Renaud : « Je me sens super bien, j’ai retrouvé une pêche d’enfer ! »


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Renaud Toujours debout par Victor Hache. Après des années de dépression et d’alcool, le chanteur revient en pleine forme et sort Toujours debout. Un album chargé d’humanité et de poésie où il évoque le temps qui passe, l’enfance, la manif de janvier 2015 pour Charlie, les paparazzis… avant de partir en tournée en octobre.

 

Ça fait plaisir de vous retrouver après toutes ces années d’absence où on s’inquiétait pour votre santé. Comment vous sentez-vous ?

Renaud : Des années d’absence, d’errance, des années à me perdre dans des vapeurs éthyliques. J’ai paumé dix ans de ma vie. Aujourd’hui, je me sens super bien. Je dors cinq heures par nuit, je me réveille en pleine forme à 7 heures du matin. J’ai retrouvé une pêche d’enfer suite à l’arrêt définitif de l’alcool depuis six mois et demi. Je me sens renaître. Physiquement, j’ai rajeuni de quinze ans, dans mon corps ça se sent, sur mon visage ça se voit.

Et la voix, ça va mieux ?

Renaud J’ai retrouvé ma voix des grands jours, j’allais dire ! (Rires.) Je n’ai jamais été un grand chanteur mais j’ai toujours chanté à peu près correctement. Pendant toutes ces années, ma voix était pourrie par la nicotine, par l’alcool. Les cordes vocales, le larynx, le pharynx, le potassium, les gamma-GT, les transaminases, tout était dans le rouge. J’avais beaucoup de mal à chanter. Je ne chantais plus d’ailleurs depuis l’album irlandais Molly Malone que j’ai fait en 2009, qui était une catastrophe vocalement. Mais je vais le rechanter, reposer ma voix dessus à l’occasion, une voix que j’espère limpide et claire. Aujourd’hui, elle est toujours un peu embrumée par le tabac, mais audible.

Vous avez connu des années de dépression. Qu’est-ce qui vous rendait malheureux ?

Renaud Je ne sais pas. La parano, l’hypocondrie, la peur de la mort. Et surtout la peur de la vie. J’avais, je ne sais pas pour quelle raison, perdu l’inspiration, le goût de l’écriture, de la lecture, du cinéma, des musées, des galeries. Tout ce qui fait la richesse d’une vie, ce qui embellit la vie.

Vous le chantez d’ailleurs dans une très belle chanson où vous dites« les mots ça vous libère de tous les maux »…

Renaud C’est ma préférée. C’est un hommage aux gens qui écrivent, qui nous enrichissent par des mots, des idées, des sentiments, des émotions, par leurs amours, leurs colères, leurs envies, leurs besoins. C’est un hommage aux écrivains quels qu’ils soient, les grands, les petits, aux gens qui lisent, qui aiment la lecture, comme on aime la peinture, la nature. Lire, apprendre, c’est résister à ce monde barbare.

Diriez-vous que la poésie vous a sauvé ?

Renaud Elle m’a sauvé et est revenue récemment au grand galop. En trois jours précisément entre le 29 mars au matin et aujourd’hui à 7 h 30, j’ai écrit douze chansons pour enfants que j’espère sortir à Noël, en plus des chansons de mon nouvel album.

Où l’on trouve déjà plusieurs chansons sur l’enfance…

Renaud Oui, sur mon fils Malone. Il y en a une sur ma petite-fille Héloïse que j’ai coécrite avec Renan Luce, mon petit gendre. Il y a des chansons sur la vie. C’est un disque un peu introspectif, à l’image de La vie est moche et c’est trop court, la chanson la plus désespérée de mon répertoire. J’ai commencé à l’écrire il y a dix ans, j’ai retrouvé le brouillon dans un bouquin d’archives et j’ai retravaillé cette chanson qui raconte mes années de désespoir.

Il y a aussi Mon anniv, qui évoque le temps qui passe. Cela vous fait peur de vieillir ?

Renaud C’est une chanson de prime abord fantaisiste mais qui a quand même un fond sur la vieillesse, la mort qui se rapproche chaque année. Quand on me souhaite mon anniversaire dans un grand moment de joie partagée, pour moi c’est un jour de deuil, un pas de plus vers la mort, la vieillesse et la souffrance alors que mes amis célèbrent ça avec force musique, cadeaux, textos, gâteaux. J’ai peur tout le temps, mais quand je vois Hugues Aufray, 87 ans, Charles Aznavour, 90 ans, qui sont encore sur scène, toujours vivants et toujours debout, ça me rassure et je me dis que j’ai encore de belles années à voir venir ! (Rires.) Par contre, ce que je regrette un peu, c’est de n’avoir quasiment pas de chansons, à part Hyper Cacher, colère, coups de poing, pas de chansons qui foutent des coups de pied dans la fourmilière, pas de chansons « engagées », pas d’Hexagone, Où c’est que j’ai mis mon flingue ?, Société tu m’auras pas, Camarade bourgeois. J’avais envie d’émotion, de poésie et de tendresse dans cet album.

Le disque s’ouvre par J’ai embrassé un flic. On ne s’attendait pas à cela de la part du Renaud anar…

Renaud C’est une chanson d’hommage aux quatre millions de personnes qui ont défilé dans les rues de Paris pour mes amis de Charlie Hebdo le 11 janvier 2015. Quatre millions de personnes entourées par des centaines de flics sympathiques, débonnaires et solidaires. J’ai craqué, à un moment, j’en ai pris un dans mes bras. Je ne l’ai pas embrassé, mais enlacé et je lui ai dit : « merci mon frère » et il m’a dit « de rien mon pote ». C’est une petite anecdote sur une grande manif.

Que vous inspire cette époque si sombre et si violente que nous vivons ?

Renaud Le dégoût, moi qui suis non violent par nature – d’abord parce que je ne suis pas bâti ni musclé pour la violence. Je ne me suis jamais battu de ma vie et je le revendique haut et fort. Je n’ai comme arme que les mots et la musique pour me défendre. C’est peu de chose face à ces gens, cette infime minorité d’islamistes. Et je dis bien « infime minorité » sur les millions de musulmans modérés. Une minorité terrorisante qui n’aime pas les mots, la musique, la danse, les arts, qui ne jurent que par le Coran et leurs sourates.

Auriez-vous pu écrire sur le Bataclan ?

Renaud Bien sûr, mais j’étais trop bouleversé pour évoquer ces orphelins, ces enfants qui ont perdu père et mère au Bataclan, sur mes amis qui étaient présents qui ont assisté les blessés, qui ont réconforté les traumatisés et les victimes. Des très proches de ma fille, notamment une amie qui s’appelle Amélie dont les fenêtres donnaient sur le restaurant le Petit Cambodge, qui a échappé de peu à une rafale. Je suis dégoûté par ces horreurs.

Vous regrettez qu’il n’y ait pas de chansons qui donnent « des coups de pied dans la fourmilière » , mais dans le titre Toujours debout vous réglez quelques comptes avec les médias…

Renaud Des médias qui m’ont pourri la vie à une époque où je les fuyais comme la peste. Je ne voulais plus un micro tendu vers moi, plus une caméra sur mon visage, je suis parti en retraite anticipée, heureusement pas définitive, dans le sud de la France, à L’Île-sur-la-Sorgue. Et les médias s’en sont donnés à cœur joie pour me débiner dans des reportages à la con. La presse people m’a pourri de paparazzis qui m’ont shooté dans des postures un peu désespérantes, pas toujours au bon moment, au bon endroit. Outre l’atteinte à la vie privée, c’est une atteinte à mon âme. Je vomis ces gens-là.

Quel regard portez-vous sur la situation politique ?

Renaud C’est très simple, je suis complètement désabusé, désespéré par ce gouvernement pourri qui se dit de gauche, pour lequel on a voté sans grand espoir. On n’a pas été trahi puisqu’on ne croyait pas à leurs promesses. Par discipline républicaine et démocratique, je suis allé voter pour la gauche toujours « socialo », comme un con. Plus jamais ils n’auront ma voix. Ce sont des sociaux-traîtres. Je peux donner trois exemples parmi de nombreux. Cette loi sur la déchéance de nationalité que même la droite n’aurait pas osé voter, cette loi sur la réforme du travail qui est une insulte à la jeunesse, aux travailleurs de ce pays, aux plus démunis et la décoration accordée généreusement et dans la plus grande discrétion par François Hollande à ce ministre d’Arabie saoudite. Arabie saoudite qui mène une guerre ignoble au Yémen, qui a tué des dizaines de milliers de personnes. La dernière fois que j’ai lu des infos là-dessus, il y avait 6 100 morts, femmes et enfants en grande partie et combattants anti-Daech au Yémen. Eh bien l’Arabie et nos armes qu’on leur vend sans scrupule et sans honte. Ce gouvernement de gauche qui fait des profits avec des armes de destruction massive, je trouve ça à désespérer.

En octobre vous partez pour une longue tournée avec une vingtaine de Zénith à Paris et en province. Allez-vous avoir la force de faire tout ça ?

Renaud Pour l’instant, il y a une cinquantaine de dates. Ce n’est que le début puisque la tournée va durer un an. On commence à doubler les locations dans des salles de certaines villes en France. Après, il va y avoir une tournée au Québec, que j’aime tellement, en Belgique, en Suisse plus la majorité des festivals d’été. Et je finirai peut-être dans des pays lointains comme La Réunion, Madagascar, l’île Maurice. Et j’irai en Irlande, en Angleterre et en Allemagne, où j’ai un public fraternel et chaleureux.

Prêt à faire la Fête de l’Humanité, où vous êtes déjà passé trois fois ?

Renaud J’aurais bien aimé la faire en septembre prochain mais je serai encore en pleine répétition et je n’aurai pas fait ma première à Paris. Mais, pour 2017, c’est sûr et certain, en souvenir des quelques fois où j’ai fait la Fête de l’Huma. Ce serait un grand plaisir. Ça a été merveilleux notamment sur le dernier concert en 2007 avec l’album Rouge sang. C’était extraordinaire, devant 80 000 personnes, à l’époque où j’étais un militant acharné pour la libération d’Ingrid Betancourt.

Album Toujours debout chez Parlophone/Warner. Tournée à partir du 1er octobre.
À lire : Chroniques de Renaud parues dans Charlie Hebdo, aux éditions Helium.

Renaud, tendre et fragile, mais toujours debout. 

« J’aurais pas cru, y’a trente ans, qu’au lieu de leur balancer des pavés à tour de bras, j’en serrerais un contre moi », chante Renaud dans J’ai embrassé un flic, titre phare de son nouvel album qui fait écho aux manifestations qui ont suivi les attentats de Charlie. Renaud est « toujours debout », plus attendri aussi, préférant aujourd’hui les chansons emplies de poésie et de mélancolie aux morceaux coups de poing. Il a retrouvé le goût de vivre au travers d’une écriture sensible témoignant en creux du spleen de ses dix dernières années de perdition marquées par l’alcool. Il laisse parler son cœur porté par « les mots qui rendent la vie moins dégueulasse », chante l’enfance, sa petite-fille ( Héloïse), son fils Malone ( Petit bonhomme), le temps qui passe ( Mon anniv, La vie est moche et c’est trop court) et évoque les drames de 2015 ( Hyper Cacher). Le tout d’une voix fragile et émouvante qui va droit au cœur. Du grand Renaud dont le regard plein de tendresse nous réconcilie avec la vie, loin de ce monde de haine et de peur qui nous entoure.

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Christophe : « Je crée dans la solitude »


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« C’est les machines qui commandent. j’ai utilisé les samplers et aujourd’hui il y a les plugins. J’aime chercher des sons tout le temps », explique Christophe.

 

Christophe Les Vestiges du chaos par Victor Hache. À 70 ans, le chanteur des Mots bleus sort les Vestiges du chaos. Un album aux ambiances électro-rock nappées de synthés et de cordes, avec en prime un hommage à Lou Reed et un duo avec Alan Vega.

 

« Les vestiges du chaos », ça signifie quoi pour vous ?

Christophe C’est un titre qui est arrivé à la fin quand Jean-Michel Jarre m’a écrit ce texte. C’est vraiment la résonance de ce que j’ai vécu car c’est un album qui a été dur à vivre pour moi. À un moment il y a eu des portes d’incompréhension entre mon camp et celui de mon label. J’en ai souffert et j’avais décidé d’arrêter et de me tirer à Tanger. Dans cette solitude, je pensais que je n’étais pas tellement un mec du show-biz et je me disais « et si je lâchais tout ? ». Je n’aime pas qu’on pense pour moi. Et la passion de tout ce que j’ai amassé comme matière sonore dans mes tiroirs l’a emporté. Je me suis mis à ressortir les machines et à recréer. C’est ce chaos-là dont je parle.

Vous êtes allé très loin dans le travail de votre matière sonore…

Christophe J’ai vraiment pétri la pâte pour faire le meilleur pain. Cela s’appelle l’évolution, être en phase avec la technologie. La chance que j’ai, c’est que je vieillis avec mon temps. Je ne suis pas quelqu’un du passé, c’est pour ça que je ne suis pas dépassé ! (rires). À l’époque, si on m’avait laissé faire, j’aurais été plutôt avant-gardiste.

Dans les années 1965-1970, vous aviez l’image d’un chanteur romantique et puis votre univers musical est devenu plus « expérimental ». À quel moment vous êtes-vous intéressé aux musiques électro ?

Christophe  En 1972, avec l’ARP Odyssée, mon premier synthé monophonique. C’est avec celui-là que je suis parti en Angleterre chez Elton John faire mon premier disque, où presque toute la matière vient de cet instrument. Ce synthé a été mon professeur. Après est arrivé le synthé Éminent, avec lequel j’ai fait des trucs sur les Mots bleus, les Paradis perdus. C’est les machines qui commandent. Après, j’ai utilisé les samplers et aujourd’hui il y a les plugins. J’aime chercher des sons tout le temps.

Votre musique est très aérienne, comme une sorte de rêve…

Christophe Le piano a beaucoup aidé. Je me suis mis à cet instrument il y a deux ans et demi. Il m’a ouvert au niveau de la composition. Quand j’en parle, je pense toujours à cet homme que j’admire, Trent Reznor (musicien américain, fondateur du groupe de rock industriel Nine Inch Nails – NDLR) qui pour moi est comme un dieu.

Il y aussi une chanson sur Lou Reed…

Christophe La dernière fois que je l’ai vu, c’était après son concert à l’Olympia. Lou, il est dans le film de cet album. C’est quelqu’un qui m’a marqué, comme Alan Vega, qui m’a poussé à mettre la voix de Lou dans la chanson. Je crée dans la solitude puis il y a les rencontres. Je marche à ça, à l’inconnu.

Parmi les paroliers, on compte cinq auteures, il y aussi la voix d’Anna Mouglalis. La femme reste un moteur idéal ?

Christophe Elle est ma première inspiration. Je suis attiré. La femme, c’est le rêve, le fantasme, le pourquoi on est sur la terre. Dans le film de mes chansons, j’ai aimé rencontrer Anna Mouglalis, Sara Forestier (pour le clip Dangereuse). C’est pour ça que l’album se fini avec E Justo, où j’envoie une lettre à mes parents qui dit : « J’ai 14 ans, ça y est j’ai plongé. » L’amour, j’ai toujours l’impression que c’est caché, mal pensé, tabou. Moi, j’en parle tout le temps, j’assume.

D’où vient votre attirance pour les atmosphères cinématographiques, voire littéraires qui imprègnent votre univers ?

Christophe Pourtant, je ne suis pas très littéraire ! (rires). Peut-être est-ce l’influence des ouvrages qui m’entourent. J’aime les vieux livres dont je collectionne les numéros 1. Ma littérature passe par des auteurs comme Joë Bousquet, un surréaliste qui est sur l’esthétisme féminin et la relation amoureuse. Il ne l’a pas connue car il s’est pris une balle dans la colonne quand il avait 20 ans, qui l’a obligé à vivre sur un siège. Tout son univers, c’est vraiment autre chose, on sent que ce n’est pas écrit comme un mec normal. Je le préfère à Rimbaud. Pourquoi j’aime John Fante ? Parce que je me perds dans ses livres. J’adore les bouquins qu’on a envie de dévorer comme le Parfum de Süskind ou ceux d’Anaïs Nin.

Vous vivez beaucoup la nuit, à l’écart du monde. Le réel ne vous intéresse pas ?

Christophe C’est difficile de répondre. Le réel, s’il ne m’intéressait pas, je n’aurais pas acheté le livre de Christiane Taubira. J’ai une attirance pour la façon d’être rebelle, vraie de cette femme. Si la gauche c’est ça, je veux bien. Mais je ne suis ni de gauche ni de droite, car pour moi tout ce qui s’oppose, c’est la guerre. Je n’ai pas ma place dans ce truc-là, mais j’observe beaucoup et ce que je vois aujourd’hui me met K.-O.

Album les Vestiges du chaos chez Capitol Music France/Universal. Tournée à partir du 26 mai, concerts salle Pleyel le 31 janvier 2017, 1er, 2 et 3 février.