des Parisiens. Sur un bassin de population de 14 millions de personnes, sur 120 000 personnes attendues, ça signifie que 30 000 Parisiens vont venir. Je ne vois pas en quoi cela mettrait en danger les autres festivals, que ce soit We Love Green, Solidays ou Rock en Seine. L’idée n’est pas de se mettre en concurrence, mais d’arriver intelligemment à répartir des artistes sur des événements qui ont chacun leur identité. »
Dominique Revert, d’Alias, producteur indépendant des festivals Beauregard, Garorock, Musilac (tourneur de Muse, Cure, Franz Ferdinand, Noel Gallagher, Lou Doillon, Last Train), a un avis plus tranché sur le Lollapalooza, qu’il compare aux blockbusters dans le domaine du cinéma : « On voit que c’est une affiche qui a été faite par les Américains. Ils ont visiblement demandé à la société parisienne Live Nation de compléter avec des artistes français. Ça veut dire quoi ? Que les Français ne sont plus maîtres d’une programmation sur leur sol. C’est l’Amérique qui impose encore une fois, comme ça été le cas avec Netflix. » Le producteur-tourneur évoque aussi le problème des subventions accordées par la ville et la région aux festivals, qui risquent « d’être divisées » avec cette nouvelle offre : « La Mairie de Paris a autorisé la venue du Lollapalooza parce que ça va faire bouger la ville. Mais on est en France, on n’a pas le même potentiel de festivals que les Anglais, qui ont la culture de la musique. Entre We Love Green (10-11 juin), Rock en Seine (25-27 août) et les événements de fin d’été, les gens n’ont pas le porte-monnaie extensible. »
 
Le festival We Love Green justement, Marie Sabot, sa directrice, estime que sur un marché fragile il faut que chacun puisse trouver sa place, « échanger et collaborer plutôt que d’être en concurrence ». La jeune patronne qui coproduit avec le label indépendant Because Music l’événement, qui se déroule depuis l’an dernier au bois de Vincennes, souligne que We Love Green n’a pas les moyens d’avoir de grosses stars du calibre du Lollapalooza : « On est un festival défricheur, où se sont produits pour la première fois des groupes et des artistes comme La Femme, Flavien Berger, Jacques ou Christine and The Queens, qui maintenant portent ce drapeau de la jeune scène française. » Plutôt que de lutter contre le rouleau compresseur Lollapalooza, le festival entend travailler ses particularités en proposant un programme culturel plus large : « On est un événement pluridisciplinaire (concerts, conférences sur l’environnement, start-up de jeunes entreprises d’économie solidaire) là où d’autres alignent les scènes musicales. Je crois que la seule solution, c’est l’exception culturelle. »
 
Un point de vue partagé par cet autre producteur-tourneur indépendant qui préfère rester anonyme : « L’arrivée du Lollapalooza, c’est un peu comme les supermarchés et les commerces de proximité, ça va chambouler l’ADN des autres festivals. Ils vont être obligés de se positionner différemment et repenser leur concept pour s’adapter au fait que les têtes d’affiche c’est fini, que c’est Live Nation qui les a et compte les garder pour ses festivals. Plutôt que de lutter contre, je pense qu’il y a intérêt à comprendre comment fonctionne une entité comme Live Nation, de manière à trouver sa place sur des marchés qu’ils ne vont pas couvrir. » Autant dire une vaste mutation qui touche un secteur contraint ces dernières années à s’adapter et à revoir son modèle économique depuis la baisse du marché du disque : « Pour entrer dans la compétition, quand un artiste est sur le marché et qu’il cherche une production, s’il n’a pas Fimalac ou Live Nation avec lui, ce n’est pas la peine d’y aller. Ils font des coups, leur font gagner un maximum d’argent en très peu de temps, car aujourd’hui les carrières d’artistes sont de plus en plus courtes. »
Lollapalooza Paris 2017Les samedi 22 et dimanche 23 juillet 2017.
 
 Les artistes de la première édition du Lollapalooza Paris:
  • RED HOT CHILI PEPPERS
  • THE WEEKND
  • IMAGINE DRAGONS
  • LANA DEL REY
  • DJ SNAKE
  • LONDON GRAMMAR
  • ALT-J
  • PIXIES
  • THE ROOTS
  • MARSHMELLO
  • IAM
  • LIAM GALLAGHER
  • THE HIVES
  • MARTIN SOLVEIG
  • EDITORS
  • LA FEMME
  • SKEPTA
  • GLASS ANIMALS
  • WALK OFF THE EARTH
  • LP
  • MILKY CHANCE
  • YELLOW CLAW
  • DON DIABLO
  • OLIVER HELDENS
  • KALEO
  • CRYSTAL FIGHTERS
  • RIVAL SONS
  • JAUZ
  • ALAN WALKER
  • SLUSHII
  • NGHTMRE
  • TOM ODELL
  • SEASICK STEVE
  • JOYRIDE
  • OSCAR AND THE WOLF
  • BEAR’S DEN
  • TIGGS DA AUTHOR
  • BLACK TIGER SEX MACHINE
  • JEREMY LOOPS
  • ANNA KOVA
  • DON BROCO
  • TESS
  • MOKSI
  • MAX JURY
  • HENRI PFR
  • CINNAMON
  • DUSTYCLOUD

 

Emilie Simon : « Le Paris du début du siècle est magique »


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Après avoir privilégié les ambiances électro, la chanteuse revient avec Mue. Un album marqué par la poésie de la Ville Lumière qui lui permet de se réinventer grâce à un son plus ample et à la présence d’un orchestre à cordes.

Le nouvel album d’Émilie Simon va surprendre ses fans. La chanteuse originaire de Montpellier, qui commencé sa carrière en 2003 en explorant toutes les possibilités offertes par la musique électronique, revient avec Mue. Un disque extrêmement bien produit, au son ample et organique dû à la présence d’un orchestre à cordes, réalisé avec la complicité du musicien électro français Tahiti Boy ou encore du producteur et réalisateur anglais Ian Caple (Tindersticks, Alain Bashung…).

Alors que son album The Big Machine avait bénéficié des climats urbains de New York, où elle a longtemps vécu, celui-ci s’imprègne d’atmosphères plus rétro, propres à Paris, où la chanteuse vit désormais. Trois ans après Franky Knight et ses tonalités mélancoliques, Émilie est aujourd’hui plus radieuse, émue par la poésie de la Ville Lumière, capitale fantasmée des années 1900 à laquelle elle déclare sa flamme : « Il y a une poétique du Paris du début du siècle dernier, que je trouve sublime, confie-t-elle. Ça me fait rêver de penser à la construction de la tour ­Eiffel, du métro, à l’art nouveau. C’est une période magique. »

Une nouvelle odyssée pour Émilie Simon, trente-six ans, chanteuse voyageuse et romantique qui se réinvente en étant à l’origine d’une palette musicale aux teintes plus chaudes que celles de ses premières chansons, où elle apparaissait technoïde, femme orchestre aux claviers-synthés commandés depuis son bras électronique : « Je me suis éloignée des machines parce que j’avais envie de cordes. C’est une autre façon d’écrire. »

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Auteure de la BO du film la Marche de l’empereur, elle a toujours été exigeante dans ses choix artistiques, qu’il s’agisse des compositions, des arrangements ou de ses collaborations musicales : « Chaque choix modifie le chemin, ouvre des portes. Avec toujours cette question : jusqu’où je veux aller ? » Une mue naturelle dans laquelle Émilie se révèle sereine et plus féminine au cœur d’un univers « moins conceptuel », souligne-t-elle. « J’ai toujours été féminine. Simplement, la féminité s’exprimait de manière éthérée. Là, elle est plus incarnée. C’est davantage ancré dans le côté humain. » Un album dont les thèmes témoignent du sentiment amoureux et de ses différentes météos intérieures, « la fascination, l’amour idéalisé, la déception, les larmes ». À l’image du single Menteur : « C’est l’idée que nous n’avons pas qu’un seul visage. C’est intéressant de voir quelle facette on veut bien montrer, à quel moment on joue un rôle. »

Il y a des ambiances presque funky ou orientales, des tempos afro-cubains et des ballades féeriques au piano où l’on retrouve sa voix enfantine à la Kate Bush. Un registre qui confirme son talent et son originalité dans le paysage des musiques actuelles. Il va permettre de redécouvrir la chanteuse qui, après s’être longtemps protégée derrière ses instruments sur scène, entend maintenant aller vers les gens. Pour s’ouvrir au monde. Une vraie renaissance.

Album Mue chez Barclay. Tournée du 17 avril au 4 juillet, dont Printemps de Bourges le 25 avril.