Olivia Ruiz : « Je suis tout feu, tout larmes »


 

Olivia Ruiz, A Nos corps-aimants par Victor Hache. Après le Calme et la Tempête, la chanteuse sort À nos corps-aimants. Un album à l’énergie positive qui résonne comme un appel à l’amour et au plaisir charnel, où elle rend hommage à l’univers féminin.

 

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« Sur scène, Il faut que je danse, que je fasse rire les gens. Là, je suis comblée. Je me sens d’utilité sociale ! »

Quelle lecture faites-vous du titre de votre album À nos corps-aimants  ?
Olivia Ruiz: J’ai voulu ces deux mots reliés par un tiret pour signifier que ce n’est pas juste des corps qui s’aiment mais des corps qui s’aimantent. C’est ce moment qu’on ressent tous, où on est hyperattiré physiquement par quelqu’un. Tu sais qu’il ne faut pas y aller, que ça va donner que des moments pourris, que tu vas souffrir. Et qu’est-ce que tu fais ? Tu y vas (rires) ! C’est quelque chose que j’ai toujours trouvé savoureux. Cette ambiguïté entre le fait de se sentir plein quand tu brûles de désir ou d’amour et en même temps cette souffrance dans laquelle tu te jettes tête baissée. J’avais commencé à écrire cette chanson et là j’accouche. J’ai toujours pensé que je n’allaiterais pas. Ma poitrine pour moi, c’est la sensualité, elle est pour mon mec et pas pour mon bébé. Tu parles ! Je n’étais même pas à trois mois de grossesse que tout mon corps disait : « Je veux être le plus près possible de lui. » Cette petite bouche aimantée à mon sein, c’était la découverte d’une autre forme de lien charnel. Et j’ai terminé la chanson en pensant à Nino, mon enfant.
Cet album, au fond, c’est une ode à la féminité ?
Olivia Ruiz: Certainement. En fait, il y a deux femmes majeures dans cet album, la mère et la femme dans toute sa puissance charnelle. Mais c’est plus un disque de femme que de maman quand même globalement.Où vous jouez avec les mots comme dans « Mon corps, mon amour » et osez « Je baise, donc je suis »  !Olivia Ruiz Au moment d’écrire les paroles de la chanson, j’ai pensé : « Une femme qui est juste une victime et qui prend cette facilité d’aller se consoler dans d’autres bras, je ne peux pas. Ce n’est pas moi ce personnage. » C’est trop facile, au lieu de se battre pour sauver son couple. Il fallait qu’elle ait une épaisseur supplémentaire cette nana. L’utilisation de mots aussi cash, tout d’un coup, on la comprend comme aussi féministe. Une femme qui est dans le combat. Elle affirme son besoin qui est là en tendant une perche à son mec à qui elle donne des clés pour saisir cette situation et continuer d’avancer ensemble.
Vous êtes sacrément sentimentale !
Olivia Ruiz Je suis une éponge aux sentiments des autres (rires) ! Je suis toujours tout feu, tout larmes, une hypersensible. Forte en apparence et fragile pour les proches parfois. J’ai plus de doutes et de peurs que de certitudes. Quand on devient mère, les angoisses sont juste déplacées. On se rend compte qu’on a la responsabilité d’une vie entre les mains, qu’une maman, c’est irremplaçable. Moi, qui suis fumeuse, je ne me suis jamais autant pris la tête sur la clope. Avant, je m’en fichais de mourir. Là, je ne m’en fous pas parce qu’il y a quelqu’un qui a besoin de moi. En même temps, il y a ce vertige de se dire : j’en ai pris pour perpète à devoir être un exemple, une bonne accompagnatrice pour qu’il construise sa vie. Son histoire familiale, je veux la lui transmettre. Je lui parle et je chante en espagnol. Il y a un sentiment de devoir de mémoire et de transmission.Vous êtes petite-fille d’émigrés espagnols qui ont fui le franquisme.
Pourquoi dites-vous : « Je porte en moi le poids de l’exil familial »  ?
Olivia Ruiz: Quelquefois je me demande si le fait que je me sente un peu illégitime, ce n’est pas à cause du fait que mes ancêtres se soient sentis illégitimes toute leur vie ? Je me sens tellement riche de leurs histoires, pleine et beaucoup plus intéressante comme être humain du fait de leurs parcours. Juste avant de monter sur scène pendant Volver (comédie musicale inspirée de la vie du chorégraphe Jean-Claude Gallotta), qui parle de ce sujet, je me disais : « J’ai réveillé tous mes fantômes. » Parfois, je ne me sentais pas à ma place. Il m’arrive souvent de me demander si le choix de ce métier est vraiment le mien.
Que voulez-vous dire ?
Olivia Ruiz: Est-ce que parfois, quand on est artiste, on ne cherche pas à être aimé parce que des gens parmi nos ancêtres n’ont pas réussi pleinement à être aimés ? Je crois beaucoup à la psychogénéalogie. J’aime profondément ce que je fais, la musique, mais ça aurait très bien pu être un hobby. Pourquoi chercher à en faire une carrière ? J’ai l’impression par moments de n’avoir presque pas choisi, que c’est mon métier qui m’a choisie.
La femme chocolat en tournée pour des  concerts interactifs
« Mon objectif sur scène est de faire que les gens oublient tous leurs emmerdes du quotidien. Il faut que je danse, que je les fasse rire. Là, je suis comblée. Je me sens d’utilité sociale ! (rires) Je me prépare à faire des concerts interactifs grâce à une application téléchargeable sur le site de la salle une heure avant le concert. Une idée rigolote où les gens pourront définir l’ambiance du spectacle, choisir ma robe, les tenues des musiciens, les morceaux de la setlist, partager grâce à un genre de Tinder éphémère, une façon amusante de se rencontrer ou diffuser leurs photos qui seront projetées sur les écrans. »

Fishbach, irrésistible ovni de l’électro-pop


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Une artiste aux chansons magnétiques, qui n’a pas peur de s’aventurer vers le bizarre

Fishbach sort l’album A ta merci par Victor Hache. Prix des Inouïs du Printemps de Bourges, lauréate du Fair… après sa création aux Transmusicales, la chanteuse sort À ta merci, un premier album original qui va marquer 2017.

«Je n’ai pas cherché à me donner des manières, j’ai juste trouvé cette voix avec laquelle je peux cracher mes tripes. » Ainsi parle Fishbach, chanteuse de 25 ans qui ouvre le bal en beauté en ce début d’année. Voix androgyne grave et légèrement rauque capable de monter dans les aigus, elle sort À ta merci, son premier album, paru sous le label indépendant Entreprise. Fishbach est une artiste aux chansons magnétiques, qui n’a pas peur de faire un pas de côté et de s’aventurer vers le bizarre. Le résultat est la fois incandescent et magnifiquement troublant. Un ovni que l’on compare déjà à Catherine Ringer, Françoise Hardy, Christophe ou Desireless. Chanteuse aux influences multiples, elle aime autant Bashung, Gainsbourg que Balavoine : « Un des chanteurs qui m’émeut le plus, confie-t-elle. Ses lignes de chant, ses mots, sa voix, tout me plaît chez lui. » Il y a aussi Patti Smith qu’elle a découverte lors d’un concert à Charleville-Mézières à l’âge de 15 ans : « Elle vient quelquefois se recueillir sur la tombe de Rimbaud et, comme elle est chic, elle donne un concert à chaque fois. J’ai été très émue en la voyant. Elle a chanté Horses, son premier album, avec une énergie incroyable. C’était encore plus intense que le disque, que j’adore. Ça a été une grosse leçon. »
Entre chanson et électro-pop, Fishbach est à l’origine d’expériences musicales originales. À l’image de sa récente création, un concert théâtralisé qui a marqué les dernières Transmusicales de Rennes. Si jusqu’ici elle se produisait en solo avec sa guitare Telecaster, on la découvrait entourée de musiciens, évoluant dans un décor de chambre : « Une pièce qui était comme le prolongement de mon âme, l’endroit dans lequel je compose la plupart de mes chansons. » Prix des Inouïs du Printemps de Bourges, lauréate du Fair (dispositif de soutien aux jeunes artistes), avant la sortie en 2016 d’un premier EP, elle a fait partie à 17 ans d’un duo punk. Une aventure qui a duré quatre ans et lui a donné le goût de la musique : « Elle me permet d’exprimer beaucoup de choses en moi. »
Un registre aux influences eighties.
Père routier, mère aide-soignante dans une maison de retraite, elle a grandi dans la région de Dieppe, en Normandie, mais c’est dans les Ardennes, d’où sont originaires ses parents, qu’elle a trouvé ses racines : « Je m’y suis sentie chez moi. Le côté frontalier, perdu dans la forêt, m’a beaucoup inspirée. Et il y a la Belgique toute proche où j’allais faire la fête et écouter de la techno ! » Après sa période radio-cassettes sur lesquelles elle enregistrait ses chansons préférées, c’est grâce à Internet qu’elle s’est forgé une identité musicale en allant piocher « des choses plus profondes qui me plaisaient ». Puis elle a connu Reims et son vivier musical électro et s’est installée à Paris où elle a rencontré des gens sensibles à sa musique qui flirte avec les ambiances variétés. « Pour moi ce n’est pas un gros mot, souligne-t-elle. La variété est un genre populaire qui parle à tout le monde. »
Un registre aux influences eighties né de l’utilisation des synthés des années 1980 : « Une période audacieuse où l’on prenait plus de risques. » Un univers aux contours mélancoliques où se croisent des thèmes sombres comme la rupture ou la mort : « Ma mère travaillait en gériatrie et mon oncle est croque-mort ! (Rires.) On en parle souvent en famille. La mort n’est pas taboue, elle fait partie de la vie ! » Des chansons traversées par une énergie sentimentale et un romantisme revendiqué : « Sublimer le tragique, c’est ce qui me plaît le plus ! » sourit la chanteuse à découvrir le 14 mars à la Cigale, à Paris.

Cyril Mokaiesh : « Cette société va droit vers son chaos »


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Cyril Mokaiesh : « Je crois aux hommes, qu’on a un temps de passage sur Terre et qu’on a des choses à y faire.»

Cyril Mokaiesh sort l’album Clôture par Victor Hache. L’interprète de Communiste revient avec Clôture. Un album fort et émouvant, mêlant romantisme, manifeste et regard politique où il parle de l’austérité de l’époque, de l’Europe, du FN ou des attentats, porté par un salvateur vent de révolte contre l’ordre du monde qu’il rêve de réinventer.

Un manifeste, un besoin de parler de l’époque, de ses rêves brisés et de ses violences sociales… Comment doit-on entendre Clôture  ?

Cyril Mokaiesh Il y a peut-être dans ce mot le sentiment d’enfermement de la vie dans laquelle on évolue. Ce sont les chants d’un partisan, un manifeste de quelqu’un qui doute, se pose des questions. Quelqu’un qui n’est pas toujours à l’aise avec son temps, son époque, un peu méfiant, sceptique du mot progrès, médias, politique, du mot amour parfois. Quelqu’un qui a ses raisons et ses blessures, qui n’a pas peur de les jeter en musique, en chansons avec comme fil conducteur une espèce de tendresse. Ce n’est pas exactement comme ça qu’on voyait les choses, donc, qu’est-ce qu’on fait ? Il y a une phrase de Jaurès que j’aime : « Il faut qu’il y ait conscience avant qu’il y ait révolution. » Être un chanteur conscient aujourd’hui, ça me paraît pas très loin de ce qu’évoquent mes textes.

« Parler de son époque est presque un devoir, dites-vous, surtout quand il y a autant de blessures, de tensions, de larmes. » D’où vient ce désir d’engagement de votre part ?

Cyril Mokaiesh J’aurais tendance à dire que j’essaie de faire du beau avec le réel. Je parle de tout en agençant les mots de manière à ce que cela puisse être musical en mettant un point de vue et suffisamment d’ouverture pour que ça reste parfois un point d’interrogation, parfois une colère. Il y a des gens qui trouvent leur exaltation à travers un dieu. Moi, je pense que tout est ici. Je crois aux hommes, qu’on a un temps de passage sur Terre et qu’on a des choses à y faire.

D’un point de vue artistique, ce ne doit pas être évident d’écrire sur des thèmes comme l’austérité, l’Europe, le FN, les attentats…

Cyril Mokaiesh Pour le coup sur cet album, ça a été assez naturel. Je lis les journaux, je regarde les gens autour de moi. Aujourd’hui, il y a un état de fait qui est la crise, l’austérité, l’Europe, l’information, ce qu’on voit à la télé qui nous révolte et parfois nous fait perdre espoir. Ne serait-ce que d’en parler avec des gens ou de ressentir dans sa propre vie le manque de perspective ou la peur de disparaître dans toute cette marée descendante, cela fait prendre la parole, la guitare, la plume pour essayer de dire, en trois minutes, quelque chose qui a un peu de résonance. Le problème est que ce n’est pas tellement à la mode aujourd’hui, la chanson.

Vous trouvez que la chanson a du mal à exister dans les médias ?

Cyril Mokaiesh Oui, vraiment. C’est difficile d’avoir accès à la radio, à la télé. Il faut aller chercher l’information pour savoir ce qui se fait dans l’héritage de la chanson à texte. Heureusement, il y a quelques médias qui jouent le jeu, qui ont des coups de cœur. Je pense à France Inter, Fip, l’Humanité et peut-être d’autres journaux qui s’intéressent épisodiquement à un projet qui leur va. Mais, globalement, c’est dur en ce moment d’embrasser la chanson, de la défendre, de pouvoir en vivre. Chanter tout seul, à deux, adapter les formules… j’y suis prêt. J’ai envie que mon album puisse rencontrer les gens. Maintenant, monter une tournée autour d’un silence, d’une absence dans les circuits, c’est très difficile et ce n’est pas évident de faire bouger les gens.

Quelle lecture faites-vous de la Loi du marché, une chanson forte sur l’Europe (en duo avec Bernard Lavilliers), à laquelle vous reprochez « d’avoir fait le baisemain à l’austérité son Altesse »  ?
Cyril Mokaiesh: C’est plus un constat, une colère des vœux pieux de Robert Schuman dont on entend le discours dans la chanson, d’une Europe d’ouverture, de partage, de redistribution, de rêve. On voit aujourd’hui où nous mène le capitalisme. La chanson parle de ceux qui exercent le pouvoir sur ceux qui n’en ont pas. Je dis toujours, il faut arrêter de vouloir donner le pouvoir à ceux qui le veulent. Quand on veut le pouvoir, on se met forcément du côté de ceux à qui on va devoir rendre des comptes, ne serait-ce que pour financer ses campagnes, arriver là où on veut arriver. Et finalement, on ne peut pas tenir ses promesses même quand elles sont aussi claires que « mon ennemi principal, c’est la finance ». On se rend bien compte de l’incapacité, de l’impuissance du politique face à une société établie qui s’appelle le capitalisme. Cela fait vieux altermondialiste de dire ça, mais, en réalité, ce n’est pas autre chose. Pendant ce temps, il y a ceux qui se font délocaliser, qui n’ont plus de boulot, qui sont dans le film la Loi du marché de Stéphane Brizé, qui a fait véritablement un zoom sur ces pauvres gens. C’est se rendre compte réellement dans quel sens marche la vie qui tourne autour de 5 % de personnes qui détiennent 98 % des richesses. Les autres n’ont qu’à bien se tenir, fermer leur gueule. Quand on voit ce qui s’est passé à Air France et le mec qui a arraché la chemise du DRH, on a l’impression qu’il y a une coalition qui se met en place pour montrer de quel côté est la violence, à savoir du côté de celui qui arrache la chemise. Permettez-nous d’en douter ! La violence, elle est du côté de ceux qui font déjà du chiffre d’affaires et se permettent de mettre 5 000 ou 10 000 personnes sur la paille pour se privatiser et faire aussi bien que le concurrent. C’est tout ce système-là qu’il faut arriver à démonter point par point et se dire de notre vivant qu’il y a peut-être une issue possible. En tout cas, je l’espère puisque celle-là ne convient pas.
Dans Je fais comme si, vous semblez regretter qu’il n’y ait plus ni folies ni grands soirs et vous ajoutez « sur la rose évanouie tombe la pluie ». Comme si vous étiez peut-être déçu par la gauche ?
Cyril Mokaiesh : Je suis déçu par la gauche du gouvernement. J’aime bien rappeler que les primaires de gauche vont bientôt commencer, mais ce sera exactement pareil. Il faudra mettre 2 euros et adhérer aux valeurs de la droite ! (rires). Mais pour dire vrai, c’est une chanson d’amour. Ce qui est marrant, c’est que je ne peux m’empêcher de parler politique avec engagement dans l’amour et parfois dans des thèmes plus sociaux. Tout se mélange. Quand on porte de l’espoir, qu’on donne sa voix à quelqu’un, c’est comme s’engager en amour et quand tout d’un coup, l’avenir se réduit, la trahison arrive, les belles promesses décrépissent et on en tire les conséquences.
 
En 2011, dans un article pour l’Humanité vous écriviez « vivre, c’est repousser l’heure de la déception ». C’est une vision profondément pessimiste !
Cyril Mokaiesh: C’est vrai que je ne suis pas optimiste. Il y a ce mot de René Char : « La lucidité, c’est la blessure la plus proche du soleil. » Je crois qu’on en a encore pour un bon moment à être spectateurs de cette société du spectacle dont parlait Guy Debord, qui va droit vers son chaos. Dans les derniers instants d’une civilisation ou d’une société qui n’a décidément pas envie de se remettre en question, il y a toujours des beaux moments. C’est après ces moments-là que je cours. On peut imaginer un bateau qui coule et un quatuor à cordes qui continue à jouer pour des amoureux, des rêveurs, des utopistes ou des révolutions. C’est une belle image.

Theo Lawrence aux racines du blues-soul


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Theo Lawrence aux racines du blues par Victor Hache. Voix de crooner et registre très love qui va droit au cœur, le chanteur de 21 ans est en train de se faire un nom grâce à un univers élégant inspiré de la musique du South-East des États-Unis.

Et soudain est apparu Theo Lawrence. C’était au 22, la petite salle de découvertes du Printemps de Bourges, en 2016, où nous l’avons vu pour la première fois. Cheveux gominés et look country, sous les lumières tamisées de lampions asiatiques, le chanteur et son groupe The Hearts évoluaient au sein d’un univers musical très élégant teinté de blues-rock et de soul américaine pour lesquels il craque depuis son adolescence : « Ça a été un coup de foudre, confie-t-il. C’est quelque chose qui m’a touché directement. Je n’ai pas eu une éducation religieuse, mais dans le blues ou le gospel, on sent une ferveur, une simplicité et un feu sacré. La country, la soul, toutes ces musiques qui viennent du sud-est des États-Unis, on ressent de la sincérité dans l’interprétation, les chansons, les textes, les histoires qui sont racontées. » Depuis, il a enchaîné les concerts aux Francofolies, à Rock en Seine, sorti un EP Sticky Icky, en attendant bientôt un premier album très attendu.Mère danseuse contemporaine, père acteur, le chanteur aux origines franco-canadiennes a souvent passé ses vacances à Montréal pour y voir sa famille : « J’adore me promener dans les parcs de cette ville où les gens sont chaleureux. Tout le monde se tutoie, s’entraide. Il n’y a pas la schizophrénie comme à Paris. On prend le temps de faire les choses, de se parler. »
Né en France, Theo Lawrence a grandi dans la banlieue sud de Paris, à Gentilly, où il s’est très tôt passionné pour la musique : « Quand j’étais au collège, ce qui me plaisait, c’était le rock psychédélique des années 1960, Grateful Dead, Jefferson Airplane, Jimi Hendrix, Les Stones. Au lycée, c’est les White Stripes qui m’ont vraiment fichu une claque. Puis, vers mes 16-17 ans, je me suis moins intéressé au rock des années 1960 et actuel, pour me concentrer sur les racines de cette musique et j’ai développé une obsession pour le blues du delta du Mississippi, la country, le gospel. »À 21 ans, il possède une voix de crooner étonnante pour un chanteur aussi jeune : « Je n’ai jamais essayé de prendre une autre voix que celle que j’ai naturellement, sourit-il. Les premières chansons que j’ai aimé interpréter c’était Aretha Franklin parce qu’elles correspondaient à mon spectre vocal qui était plus aigu. Après, j’ai découvert Elvis Presley, Johnny Cash, Otis Redding qui m’a vraiment embarqué, Joe Tex qui me touche beaucoup. » D’où un registre très love chanté en anglais qui va droit au cœur, sans être pour autant dans l’imitation du style de ses aînés : « J’essaie toujours d’y mettre une dose de sincérité. L’une des règles du blues et de la soul, c’est que ça touche les gens. Le plus dur est de se détacher des références. Je pense que ça vient en s’amusant sur scène. » C’est là qu’il commence de plus en plus à s’imposer, à se faire un nom et à se construire un public friand comme lui de musiques vintage, alors que tout aujourd’hui n’est qu’électro, hip-hop ou pop-rock : « Ce n’est pas étonnant que les jeunes soient attirés par la soul et le blues dans la mesure où, grâce à Internet, on a accès à toutes les époques. »
À travers son répertoire, c’est toute la généalogie américaine qui se dessine, celle du South-East des États-Unis qui le fait rêver : « Le Mississippi, la Louisiane, le Tennessee, l’Arkansas aussi que j’aimerais bien visiter… » Enfin, il y a les projets à venir, l’album bien sûr qu’il a hâte de voir sortir et déjà des envies de collaborations artistiques qu’il imagine avec des musiciens américains tels Dan Auerbach, Matthew E. White ou Anderson Paak. Le début d’une carrière plus que prometteuse.Concerts le 5 mars au Mondial du tatouage à Paris, Grande Halle de la Villette.